Terra 23 octobre 2014 à 08h00 | Par j.dube

5 novembre - premier jour du manger Français

La semaine prochaine est prévue une mobilisation générale pour promouvoir le "manger français, produire français". Cette opération sera déclinée dans chaque département. En Bretagne notamment, les FDSEA/JA se sont rassemblés sur ce thème depuis plusieurs mois et s'inscriront donc, dans ce mouvement national. Rencontre avec Thomas Diemer et Dominique Barrau, responsables de cette opération au niveau national

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Thomas Diemer Président de JA National
Thomas Diemer Président de JA National - © Terra JA

L'action du 5 novembre se centre sur la promotion de l’origine France. L'ambition est de parvenir à 2 plats sur 3 d’origine française dans la restauration hors foyer, en privilégiant notamment la mise en avant des produits français par les enseignes. Des revendications très larges Mais dans un contexte économique chahuté, le champ des revendications a été élargi à l’Union européenne afin qu'elle assure la réparation économique des conséquences de l’embargo, sur d’autres fonds que ceux de la PAC. Un certain nombre de revendications s'adressent à l'État français. Après l'abandon du péage de transit, les syndicalistes refusent toute hausse de taxes. Ces derniers demandent à l'État d'abandonner l’application du Compte pénibilité à l’agriculture, et d'alléger les normes et les charges qui pèsent sur le travail. Les jeunes agriculteurs devraient être au premier rang des actions tant le risque d'un blocage des dossiers installation à partir du 1er janvier 2015 est réel (voir Terra la semaine passée). Le volet administratif et réglementaire sera donc encore une fois au premier rang des demandes des professions agricoles, qu'il s'agisse de la simplification administrative, de l'application complexe de la PAC, et de la mise en place de la directive nitrates, sur l'ensemble du territoire.


Jean Dubé

 

 

Thomas Diemer, président des Jeunes agriculteurs


"Nombreux sont les Français soucieux de l’origine des produits" Vous préparez une mobilisation le 5 novembre. Quel message allez-vous porter ?

Thomas Diemer. Nous continuons à mettre en avant le mot d’ordre que nous martelons depuis plusieurs mois déjà : "Produire français pour manger français". Aujourd’hui, les difficultés se retrouvent partout, toutes les régions, toutes les filières, toutes les productions sont concernées. Pour répondre aux différentes problématiques du terrain, nous avons porté un certain nombre de revendications au gouvernement pour une action immédiate mais cela ne suffit pas, il faut trouver de nouvelles perspectives et avoir une vision à plus long terme. Notre démarche sur l’origine des produits dans la restauration collective va exactement dans ce sens. Et nous saurons montrer notre force et notre unité le 5 novembre prochain pour y arriver.


Que faut-il faire pour renforcer la présence de produits d’origine France dans les restaurations collectives ?


T.D. Aujourd’hui, la restauration hors foyer représente 6,2 milliards de repas par an. Un marché important dont les agriculteurs français sont quasi-absents. Parallèlement, nombreux sont les Français soucieux de l’origine des produits qu’ils consomment. Aussi, la RHD et plus particulièrement la restauration collective doit faire un effort et ne pas se baser que sur le prix dans ses appels d’offres pour favoriser le local. Par exemple, mettre en avant des critères de délai de réapprovisionnement, ajouter des critères d’AOP/IGP pour certains produits, valoriser notre savoir-faire que nombre de pays nous envient, ou encore, pour les structures qui accueillent des enfants, favoriser l’aspect pédagogique en optant pour des exploitations que les enfants pourraient visiter. De nombreux moyens existent, à nous de montrer que cela est possible !


Les jeunes doivent-ils et peuvent-ils continuer à s’installer en agriculture ?


T.D. C’est tout le sens de notre mobilisation de 5 novembre ! A court terme pour les jeunes qui viennent de s’installer et qui subissent de plein fouet les différentes crises. A moyen à long terme, il s'agit de pérenniser les installations en créant de nouvelles perspectives, de nouveaux marchés mais également en permettant aux jeunes qui s’installeront demain d’avoir une visibilité avec des contractualisations supplémentaires sur plusieurs années. Le métier d’agriculteur reste un métier qui plait et nous devons tout faire pour que les générations futures continuent à y croire et à être passionnées par leur métier.

 


Dominique Barrau, secrétaire général de la FNSEA


"Une cause nationale"


Quelles sont les difficultés qui poussent la profession agricole à se mobiliser aujourd’hui ?


Dominique Barrau. La crise s’est aggravée en particulier depuis le début de l’été, au niveau de la réglementation d’une part avec la question de l’épandage des phytosanitaires à moins de 200 mètres des habitations et maintenant avec la directive nitrates, les SIE, le compte pénibilité… S’ajoutent d’autre part les difficultés de certaines filières et les conséquences de l’embargo russe. On sent une situation sur le terrain où les agriculteurs sont exaspérés par toujours plus de contraintes, et nos entreprises n’arrivent plus à prendre des marchés. C’est en partant de ce constat que nous avons décidé de mener une action autour de huit points. Nous appelons le gouvernement à mettre en place un certain nombre de mesures qui ne coûtent pas d’argent mais redonnent de l’air au niveau de la réglementation.


Quelles sont vos revendications ?


D.B. Elles s’inscrivent dans la droite ligne de doléances présentées lors des États généraux de l’agriculture qui ont eu lieu en février dernier. Elles sont exprimées dans les huit points présentés au Premier ministre, avec un engagement particulier au niveau de la restauration hors foyer. Par une enquête sur l’ensemble du territoire, nous voulons aller discuter avec les opérateurs, recueillir des éléments pour démontrer que même autour de chez nous, on mange de moins en moins français.


Quel message voulez-vous faire passer ?


D.B. Nous voulons faire comprendre aux élus qu’ils ne sont pas en phase avec les attentes du consommateur. Il faut que les responsables politiques comprennent que par leurs décisions, ils affaiblissent le secteur de la production. Aux consommateurs, le message est aussi de montrer que leur alimentation, c’est notre emploi, c’est leurs emplois. S’ils ne sont pas toujours au fait de la provenance de ce qu’ils trouvent dans leurs assiettes, les chiffres de notre enquête apporteront l’éclairage nécessaire. Ils permettront d’expliquer que les exigences environnementales ont un coût, que la traçabilité a un coût également. Ce que l’on veut, c’est une prise de conscience. Tous les élus disent "chez nous, c’est du local", ce n’est pas vrai !


Quelles formes prendra cette mobilisation ?


D.B. Un travail d’enquête sera mené par des agriculteurs sur le terrain, dans chaque département. C’est la première étape. Si les cantines nous expliquent que, pour des raisons de prix, elles doivent faire leurs achats ailleurs, il faut que cela soit su, et que les gens se rendent compte que les entreprises françaises ne sont plus compétitives. Cela permettra d’appuyer la prise de conscience au niveau des responsables politiques.


Quelles sont les suites prévues, notamment sur les huit points présentés à Manuel Valls ?


D.B. Le 5 novembre est une journée de mobilisation nationale, nous demanderons des comptes sur ce travail engagé au Premier ministre. C'est une cause nationale. L’agriculture française a une réputation, mais on la charge au point d’écarter des producteurs du métier.

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