Terra 07 décembre 2017 à 08h00 | Par Jean Dubé

70 000 foyers bretons vont s'éclairer à l'agriculture !

Fin 2016, le cadre réglementaire et économique de la méthanisation a été clarifié et stabilisé pour les 5 années à venir. Depuis cette date, le nombre de projets déposés, et en réflexion, est en forte augmentation. Point de situation sur les enjeux et sur les contraintes du développement de cette filière, avec les données d'un spécialiste : le pôle économie de l'environnement du Crédit Agricole en Bretagne.

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La Bretagne compte actuellement 68 unités de méthanisation en fonctionnement: 12 sont des centrales de type industriel (ordures ménagères, abattoirs), 56 sont soit des unités agricoles ou territoriales à dominante agricole.
La Bretagne compte actuellement 68 unités de méthanisation en fonctionnement: 12 sont des centrales de type industriel (ordures ménagères, abattoirs), 56 sont soit des unités agricoles ou territoriales à dominante agricole. - © Claudine Gérard

Jusqu'en 2011, l'essentiel des ateliers de méthanisation développés se concentrait autour des l'industries de traitement du déchet ou de l'agroalimentaire.

De 2011 à 2016, le développemment de la filière agricole s'est réalisé à partir d'un arrêté qui fixait les tarifs d'achat de l'électricité et les contours juridiques de la méthanisation agricole. Il faudra attendre 2016 pour qu'un nouvel arrêté tarifaire soit publié. Ce dernier a conduit à plusieurs évolutions importantes. Outre la revalorisation du tarif d'achat, il assouplit la contrainte de valorisation de la chaleur et allonge le contrat de rachat d'éléctricité de 15 à 20 ans. Dans le même temps, la fiscalité est clarifiée : assujettissement aux règles du bénéfice agricole, exonération des taxes CFE et foncier bati industriel des installations agricoles.

C'était probablement le signal que les exploitants attendaient puisque, depuis cette date, le nombre de projets à l'étude augmente, ainsi que le nombre d'installations.

56 unités agricoles en fonctionnement

La Bretagne compte actuellement 68 unités de méthanisation en fonctionnement : 12 sont des centrales de type industriel (ordures ménagères, abattoirs), 56 sont soit des unités agricoles ou territoriales à dominante agricole. Valorisant 380 000 tonnes d'effluents d'élevages, elles cumulent 15,4 MW de puissance installée, assurant une production de 14,6 MW soit l'équivalent de la consommation annuelle électrique de 38 500 foyers hors chauffage.

L'installation moyenne bretonne en 2017 représente une puissance installée de 230 kW pour un investissement de 1,8 million d'euros.

En moyenne, cet investissement important est financé par un apport minimum de l'ordre de 5 %, par un financement bancaire de 78 % et par des subventions à hauteur de 17 %. A noter que depuis quelques mois cette dernière ligne de subventions a plutôt tendance à baisser. Dans le même temps, la standardisation des installations et l'augmentation de leur nombre permet de faire baisser le prix de l'investissement, un peu à l'image de ce qui s'est produit dans le photovoltaique.

Qui développe aujourd'hui ?

Au cours de l'année 2016, le rytme d'installation était faible, contraint par des délais administratifs et réglementaires relativement longs et une rentablilité sans doute difficile. Dès la parution du nouvel arrêté, le nombre de rendez-vous auprès des fournisseurs, conseils et financeurs, a augmenté de l'ordre de +22 %.  Par exemple, au Crédit Agricole, le plan de charge 2016 était dépassé dès le mois de septembre 2017.  Une nouvelle dynamique de développement est donc en cours et devrait logiquement se maintenir voire s'amplifier dans les 3 années à venir.

40 % des projets d'investissement sont portés par des producteurs de lait, 40 % par des producteurs de porcs, 10 % sur des ateliers mixtes, intégrant du lait et du porc et 10 % dans d'autres types d'élevage veau, volaille... Le moteur majeur de développement de ces nouveaux ateliers de méthanisation est la diversification du revenu. Les agriculteurs trouvent dans le nouveau contexte réglementaire, des éléments de stabilité et de quasi garantie de revenu sur le moyen terme, et surtout une occcasion de diversifier les ateliers de l'exploitation et de diversifier aussi les sources de revenu à partir d'un même atelier, sans obligation d'agrandissement.

Ne pas sous estimer la main d'œuvre

La contrainte majeure de ce développement reste bien sûr son coût, et la mobilisation de la main d'oeuvre qu'elle va demander. Sauf le cas de toutes petites unités, les ateliers créés mobilisent en général pratiquement l'équivalent d'une unité de main d'oeuvre pour surveiller et faire fonctionner l'installation, mais surtout pour semer, entretenir et récolter les différentes cultures intermédiaires nécessaires à la production de la biomasse.

Depuis quelques mois, des offres techniques spécifiques apparaissent pour des unités de "micro" méthanisation, de l'ordre de 20 à 50 kW, qui permettent de valoriser uniquement du lisier tout en limitant l'enveloppe globale d'investissement. Mais le coût au kW installé s'élève rapidement à 10 000 euros, rendant plus complexe l'atteinte de la rentabilité.

Aujourd'hui, il existe un déficit d'offre technique sur des unités de moins de 100 kW. L'essentiel des installations se fait sur des puissances de 100 à 500 kW, la moyenne se situant autour de 250 kW. Pour ce type d'installations, l'investissement représente 8 000 à 8 500 euros du kW installé. Il permettait jusqu'à l'an passé de mobiliser 17 % de subventions. Ce chiffre est aujourd'hui plus souvent de 10 % de l'Ademe et 60 000 euros du conseil régional. Le conseil départemental d'Ille et Vilaine et celui du Finistère ont maintenu jusqu'à présent une subvention de 50 000 euros.

L'injection directe, un nouvel un enjeu

Christophe Marugan du Crédit Agricole en Bretagne souligne le développpement à venir des systèmes d'injection directe de méthane dans le réseau GRDF et GRT gaz. Pour le moment, une seule installation de cet ordre fonctionne en Bretagne à Liffré (35) . Mais GRDF souhaite manifestement mettre l'accent sur ce type d'installation, qui nécessite un épurateur de gaz d'un montant de 650 à 700 000 euros en lieu et place d'un moteur de cogénération (250 à 300 000 euros), soit 300 à 400 000 euros d'investissements supplémentaires. Tous les projets supérieurs à 300 kW électriques ont aujourd'hui l'obligation de faire l'étude de faisabilité... qui demande en particulier de ne pas être trop éloigné d'une canalisation de gaz.

Mais, en contrepartie, les acheteurs de gaz garantissent une revalorisation du kWt livré et au final une meilleure rentabilité ainsi que de la simplicité dans la mesure ou l'exploitant fait l'économie du volet valorisation de la chaleur.

Après des débuts plutôt difficiles, la méthanisation s'installe progressivement mais sans doute durablement dans le paysage. Elle est en passe de devenir une production agricole "comme les autres", à la condition toutefois de respecter la règle française de ne pas utiliser plus de 15 % de tonnage de cultures énergétiques. 38 500 foyers s'éclairaient à l'agriculture en 2017, ce chiffre devrait doubler une première fois en 2018. L'agriculture est un contributeur à la lutte contre les gaz à effet de serre et contre le réchauffement climatique. Qu'on se le dise !!

 

Un appui spécifique pour une technique particulière

Les caisses régionales de Crédit agricole en Bretagne ont créé un pôle d’expertise sur l'économie de l’environnement afin d’accompagner les porteurs de projet éco-responsable sur leur territoire.

Ce pôle apporte conseil, expertise et financement, aux chefs d’entreprises, exploitants agricoles sur un projet d’installation ou d'investissement dans une unité de méthanisation ou de cogénération, panneaux photovoltaïques, éoliennes, chaudière bois énergie. Le crédit agricole est en Bretagne le premier financeur sur le marché de la méthanisation.

 

Christophe Marugan.
Christophe Marugan. - © Terra

La maîtrise de l'exploitation reste la clef de la réussite

Christophe Marugan est un expert au pôle économie de l'environnement au Crédit Agricole Bretagne.

Quelles sont les conditions de réussite d'un atelier méthanisation ?

Christophe Marugan. Une bonne maîtrise technique des ateliers de l'exploitation est un bon indicateur de la capacité à bien faire fonctionner une unité de méthanisation. Les méthaniseurs qui marchent bien sont gérés par des agriculteurs qui y passent du temps, qui perfectionnent leur système, qui se passionnent pour cette production et qui parviennent à gérer la polyvalence des taches que demande cette installation.

Ce type d'ateliers est-il facilement accepté par le voisinage ?

C. M. Il n'y a pas de règles définitives là dessus. Mais aujourd'hui les installations réalisées dans un atelier existant rencontrent assez peu d'oppositions. Par contre, on commence à rencontrer plus de difficultés sur les projets collectifs. L'implantation nécessite souvent une installation neuve sur une parcelle qui n'avait pas jusque là d'installations agricoles. De plus, les volumes d'effluents gérés sont importants ... et par conséquent les transports. Les porteurs de projets devront donc intégrer ces résistances lors de la réflexion de leur projet.

Le développement de la méthanisation va-t-il se poursuivre ?

C. M. J'en suis persuadé, le contexte économique et réglementaire est stabilisé et positif. Il existe -en plus des considérations énergétiques et environnementales- une perspective de dégager des revenus stables pour l'exploitation. Le Crédit agricole accompagne ce développement. Les experts du pôle environnement interviennent en appui auprès des chargés de clientèle. Le Crédit agricole finance actuellement 2 unités de méthanisation sur 3 et accompagne 9 unités sur les 12 en construction. Nous prévoyons pour les 70 projets en cours de financer 82 millions d'euros de prêts, de quoi doubler la production bretonne en deux ans.

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