Terra 18 mars 2016 à 08h00 | Par Claire Le Clève

À Vannes : "Bruxelles bouge-toi"

Depuis Vannes, à la veille du conseil agricole de Bruxelles, elles ont parcouru symboliquement les 760 kilomètres qui les en sépare, en pédalant. Tout en dignité, les femmes du monde agricole se sont fait entendre, dimanche depuis l'esplanade du port. Lançant leur SOS, elles ont exprimé leur détresse, celle de leur famille et leur détermination à vivre d'un métier qu'elles aiment, qu'elles défendent.

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Les femmes ont fait entendre la détresse de la famille agricole, dimanche depuis l'esplanade du port. Au micro, Béatrice Briand.
Les femmes ont fait entendre la détresse de la famille agricole, dimanche depuis l'esplanade du port. Au micro, Béatrice Briand. - © Terra

11h15 Vannes, dimanche 13 mars. Le soleil embrase l'esplanade du port. Pas de bouteille lancée à la mer pour ce SOS de la famille agricole en danger. Mais sur le podium improvisé, doté de neuf vélos d'appartement pour un relais de pédalage, elles ont l'impression d’avoir donné "tant d'efforts pour rien  !". Marie-Andrée Luherne, secrétaire générale de la FDSEA du Morbihan sera la première à prendre le micro : "Nous sommes des femmes, et nous voulons que l'on regarde la crise du côté de l'humain". C'est dit, c'est rare. Et c'est sous le mode convivial qu'elles ont donné rendez-vous au grand public, dimanche midi pour un pique-nique géant avec du "manger français", une mini-ferme "en perdition", une fresque géante de dessins d'animaux de l'exploitation "en voie de disparition", sous des gilets de sauvetage car "nos fermes se noient". Tant d'eau à proximité offre le prétexte à filer la métaphore, celle d'une agriculture qui prend l'eau de toute part, "toute la famille agricole est dans le même bateau", rappelleront-elles.

"Notre combat est juste"

Cette profession, elles l'ont embrassée. "On savait qu'en épousant notre mari, on épousait ce métier qu'on aime. Nous avons compris qu'il passerait avant tout le reste, qu'il faudrait être plus forte", situe Béatrice. Une vie choisie avec l'espoir du meilleur mais vécue pour le pire avec cette crise qui perdure. Alors elles ont exprimé leur détresse, celle de leur famille, "ce stress perpétuel, plus de week-end, ni de vacances, les enfants inquiets, ces nuits éveillées sous anti-dépresseur, ces factures qu'on ne paie plus, cette culpabilité qu'on a car on sait qu'on met aussi des fournisseurs dans l’embarras et ces courriers qu'on n'ouvre même plus parce que ce sont toujours et encore des factures", dépeint Catherine sur la tribune. "C'est injuste que ce soit un salaire extérieur qui fasse vivre une famille agricole". Les yeux rivés sur leur texte écrit comme une digue, pour tenir en respect leurs émotions, elles ont témoigné au micro, avec dignité, avant que des élus ne prennent la parole à leurs côtés, pour exprimer leur soutien à l'agriculture, "base de notre activité économique". Un fait rappelé à maintes reprises. Et c'est à la grille de la préfecture du Morbihan que le préfet Thomas Degos les a accueillies, puis reçues, pour que remonte jusqu'au plus hautes sphères "l'urgence à agir" et à être entendues, jusqu'à Bruxelles, "car nous gardons espoir".

"J'ai comme le sentiment d'Ítre une femme à la guerre"

"J'ai comme le sentiment d'être une femme à la guerre avec pour ennemi invisible, la mondialisation et pour ennemi visible, les grandes surfaces qui bradent notre travail", témoigne Béatrice Briand, installée depuis quinze ans avec son mari sur une exploitation laitière à Nivillac. Elle est élue à la chambre d'agriculture, responsable de la commission lait. "J'ai 43 ans cette année, c'est la désillusion. Nous livrons 760 000 litres de lait par an, la ferme de 2020, nous y sommes. En 2015, nous étions en déficit de 25 000 euros, depuis le lait a encore baissé de 40 euros des 1 000 litres... Qu'est ce que je fais avec ça ! J'ai demandé l’augmentation des ouvertures de crédit à la banque, j'attends mes avances PAC pour solder mes dettes. L'année blanche MSA ? J'ai reçu il y a huit jours mon appel à cotisations basées sur 2014 : pour nous deux, ça baisse de 450 euros... Je ne suis jamais dans la bonne case, c'est infernal. Comment faire avec les trois enfants, les études, la maison à payer, j'ai cassé notre PEL pour prélever un salaire. On y a cru pourtant. En 2008, on a repris une ferme, embauché un salarié, quinze ans sans aucune pénalité en lait. On a licencié notre salarié, arrêté les légumes parce qu'il faut s'occuper de 200 bêtes à deux... On va faire comment si les prix ne remontent pas ? Je suis une battante mais j'ai peur de ne pas passer 2016. Le modèle est malade. Travailler pour moins cher, on a su faire mais travailler pour moins cher que pas cher, on ne sait plus. L'urgence, c'est la régulation de l'offre et c'est à Bruxelles que cela se passe".

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