Terra 19 juin 2015 à 08h00 | Par Chantal Pape

Afdi tisse des liens entre paysans du Nord et du Sud

Si l'assemblée générale d'Afdi Bretagne a permis de faire le point sur les actions engagées au Mali et à Madagascar, elle a aussi été l'occasion, pour les agriculteurs bretons, de partager un peu du quotidien de leurs homologues du Sud et de mieux comprendre les difficultés auxquels ils sont confrontés au quotidien.

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Judio et Velona, maraîchers malgaches, et leur interprète Virginie ont participé à l'assemblée générale d'Afdi Bretagne, le 4 juin dernier à Morlaix (29).
Judio et Velona, maraîchers malgaches, et leur interprète Virginie ont participé à l'assemblée générale d'Afdi Bretagne, le 4 juin dernier à Morlaix (29). - © Terra

Afdi, Agriculteurs français et développement international, fête cette année ses 40 ans. C'est en 1975, lors de la grande sécheresse dans les pays sahéliens, que la FNSEA, les JA, les chambres d'agriculture et les caisses de MSA ont lancé l'association au niveau national, avant que ne naissent les antennes régionales, dont Afdi Bretagne en 1981."Il fallait être visionnaire, souligne Françoise Louarn, la présidente d'Afdi Bretagne. L'Afrique semblait si loin, à cette époque".

Etablir des relations

Si Afdi se fixe pour objectif de soutenir les actions décidées par les paysans du Sud eux-mêmes, il œuvre aussi pour informer les agriculteurs du Nord sur la situation de ceux du Sud et établir des relations directes entre eux. C'est dans cet esprit que deux maraîchers malgaches ont participé à l'assemblée générale d'Afdi Bretagne, le 4 juin dernier, à Morlaix (29). "Nous sommes 7 agriculteurs à travailler ensemble sur 7 ha", indique Judio. Riz, tomates, oignons... : dans la région de Diego, au nord de Madagascar, tout se fait à la main, parfois aidé d'un zébu. Mécaniser ? Après avoir visité la zone légumière, ils en rêvent. "Mais, chez nous, impossible d'obtenir un crédit. Les banques ne font pas confiance à l'agriculture".

Accès au foncier compliqué

Aujourd'hui responsable de sa coopérative, Judio liste les autres difficultés auxquelles sont confrontés les paysans. "Il n'y a pas d'infrastructures pour acheminer nos produits : il faut quatre heures de mauvaise piste pour faire les 70 km qui nous séparent de la grande ville". L'eau est peu disponible. L'accès au foncier est aléatoire, dans un pays où les titres de propriété ne sont souvent pas légaux et où certains sont expulsés manu militari de leurs terres, cédées à de grandes firmes étrangères. Et le poids de la tradition est encore très fort. "Il est difficile de faire comprendre aux paysans que le brûlis n'est pas une bonne solution pour le sol, constate Velona. Ils sont convaincus que les cendres sont un bon amendement".

Retrouver la fierté

Mais le nœud du problème est sans doute ailleurs. "Chez nous, il est honteux d'être paysan", indique Judio. Une profession qu'exerce pourtant 83 % de la population malgache ! "Et on a beau s'organiser, les élus ne nous écoutent pas". Le chemin sera encore long avant que leur métier soit enfin reconnu. "Le système éducatif n'est pas du tout adapté". Mais ils sont convaincus que c'est ensemble qu'ils feront avancer les choses. Des formations se mettent en place. Et l'Union Matanjaka fédère 16 associations regroupant une centaine d'exploitations familiales, tandis qu'une coopérative écoule leurs productions.

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