Terra 09 mars 2017 à 08h00 | Par Paul Jégat avec Agra Presse

Agroalimentaire, quand les filières longues jouent la proximité

La restauration collective est désormais très attentive à s'approvisionner localement. Et les grandes entreprises agroalimentaires bretonnes n'ont pas l'intention de rester invisibles dans cet approvisionnement qu'elles assurent largement. D'où l'initiative de Breizh Alim', lundi dernier à Quimper. Malgré la tempête, fournisseurs et acheteurs de la restauration collective se sont rencontrés pour valoriser cette proximité et mettre en avant leur contribution à l'économie des territoires.

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Breizh Alim' a fait se rencontrer à Quimper les principaux acteurs de l'agroalimentaire en Bretagne et les grands acheteurs de la restauration collective.
Breizh Alim' a fait se rencontrer à Quimper les principaux acteurs de l'agroalimentaire en Bretagne et les grands acheteurs de la restauration collective. - © Terra

Depuis quelques années déjà, les initiatives de mise en relation entre producteurs agricoles d'un coté et acheteurs de l'autre se multiplient. Mais, ces opérations valorisent essentiellement les productions en circuits courts. Avec au moins un effet déformant, celui de lier l'approvisionnement local aux seuls producteurs locaux transformant et commercialisant eux-mêmes leurs produits. Un peu court, ont considéré les chambres d'agriculture de Bretagne. Déjà engagées dans l'animation des circuits courts, elles ont jugé opportun de s'intéresser aussi à un autre versant de la valorisation des productions locales, en filières longues cette fois. C'est ainsi qu'est né Breizh Alim', la première convention d'affaires entre les opérateurs bretons de l'agroalimentaire, leurs fournisseurs-agriculteurs et les acheteurs de la restauration collective. Le rendez-vous s'est tenu lundi à Quimper, une première qui aura d'abord permis aux uns et aux autres de se rencontrer.

Valoriser les productions locales, les emplois

31 entreprises présentes, parmi les plus grandes de l'agroalimentaire implantées en Bretagne et
60 grands acheteurs représentant les plus importantes structures de restauration collectives (écoles, ephad, entreprises, hopitaux, armée, etc) ont donc pu faire affaire directement, ou le feront prochainement pour ceux que la tempête a empèchés de venir. L'originalité de l'événement : la présence d'agriculteurs bretons, fournisseurs de matière première aux industriels, qui ont pu expliquer leurs pratiques de production aux acheteurs.

Lundi à Quimper, pour cette convention d'affaires Breizh Alim', les notions de prix et de volumes étaient présentes. Mais, en plus, fournisseurs et acheteurs ont pu favoriser la dimension locale de cet approvisionnement, qui valorise les productions agricoles bretonnes, les emplois et l'économie locale, sans rien renier aux exigences de qualité, de prix et de volume. Convaincus de répondre là à une attente, les organisateurs de Breizh Alim' y voient une manière de répondre par un argument fort à la concurrence des produits importés parfois de très loin, en volaille notamment, alors que la Bretagne est une région agroalimentaire de premier plan.

 

Circuit court à grande échelle

Bigard, Bretagne viande ou Socopa pour l'approvisionnement en viande bovine, volailles de Janzé, LDC, Ronsard, Govadis ou Savel en volaille, Guyader, Hénaff Clermont, Cooperl en porc et charcuterie, Sodiaal, Lactalis, Sill en produits laitiers, D'aucy, Prince de Bretagne, Le Gouessant, Gélagri, Altho (Brets) en légumes, pour ne citer que ceux-là, les principaux acteurs de l'agroalimentaire bretons ou s'approvisionnant largement en Bretagne ont participé à Breizh Alim', tous volontaires pour jouer la carte de la proximité dans l'approvisionnement de la restauration collective en Bretagne. Avec des arguments forts à faire valoir, la valorisation des productions locales en qualité, comme en volume et en prix. Une manière d'affirmer que la proximité n'est pas seulement l'affaire de producteurs en circuits courts, notamment lorsqu'il s'agit de livrer des volumes importants impliquant des contraintes logistiques fortes.

Une juste place pour les produits agricoles bretons

"Il est temps de replacer les produits agricoles de notre territoire à leur juste place", affirme André Sergent, vice-président de la chambre d'agriculture de Bretagne, en ouvrant la convention d'affaires Breizh Alim'. Un avis que partage Olivier Allain. "Nous sommes la première région agricole de France. Et presque 100 % du poulet servi en restauration hors foyer est importé", s'insurge le vice-président de la Région Bretagne, en charge de l'agriculture. S'il reprend volontiers à son compte le slogan de l'artisanat, "nos emplettes sont nos emplois", il trouve aussi bien d'autres avantages à acheter local. "La santé publique y gagne : les exigences sanitaires françaises sont bien supérieures". Le développement durable aussi. "Pourquoi faire circuler des produits autour du monde alors qu'il y a ici tout ce qu'il faut ?". Certes, l'achat local ne suffira pas à régler tous les problèmes d'une agriculture bretonne en crise. "Nous produisons pour 20 millions de consommateurs". "Mais, collectivement, les volumes d'achat seraient significatifs", calcule Hind Saoud, conseillère régionale, en charge de la commande publique. Et le symbole serait fort. "Le métier d'agriculteur est porteur de sens, rajoute André Sergent. Et relocaliser les achats en restauration collective serait l'occasion de faire découvrir ou redécouvrir au consommateur comment est produite notre alimentation". Comme l'a fait la Région, le Département du Finistère a aussi décidé de s'engager. "Notre ambition ? Favoriser une alimentation saine, de proximité et à un prix adapté à l'ensemble des finistériens, consommateurs comme producteurs", détaille Stéphane Péron, conseiller départemental. Et s'il souhaite fédérer nombre d'acteurs autour de ce projet, le Département entend aussi être exemplaire, en incitant les collèges, dont il a la charge, à multiplier par deux leurs achats de produits locaux d'ici 2021.

Chantal Pape

 

Bernadette Loisel, chargée de mission alimentation à la chambre d'agriculture de Bretagne
Bernadette Loisel, chargée de mission alimentation à la chambre d'agriculture de Bretagne - © Terra

Retisser le lien consommateurs/producteurs en filières longues

› En quoi le rendez-vous Breizh Alim' est-il si important pour les principaux acteurs de l'agroalimentaire breton ?

Bernadette Loisel. Les volumes nécessaires à l’approvisionnement des grands acheteurs, du rendez-vous Breizh Alim' du 6 mars, nécessitent une organisation adaptée des opérateurs économiques. Les principaux acteurs de l’agroalimentaire breton sont adaptés pour répondre au marché de la restauration collective, ils ont d’ailleurs des services dédiés en interne. Cependant, en tant qu’acteurs vendant leurs produits dans l’hexagone, voire à l’international, ils ne sont pas ou peu identifiés par les acheteurs locaux comme des opérateurs valorisant la production agricole locale, ni comme des acteurs des "circuits de proximité". Breizh Alim’ est un projet alimentaire territorial qui vise à retisser particulièrement les liens entre consommateurs et producteurs en filières longues (90 % des producteurs bretons). L’attente d’ancrage territorial de l’alimentation est forte chez les acheteurs, elle fait écho aux attentes des consommateurs.  Aussi, pour les industriels, être associés à Breizh Alim’ leur permet d’être identifiés comme des acteurs du territoire, transformant les produits issus de l’agriculture bretonne.

› La réglementation sur les appels d'offre pour la restauration collective a changé l'an dernier. Que permet-elle aujourd'hui qui n'était pas possible jusque là ?

B.L. En juillet 2015, le ministre de l'économie a annoncé une réforme de la commande publique pour 2016. La réforme a pour objectifs de simplifier et de sécuriser le droit de la commande publique, d'ouvrir davantage la commande publique aux PME et de favoriser ses bénéfices sociaux et environnementaux. Cette réforme encourage particulièrement les acheteurs publics à repérer (sourcer) les produits et les fournisseurs en amont de l’écriture de leurs marchés publics. Ce repérage en amont permet en effet de rédiger des marchés en cohérence avec l’offre du territoire et facilite l’accès des PME à la commande publique.

 

Propos recueillis par Paul Jégat


 

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