Terra 12 septembre 2015 à 08h00 | Par Emmanuelle Bordon

Après Paris

Laisser sa ferme pour parcourir près de 1000 km avec un tracteur n'est pas une mince affaire. C'est pourtant sans hésiter que Guénaël a voulu en être, pour porter jusqu'à la capitale la parole des agriculteurs qui subissent la crise. Revenu épuisé mais content d'avoir participé à cette aventure qui fera date, il évoque sa déception quant aux annonces faites à cette occasion et les perspectives pour l'avenir.

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- © Terra

De retour, comment vous sentez-vous ?

Je suis épuisé, mais content. Tout s'est bien passé, la logistique était parfaite, tant pour les hommes que pour les tracteurs, dont nous avons pu refaire le plein à intervalles réguliers. Les fédérations qui se trouvaient sur notre chemin ont permis à ce voyage de se faire dans d'excellentes conditions.

Quel accueil avez-vous reçu pendant ce voyage ?

Tout le long de la route, nous avons rencontré des réactions très favorables de la population et même ceux qui étaient ralentis par notre convoi ont patienté. A Paris, ils sont venus nous parler, l'accueil a été unanimement chaleureux. Pendant le retour, des personnes s'était rassemblées sur les bords de route ou sur les ponts et nous acclamaient, il y avait du monde de partout, c'était très émouvant. Au retour à Questembert, nous avons été accueillis par les élus et les agriculteurs restés ici. Tout cela est positif pour l'image de l'agriculture.

Comment vivez-vous cet « après Paris » ?

Je suis dans mes champs, je suis content. Dans les jours qui ont suivi mon retour, j'ai coupé le téléphone, je me suis reposé au calme. Cette semaine, je fais du bois, je travaille la terre, je réfléchis.

Je suis déçu par les annonces qui ont été faites. Les reports d'annuités et les allègements de charges qui ont été annoncées sont certes une bonne chose mais il faut voir, au cas par cas, si ça vaut le coup. J'ai pris rendez-vous avec mon comptable et je pense qu'il faut bien réfléchir et calculer, avant de décider d'accepter ou non.

Et après ?

Je suis très déçu par l'Europe ; on a l'impression qu'il n'y a pas d'argent pour l'agriculture, qui est pourtant un secteur économique clé. Nous n'avons pas décidé pour le moment de la suite à donner à cette aventure qui restera une superbe action, même si elle n'a pas eu les retombées que nous espérions.

Remettre l'agriculteur au centre du dispositif

Frank Guéhennec, président de la FDSEA 56, était à Paris avec les agriculteurs du département, « fier d'accompagner la délégation », bien que celle-ci soit repartie avec un certain nombre de frustrations. Les manifestants qui se sont rendus à l'Assemblée Nationale, notamment, ont déploré la présence de seulement 60 députés (dont 2 morbihannais) sur 577. Les annonces faites ont quant à elles été jugées insuffisantes, notamment en ce qui concerne les prix.

Points satisfaisants tout de même : une « pause réglementaire » a été obtenue et les sommes promises vont donner un bol d'air aux trésoreries. Quoi qu'il en soit, la mobilisation a montré la capacité du monde paysan à faire passer un message aux élus.

Frank Guéhennec a tenu à souligner le fait que « les syndicats ont fait le boulot. Et si les organisations de producteurs n'ont pas la capacité d'aller chercher les prix, le syndicalisme le fera. » Il a en outre voulu rappeler que si le monde paysan disparaît, les organismes qui les entourent disparaîtront aussi. Il les a donc invitées à faciliter la vie des agriculteurs, en particulier dans les montages de dossiers. Il appelle également à ne pas remplir de déclaration de flux et à une suspension des contrôles sur les exploitations.

Enfin, il souhaite l'instauration d'outils de régulation des prix, à une réduction de la volatilité et à ce que des mesures soient prises pour mettre fin aux distorsions de concurrence.

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