Terra 17 novembre 2017 à 08h00 | Par Emmanuelle Le Corre

Avancer en apprenant de l'expérience des autres

Certains agriculteurs sont "familiers" des groupes de travail collectif. En Côtes d'Armor, le groupe fermes Dephy Ecophyto travaillle sur la réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires et vient de signer un nouvel engagement pour 2016-2020 portant sur la biodiversité. Ici, l'émulation ne faiblit pas avec pour moteur le goût de l'échange des pratiques.

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Sylvie Méheut, ingénieur réseau Dephy, les agriculteurs, Jacques Guguen et Philippe Roullier.
Sylvie Méheut, ingénieur réseau Dephy, les agriculteurs, Jacques Guguen et Philippe Roullier. - © Terra

Le groupe historique fermes Dephy 22, au nord/est des Côtes d'Armor, fonctionne depuis 2011. En 2016, le groupe s'est réengagé dans un nouveau programme, toujours en lien avec les phytosanitaires mais axé sur la gestion de la biodiversité au sein des parcelles. Ici, un solide esprit collectif s'est instauré qui perdure avec le temps, puisque le groupe compte maintenant 14 agriculteurs et peu de turn-over. "Le groupe fermes Dephy 22 rassemble des systèmes de cultures diversifiés. En effet, la présence d'agriculteurs bio et conventionnels favorise les échanges, point d'attrait essentiel pour le groupe", souligne Sylvie Méheut, ingénieur réseau de la chambre d'agriculture. Les résultats sont aussi au rendez-vous puisqu'en 5 ans, les participants ont réduit de 35 % l'IFT global. Les agriculteurs n'ont plus recours au traitement systématique et ont gagné en autonomie de décision. "On essaie de voir tous les leviers qui existent pour limiter les phytosanitaires et l'intervention n'arrive qu'en dernier recours. On juge avec des bases de décisions plus solides. Et puis quand il faut réduire la dose, c'est plus facile de le faire si d'autres le font aussi, on n'est pas tout seul ", expliquent deux agriculteurs du groupe, Jacques Guguen, multiplicateur de cochettes à Corseul, et Philippe Roullier, producteur de lait à Matignon.

Un élan toujours intact

Adeptes de la démarche collective, Jacques Guguen et Philippe Roullier sont des fidèles des rencontres trimestrielles entre agriculteurs. Et si leur motivation première est économique, ils n'en demeurent pas moins soucieux des impacts sur la santé et l'environnement. "On discute, on échange des expériences de chacun. On apprend plein de choses avec des gens qui ont le même objectif que soi. Et puis, pour moi, ne pas avancer serait reculer !", partage Jacques Guguen. En 2017, les agriculteurs se sont retrouvés pour étudier l'introduction de nouvelles cultures dans la rotation, dont la féverole ; en juin, ils ont appris à reconnaître les différents auxiliaires présents dans les cultures et comment les favoriser. En seconde partie d'année est programmé un bilan de campagne sur ce qui a été mis en pratique dans les exploitations, ce qui a ou non fonctionné, suivi d'une rencontre sur les marges cultures. En fin d'année, c'est aussi le moment de fixer de façon collégiale le fil rouge de l'année suivante. Et, contrairement à ce que l'on pourrait penser, après 6 ans, les sujets sont loin d'être épuisés. "Quand on cherche un thème, on trouve toujours quelque chose", assure Philippe Roullier. Quant à la poursuite de réduction de l'IFT, le challenge actuel est la gestion des adventices. "Tout dépend des années, nous avons eu plus de mal à tenir les herbicides. En 2017 par exemple, il y a eu pas mal de liseron dans le maïs. Nous avons aussi le problème de résistance du séneçon", indiquent les agriculteurs. L'objectif poursuivi vise à la pérennisation de ces systèmes économes en intrants. "Maintenant, il s'agit de tenir et d'asseoir un système robuste", conclut Sylvie Méheut.

 

Bords de champs : un refuge pour auxiliaires

Cette année, le groupe est venu sur les parcelles de Jacques Guguen et de son associé, en présence d'un entomologue (spécialiste des insectes). En 2010, l'agriculteur est sollicité par la chambre d'agriculture et la fédération des chasseurs pour intégrer le réseau agriculture et biodiversité. Ce dernier a pris la décision d'introduire dans ses parcelles (66 ha) une bande enherbée de 3 m de large le long des haies. La visite en juin a permis de constater la présence de différents auxiliaires, notamment des oeufs et des larves de coccinelles dans les cultures de féverole et blé. "Je n'utilise quasiment plus d'insecticide, uniquement sur le colza et si le seuil de traitement est dépassé", partage l'éleveur, qui a également diversifié son assolement en introduisant de la féverole sur 5 ha et de l’orge de printemps.

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