Terra 27 avril 2017 à 08h00 | Par Audrey Dibet

Avril, en marche vers plus d'œufs alternatifs

Le groupement Armor œufs et Sanders Bretagne, filiale du groupe Avril, mettent tout en œuvre pour répondre à la demande accélérée en œufs "alternatifs". Ils l'ont réaffirmé à l'occasion de l'assemblée générale du groupement de producteurs le 19 avril à Grand-Champ (56). Pragmatisme, bon timing et investissements sont nécessaires pour que se réalise la transition des élevages et des outils d'aval dans les meilleures conditions.

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1- Ventes ovoproduits (© Terra) Franck Picard, président du groupement. © Terra Yannick Thoraval, responsable de l'amont de la filière œuf d'Avril. © Terra

L'évolution du marché vers les œufs alternatifs à la cage a été progressive depuis 2012 mais c'est l'importante accélération en 2016 qui a surpris la filière. Pour Éric Philippe, directeur général délégué du groupe Avril, le timing est essentiel pour que la transition se réalise dans les meilleures conditions et que, arrivée à échéance, la filière française soit en capacité de répondre au marché.

À ce jour, toutes les enseignes de la distribution se sont positionnées sur l'œuf "alternatif", jusqu'à Auchan, pour la dernière, il y a une quinzaine de jours. Avec des échéances annoncées à 2020, 2022, voire à 2025 selon les distributeurs. Et les attentes concernent aussi la restauration hors domicile. Cependant, quelques enseignes font aujourd'hui marche arrière en repoussant les premières échéances annoncées, ou nuancent leurs positions en les limitant à une catégorie de produits (premiers prix...). Si la transition est bel et bien lancée, les discussions semblent donc maintenant plus "ouvertes" qu'en 2016 où les déclarations des uns et des autres se succédaient à un rythme effréné.

Pour l'instant, la consommation en France est toujours majoritairement, à 70 %, sur des œufs produits en cage, puis viennent le plein-air, 17 %, le bio, 7 %, et le sol, 6 %. Cependant, la seule baisse de 6 % des volumes d'œufs cage en GMS a "des répercussions très fortes sur toute la filière", souligne Éric Philippe. "Il devient indispensable de proposer de l'alternatif pour pouvoir vendre des œufs cage aux clients", remarque aussi Thierry Coatrieux, directeur du groupement Armor œufs. Et les évolutions à mener sont conséquentes dans les années à venir .

40 % des pondeuses à "convertir"

Le groupement de producteurs Armor œufs représente 98 adhérents dont 57 en élevage standard. "2,1 millions de pondeuses devront être orientées dans un mode de production alternatif ou arrêtées d'ici 2022, sur les 4,5 millions de pondeuses en cage du groupement", comptabilise Yannick Thoraval, responsable de l'amont de la filière œuf d'Avril. Les capacités d'investissement sont malgré tout limitées, la moitié des éleveurs du groupement ayant encore à échéance 2022 un capital restant dû lié à la dernière mise aux normes bien-être. Ce capital représente actuellement 50 millions d'euros pour l'ensemble des éleveurs d'Armor œufs. "Il va baisser d'1,5 € par poule et par an", ajoute Éric Philippe, qui envisage donc la transition "faisable si on gère bien les échéances avec les clients"... Toujours le timing. "On va reprendre chaque contrat individuellement. Ce qui est transformable doit être fait rapidement car les besoins sont urgents". Chaque éleveur est incité à chercher un moyen de convertir sa production vers un mode alternatif. Et quand l'arrêt sera contraint, il s'agira d'en réduire la charge, en espérant que le pacte sociétal mené par l'interprofession, permettra d'accompagner la sortie de ces élevages. "Toutes ces évolutions vont demander beaucoup de pragmatisme, de volontarisme, mais aussi de financements. Vous pouvez compter sur vos administrateurs pour vous défendre", a affirmé Franck Picard, président du groupement, aux éleveurs.

Ces évolutions nécessitent également d'adapter le parc de poulettes en volière. "Nous produisons 600 000 poulettes par an en volière. L'objectif est de parvenir à deux millions. Dix projets sont en cours pour y parvenir", souligne Yannick Thoraval.

Au sein du groupe Avril (Ovoteam pour les ovoproduits et marque Matines pour les œufs coquille), l'organisation de la filière a l'avantage d'être complète, mais elle se complexifie avec de plus en plus de demandes sur des segments spécifiques. Une complexité qui a des impacts jusqu'aux outils de transformation. "Sur les outils, on a de l'œuf cage, du plein air, du bio, du label... Cela devient très compliqué, avec des arrêts machine à gérer. Mais on n'a pas d'autre choix que de changer. Cela a toujours été dur dans la filière et on y est arrivé, encourage Patrick Aulard, directeur de la branche ovoprouits du groupe Avril. Notre atout est d'être présents sur tous les marchés, nous ne sommes pas nombreux comme cela en Europe".

Une certification du bien-être animal

Le logo "Œuf de France" va être mis en place via une charte de l'interprofession (CNPO) à l'instar d'autres productions (le porc français, légumes de France...). Mais Matines et le groupe Avril veulent aller plus loin. "Nous voulons créer une certification, basée sur trois piliers, la biosécurité, le bien-être animal et la "visitabilité" des élevages. L'objectif est de communiquer positivement sur ces aspects, expose Yannick Thoraval. Le référentiel est écrit. Les audits vont débuter en mai". "On n'est pas dans du flicage, poursuit Éric Philippe. Même si tout est perfectible, on fait déjà bien notre travail. On a juste à mieux communiquer dessus". Un rempart de plus que l'entrepise et les éleveurs espèrent salvateur vis-à-vis de l'import, dont la filière française n'est malheureusement pas à l'abri, surtout dans cette période de transition délicate.

Commission "performances"

Parallèlement aux cours plutôt très bas en 2016 (excepté une remontée en fin d'année), les performances techniques se sont légèrement dégradées en conventionnels au sein du groupement. En élevage plein air en revanche, les performances globalement s'améliorent. "C'est la première fois qu'on atteint 18 kg de masse d'œuf à 67 semaines", souligne Yannick Thoraval. Comment expliquer ces différences ? Une commission "performances" réunissant des membres du bureau a été créée dans ce but il y a trois mois. La génétique fait partie des axes de travail, mais aussi l'élevage de poulettes, la prophylaxie, l'aliment, etc. "Tous les critères sont remis à plat, cite Yannick Thoraval. On va chercher à préconiser un plan de conduite pour les élevages". "Nos objectifs sont ambitieux, estime aussi Franck Picard, président d'Armor œufs, puisque nous nous donnons un à deux ans pour y parvenir".

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