Terra 23 octobre 2015 à 08h00 | Par Audrey Dibet

Bien-être des éleveurs, parlons-en

À chacun sa recette selon sa personnalité pour trouver du bien-être au travail. Certains se sont tournés vers des formations ou du coaching, d’autres ont retrouvé du sens à leur profession en développant de nouvelles activités ou en changeant de système. Et tous reconnaissent l'intérêt d'en parler et de se faire accompagner. Des éleveurs témoignent.

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Les réseaux Trame et FRGeda donnent la parole aux éleveurs, lors de déjeuners-débats organisés tous les ans au moment du Space. Environ 200 personnes y participent sur trois jours. © Terra Ici Vincent Grégoire qui témoigne de la dynamique d'amélioration continue qu'il pratique sur son élevage avec l'aide et le regard d'autres collègues agriculteurs. © Terra

Difficultés économiques, lourdeurs administratives, mais aussi manque de reconnaissance, mauvaises relations entre associés, peur de ne pas être à la hauteur, équilibre difficile entre le travail prenant et la famille : les sources de mal-être sont nombreuses. Encore trop tabou, pas assez reconnu comme une priorité, le bien-être des éleveurs est pourtant une question centrale, clé de la de la performance des exploitations, que les FRGeda notamment et Trame s’efforcent à mettre en avant. Ces réseaux ont invité plusieurs agriculteurs à témoigner de leur parcours au travers de cette question.

 


L’amélioration continue est positive
Vincent, Èleveur de porcs à la Chapelle des Fougeretz (35)

"Je pratique une démarche d’amélioration continue au travers d’échanges au sein d’un groupe pilote. Concrètement, on se rend chez un collègue éleveur et pas forcément dans une production qu’on connaît. On arrive dès 7h du matin, on observe, on essaie de comprendre, on questionne. L’éleveur se rend compte parfois qu’il a du mal à justifier ce qu’il fait. On parle social, transmission des infos, performance, optimisation du temps... En quoi cela procure du bien-être ? L’amélioration continue est une dynamique. On reste positif dans notre métier car on sait qu’on va toujours trouver à améliorer les choses, on a l’impression d’avancer en permanence, on n’a pas peur de l’avenir. Et c’est important de remettre l’homme au cœur de la performance de l’exploitation".

 


Nous sommes beaucoup mieux indépendants
Brigitte, productrice de veaux à Noyal-sur-Vilaine (35)

"Avant 2003 l’exploitation était en intégration. Depuis qu’on est passé indépendant, on est beaucoup mieux. On décide de tout, et c’est une forme de bien-être même si on a parfois un peu peur. On décide de l’achat des veaux, de la race à utiliser, des aliments. Nos abatteurs sont satisfaits. Contrairement à avant, je me sens valorisée dans mon travail, j’ai retrouvé du sens à mon métier".

 


Dépasser les peurs
Catherine, éleveuse laitière en Normandie

"Être une femme, c’est un handicap surtout en agriculture, en plus blonde et immigrée... J’ai toujours eu peur de ne pas être inclue dans un groupe, de ne pas être à la hauteur, d’être prise pour une imbécile. Ces peurs je les ai d’abord ressenties quand je suis arrivée en France à l’âge de 16 ans, puis quand j’ai démarré adulte des études agricoles, ensuite quand je me suis installée ou encore quand j’ai pris tout récemment la responsabilité d’European dairy farmers. Mais il faut dépasser ces peurs. Je me suis fait petite, j’ai écouté et me suis rendue compte que quand on pose des questions, les gens sont bienveillants. En France, on se sent complexé par notre manque de compétitivité, de réactivité... Mais n’est-ce pas un trop de pessimisme qui nous plante ? Ce qui fait vraiment la différence, c’est l’homme. Ce n’est pas facile de s’adapter mais les épreuves nous font toujours grandir".

 

 


Les formations permettent de surmonter des périodes difficiles
Isabelle, Èleveuse laitière en Seine-Maritime

"Après avoir été secrétaire administrative, j’ai fait le choix d’être agricultrice. J’étais loin d’imaginer à quel point ce métier est difficile pour une femme. Toutes les formations auxquelles j’ai participé (formation Gordon, "savoir gérer son temps",...) m’ont permis de surmonter des périodes difficiles. Quand on ressent du mal-être, qu’on ressasse les problèmes, on est du coup moins performant. J’adhère également à un groupe d’agricultrices, ce qui m’a donné de nombreuses pistes de travail".

 


Dur pour une femme seule
Maryline, agricultrice en Ille-et-Vilaine

"Une exploitation, c’est dur à gérer pour une femme seule : les papiers, les travaux physiques... Et il n’y a pas de place pour une vie de famille. Les mises aux normes, les contraintes environnementales provoquent en outre beaucoup de stress. Je me suis installée il y a cinq ans avec mes parents qui sont partis en retraite depuis. Mon exploitation est aujourd’hui en vente. Maintenant que ma décision est prise, je me sens soulagée même si c’est dur du fait de mon attachement aux animaux. Ce qui compte, c’est que je puisse renflouer mon investissement tout en permettant à un jeune de reprendre dans de bonnes conditions".


Je suis revenu à mes objectifs de départ
Nicolas, Èleveur de Limousines en Corrèze

"Je me suis installé hors cadre familial après avoir été cuisinier. Je me voyais sur une exploitation de petite taille, de moins de 40 hectares. Quand ma compagne m’a rejoint, il a fallu agrandir. Au fur et à mesure, influencés aussi par les proches, nous avons repris des terres. Pour finir, l’exploitation comptait 125 hectares, trop loin de mon objectif de départ. Avec certaines terres éloignées, ce qui représentait beaucoup de travail. Sans compter qu’à la maison, je subissais des violences conjugales. Un jour j’ai retrouvé ma compagne pendue dans la grange. J’aurais pu m’enfoncer mais j’ai eu connaissance d’une formation proposée par la chambre d’agriculture. L’accompagnement a été déterminant pour retrouver un équilibre. À la suite j’ai largué du terrain, j’ai développé le projet de diversification qui me tenait à cœur depuis le début. Je suis revenu à mes objectifs de départ. Tout va bien aujourd’hui".

 


Le bien-être comme priorité
Christophe Capitaine, éleveur corrézien

"La réponse technique n’est pas la seule, parfois c’est l’humain qui fait la différence. Un vrai groupe de travail s’est développé à la chambre d’agriculture de Corrèze, pour vulgariser la notion de bien-être. C’est une question de volonté et de priorité pour que cette question de bien-être soit saisie. Dans mon département, elle a même été intégré au parcours d’installation JA. On se rend compte que deux agriculteurs sur 10 remettent leur projet en cause ou le repoussent suite à cela".

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