Terra 23 juillet 2015 à 08h00 | Par Emmanuelle Bordon

Bloquer pour alerter

Le jeudi 16 juillet, une cinquantaine d'éleveurs du département ont bloqué trois usines du groupe Bernard-Jean Floc'h pendant quelques heures. Opérées dans le calme, ces actions avaient pour objectif d'interpeller les transformateurs quant à la provenance de leur matière première.

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Les chargements des camions ont été contrôlés devant les usines bloquées
Les chargements des camions ont été contrôlés devant les usines bloquées - © Terra

Des plats cuisinés, des palettes, du poisson, du poulet et des légumes surgelés, voilà l'inventaire établi par les manifestants pendant les quelques heures qu'ils ont passées à arrêter des camions pour vérifier leur contenu, à Baud, Guénin et Moréac, trois sites du groupe Bernard-Jean Floc'h. Un chargement de viande de canard a également été immobilisé pendant quelques dizaines de minutes, le temps de vérifier sa provenance. Il a ensuite pu repartir lorsqu'il s'est avéré qu'il s'agissait de viande française. Dans le même temps, les sites avaient été bloqués et certains camions immobilisés à l'intérieur. Le but de cette manifestation était d'attirer l'attention des transformateurs, notamment de Bernard-Jean Floc'h, et de dénoncer l'emploi de viandes d'importation dans la fabrication des produits de salaisons.

Distorsion de concurrence

Pour Frédéric Daniel, président des JA, le problème est qu'à l’intérieur de l'Europe, il y a autant de fonctionnements (sociaux, fiscaux) que de pays. Les contraintes n'étant pas les mêmes, certains pays se trouvent avantagés. Qui plus est, les plans d'austérité imposés à certains pays européens accentuent cette distorsion de concurrence. Cela crée un climat tendu à l’intérieur de l'Europe. Pourtant, « ce n'est pas en nivelant toujours vers le bas qu'on arrange la situation », affirme-t-il. Il s'étonne par ailleurs « que les syndicats de salariés ne bondissent pas plus que ça ».

Franck Pellerin, le président de la section viande bovine de la FDSEA 56, déplore quant à lui le fait que les agriculteurs soient écoutés et entendus par les responsables politiques mais qu'il n'y ait pas de répercussion.

Dialogue avec les responsables

Durant la matinée, le dialogue a pu être engagé avec les dirigeants des sites bloqués. A Guénin, le directeur a invité les producteurs à vérifier la provenance de la viande présente dans l'usine. Ils avouent 10 à 20 % de viande étrangère dans les produits qui sortent des usines Bernard-Jean Floc'h. Ils justifient cette pratique par le manque de certaines pièces de viande, notamment les poitrines de porc. Des poitrines sont donc importées pour pallier cette carence de production.

Frank Guéhennec, président de la FDSEA 56, déplore quant à lui que les députés n'aient pas répondu à l'invitation de la FNSEA à rencontrer ses délégués. « On a l'impression qu'ils n'en ont rien à faire », dit-il. Par comparaison, dans d'autres pays d'Europe, notamment l'Espagne, les agriculteurs sont beaucoup plus accompagnés. Les responsables politiques ont compris qu'il fallait soutenir l'agriculture. Par comparaison, les politiques français ne sont pas à la hauteur.

D'autres actions devraient, dans les semaines, à venir, être menées en direction des élus locaux.

 

De l'autre côté du blocage

Pierrick Bunouf, directeur de l'usine Bernard-Jean Floc'h de Moréac, dit comprendre les manifestants malgré la gêne créée par le blocage de son usine. Cependant, il reconnaît l'emploi de 10 % de viandes d'origine étrangère dans ses produits.

Pour lui, il y a un problème de filière. « Les agriculteurs sont malheureux mais on n'est pas plus heureux dans la transformation. », affirme-t-il. Les mouvements de protestation mettent la pression sur les cours, provoquent une prise de conscience, mais on ne peut pas s'en ternir à cela. « L'avenir passe par une filière plus structurée », pour préserver les emplois en particulier. Il faudrait également pouvoir se battre à armes égales avec les autres pays, en termes d'écologie ou d'économie.

Pendant les quelques heures qu'a duré l'opération, les chauffeurs des camions arrêtés se sont pour leur part montrés coopératifs. L'un d'eux s'est même déclaré solidaire : « S'il n'y a plus d'agriculteurs, à terme, ce sont des emplois qui disparaissent. Toute la chaîne est concernée.»

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