Terra 10 novembre 2017 à 08h00 | Par Claire Le Clève

Breizh Forêt Bois : Des aides pour régénérer la forêt bretonne

Derrière la plantation d’arbres - aidée depuis deux ans par le plan Breizh Forêt Bois doté d’un fonds de 10 millions d’euros - se cache l'avenir de la forêt bretonne et, derrière elle encore, toute une filière qui compte 20 000 emplois... Autant que la pêche.

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 (© Terra)  © Terra À Lanvaudan dans le Morbihan, sur la parcelle de Christian de Bronac, l’un des 88 dossiers à ce jour financés au titre du plan Breizh Forêt Bois. © Terra

"Sans ce programme, je ne me serais jamais lancé dans un tel investissement", reconnaît Christian de Bronac. 40 000 euros investis pour 30 000 euros d'aides perçues et "3 000 euros pour le broyat de saules qui ont financé le dessouchage". Sur la route de Lanvaudan (56), les 12 ha d’un seul tenant aux abords de Plouay n’ont pas vu la charrue depuis sept ans. La parcelle est en pleine déprise agricole quand ce propriétaire forestier l’acquiert. Il la conservera en l'état 13 ans de plus, laissant le temps y faire son oeuvre, le ruisseau à truites vives vivre au rythme de la zone humide, les chevreuils et bécasses déjouer les chasseurs dans des taillis de plus en plus fournis de saules. "Breizh Forêt Bois correspondait à ce que je voulais faire", poursuit-il, détaillant l’organisation du terrain."Là, dans 50 ans, il y aura de belles allées de hêtres pour quadriller l’espace, des chênes rouges au fond, des aulnes, et des épicéas de Sitka". Le décor est planté mais pour l'heure, il ne mesure que 80 cm, à raison de 1 600 plants à l’hectare. Hêtres et chênes sont grillagés contre l’appétit des cervidés, nombreux. Ce chantier de Lanvaudan est l’un des 88 dossiers financés au titre du plan Breizh Forêt Bois qui porte sur la replantation forestière de 625 hectares.

Repeupler ou densifier

Ici, le cahier des charges du plan Breizh Forêt Bois est tenu. "L’enjeu environnemental est respecté avec la zone humide et le ruisseau protégés, l’enjeu paysager aussi avec les hêtres et les chênes, tout comme l’enjeu de production avec 85 % d’épicéa de Sitka", résume Laurent Le Mercier, expert forestier qui apporte ses conseils à la famille de Bronac sur le domaine de Kerdreho. 70 ha plantés par le père, puis 60 ha de plus ont été boisés par Christian et Henri, les deux fils. Henri envisage d’implanter à l'avenir 15 ha d’épicéa de Sitka et de pin de Douglas, "dans une vision familiale", à long terme, pour une récolte dans 60 ans… Pour ce nouveau projet, le plan Breiz Forêt Bois sera à nouveau sollicité, non plus au titre du boisement de terres agricoles délaissées mais cette fois pour transformer des peuplements pauvres constitués de pins maritimes, accrus naturels et tortueux, en bois de qualité, futur bois d’œuvre. C’est l’autre versant de ce plan qui vise à boiser 4 000 ha en cinq ans grâce au financement du Feder, sous pilotage de la région. Car avec ses 400 000 ha de forêt, la Bretagne est moins boisée que les autres régions françaises, même si cette forêt s’accroît naturellement de 3 000 ha tous les ans. "Mais c’est malheureusement au bénéfice de peuplements pauvres", déplore Michel Hamon, président d’Abibois, la filière des professionnels du bois en Bretagne qui, du sciage jusqu'à la construction en bois - qui a le vent en poupe - ou l’emballage, emploie 20 000 personnes en Bretagne.

Produire du bois d'œuvre

"20 000 emplois, c’est autant que la filière pêche, avec des emplois locaux", relève Olivier Allain. Le vice président de la région Bretagne, pilote du programme, souligne "son cycle vertueux. La forêt est un piège à carbone. On construit des lycées avec notre bois, des bâtiments agricoles... C’est important de donner l’envie aux forestiers d’investir dans le bois pour les générations futures", plaide-t-il pour toute une filière qui souhaite parfaire des peuplements souvent peu adaptés aux besoins. "On a 74 % de feuillus et 26 % de résineux, l’inverse des besoins économiques", constate Claudine Josso, présidente du syndicat des exploitants scieurs de Bretagne. "Par endroit, on pourrait produire deux fois plus de bois, ce serait deux fois plus rentable pour les entreprises en dopant leur compétitivité face à la concurrence", renchérit Philippe de Guénin, directeur de la Draaf. Et tous de s’accorder sur la poursuite de ce plan Breizh Forêt Bois, un plan unique en France "et envié". "C’est une vraie opportunité, pour l’emploi local, pour l’environnement et l’eau. C’est un levier pour reconstituer une forêt productive, nécessaire à la filière qui la transforme".

 

Des aides pour pour transformer des peuplement forestiers pauvres ou boiser des terres agricoles délaissées.
Des aides pour pour transformer des peuplement forestiers pauvres ou boiser des terres agricoles délaissées. - © Terra

Breizh Forêt Bois

Lancé pour la période 2015-2020, ce programme unique en France, levier pour développer la ressource bretonne au travers du boisement de 4 000 ha, est financé à hauteur de 10 millions d’euros par l’Union Européenne, l’État et la Région au travers du Feder. Il s’agit de replanter des essences de production de bois d’œuvre, commercialisable, sur des surfaces occupées par des peuplements pauvres. Deux types d’aides sont proposées pour des projets de 3 ha au minimum, (2 pour le peuplier).

- Breizh Forêt Bois Transformation (BFB T) : pour transformer des peuplements forestiers pauvres en bois d’œuvre de qualité : aide de 40 %.

- Breizh Foret Bois Boisement (BFB B) : boiser des terres agricoles délaissées : aide de 80 % pour les propriétaires privés et de 70 % pour les collectivités territoriales.

88 dossiers ont été financés pour 615 ha de projets, 700 000 arbres plantés (73 % de résineux). 2,8 millions d’euros investis dont 1,5 millions d’aides, soient 17 % de l’enveloppe initiale pour la mesure de boisement et 33 % pour la transformation. Le Morbihan (34 %) et les Côtes d’Armor (27 %) sont les département qui ont le plus eu recours à ce plan.

Les raisons du plan Breizh Forêt Bois

Chaque année, la forêt bretonne croit de 3 000 ha sur des zones délaissées par l’agriculture, en déprise. Sa croissance s’effectue essentiellement au profit de peuplements spontanés et de peuplements que les forestiers qualifient de pauvres. Ils estiment ainsi que 38 % de la surface forestière est couverte de bois sans intérêt pour une valorisation en bois d’œuvre utilisé en menuiserie, charpente ou emballage.

Arrivés à maturité, les bois qui sont aujourd’hui récoltés sont, pour la plupart, issus des plantations du Fonds forestier national. Un programme qui, de 1946 à 2000, a permis de planter 80 000 ha de forêt de production en Bretagne. Ce programme a été supprimé en 2000. Les parcelles exploitées ne sont pas toujours reconstituées en quantité et qualité. Le risque est donc d’assister à une réduction de la surface productive. Une crainte importante pour les acteurs économiques de cette filière qui redoutent la rupture de l’approvisionnement de leurs outils de production obligeant au recours au bois d’importation. Un frein pour la filière forêt-bois de la région d’où la mise en place il y a deux ans du programme Breizh Forêt Bois.

À l'inverse des besoins

La forêt française couvre 16,5 millions d’hectares,
soit 31 % de sa SAU, dont près 400 000 ha en Bretagne, soit à peine 14 % de sa SAU.

La Bretagne est l'une des régions les moins forestières de l’hexagone.

La forêt bretonne est essentiellement privée et très morcelée : 90 % de sa surface appartient à 116 000 propriétaires.

La part des feuillus y est de 74 % (30 % de chêne), 26 % de résineux et les besoins économiques exprimés par la filière sont inverses.

 

Repères

Avec son agriculture et son maraîchage, l’emballage (cagettes) représente 40 % de l’utilisation du bois qui sort de la forêt bretonne, 30 % pour la rénovation, 20 % pour les aménagements extérieurs et 10 % pour la construction bois.

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