Terra 29 septembre 2016 à 08h00 | Par Propos recueillis par Claire Quiblier

"Cœur de gamme" une démarche pour remonter les prix

Après Système U, c’est au tour de Carrefour et Leclerc de s’engager dans la démarche "cœur de gamme". Patrick Igigabel, président de la section bovine de la FRSEA explique en quoi consiste cette démarche et ses conséquences en termes de prix payé aux éleveurs.

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Patrick Igigabel, président de la section bovine de la FRSEA, 
initiateur de la démarche coeur de gamme en Bretagne.
Patrick Igigabel, président de la section bovine de la FRSEA, initiateur de la démarche coeur de gamme en Bretagne. - © Tera

En quoi consiste la démarche cœur de gamme ?

Patrick Igigabel. Avant tout, la démarche cœur de gamme a un but et un seul : mieux rémunérer l’éleveur. Le distributeur s’engage à tenir compte du coût de revient du producteur dans la fixation du prix de la viande "cœur de gamme" qu’il achète. La qualité du produit, fruit du travail de l’éleveur est mieux rémunérée. Cette démarche amène sur les étals, plus de différenciation des produits. Avant, il y avait la viande bio, la viande label rouge et tout le reste de façon indifférenciée. Désormais le "cœur de gamme" correspond à une certaine qualité demandée par les distributeurs : élevage référencé charte des bonnes pratiques d’élevage, animal dans une tranche d’âge précis, animal issu d’un troupeau de races allaitantes, conformation de carcasse R = minimum et un état d’engraissement minimum de 2. L’objectif est également de faire de la pédagogie auprès des consommateurs et de répondre à leur demande en termes de qualité. Au-delà, le cœur de gamme est une vraie évolution dans la formation du prix payé à l'éleveur. Celui-ci n'est plus basé sur des cotations dont chacun connaît la "pertinence" mais uniquement sur le coût de production des éleveurs. C’est la fin des plus-values au rabais !

Aujourd’hui, les éleveurs ont un prix de base fixé le plus bas possible et des plus-values "qualité" de quelques centimes. Quel est l’intérêt d’un tel système pour l’éleveur dont le coût de revient n’est pas du tout prix en compte !! Le prix "cœur de gamme" permet de rémunérer les animaux concernés à hauteur de 4,60 €/kg de carcasse pour une vache classée U.

Comment a été décliné ce travail syndical en Bretagne ?

PI. Pour être cohérents, les représentants de la section bovine FRSEA Bretagne ont d’abord décidé d’arrêter de participer aux séances de cotations. Très vite, l’ensemble des régions françaises ont suivi : quel intérêt de participer à des cotisations qui ne reflétaient pas du tout le marché et qui servaient au contraire à cautionner des prix tirés vers le bas en s’alignant sur le prix de la vache de réforme laitière ? Ensuite nous avons rencontré les acheteurs et les responsables de Système U Ouest pour connaître les modalités de déploiement de cette démarche en Bretagne. Puis nos responsables départementaux ont appelé ou sont allés rencontrer les responsables des autres enseignes pour mettre la pression. L’objectif est que toutes les enseignes rentrent dans cette nouvelle façon de fixer le prix en tenant compte du coût de revient.

On entend dire que la démarche ne prend pas en compte les vaches de réforme laitière qui, en Bretagne, représentent 70 % des volumes d'abattage. Qu'en est-il ?

PI. L’objectif est que le distributeur paie sa viande en tenant compte du coût de revient de l’éleveur. Donc cette démarche va faire remonter les prix de la viande issue du troupeau allaitant, ce qui va mécaniquement tirer les prix des vaches de réforme vers le haut. Jusque-là, le système de cotations mis en place permettait aux abatteurs de tirer les prix des races allaitantes vers le prix de la réforme laitière. Il s’agit ici de reprendre la main afin de faire remonter le prix pour tous les éleveurs, laitiers comme allaitants, selon la qualité des animaux.

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