Terra 17 novembre 2016 à 08h00 | Par Laurence Ligneau, chargée de mission énergie climat, chambre d'agriculture de Bretagne

Changement climatique : la COP22 sous l'effet Trump

La COP22 s'achève actuellement à Marrakech. L'un de ses principaux enjeux en sera l’équilibre des efforts des États signataires des accords de Paris de décembre 2015 en termes d’atténuation du changement climatique mais aussi d’adaptation. De l’autre côté de l’Atlantique, les élections américaines ont fait remonter la polémique autour du climatoscepticisme. Le défi est grand pour le secteur de l’agriculture confronté en première ligne aux effets du changement climatique, mais un certain nombre d’idées reçues refont parfois surface et peuvent freiner la volonté d’agir. Petit inventaire.

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L’adaptation au changement climatique est désormais devenue un enjeu concret. Les effets du changement climatique se font sentir sur l’agriculture de plusieurs façons : hausse tendancielle des températures, événements climatiques extrêmes plus fréquents, variabilité saisonnière et interannuelle.
L’adaptation au changement climatique est désormais devenue un enjeu concret. Les effets du changement climatique se font sentir sur l’agriculture de plusieurs façons : hausse tendancielle des températures, événements climatiques extrêmes plus fréquents, variabilité saisonnière et interannuelle. - © Terra

Idée reçue n° 1

"Le climat a toujours changé donc on s’inquiète pour rien"

En réalité, le climat a changé, même si l’humanité bénéficie depuis 8 000 ans d’une étonnante stabilité climatique favorable à son développement. Mais aujourd’hui c’est la rapidité, l’ampleur du changement et son origine anthropique (liée aux activités humaines) qui sont différentes des évolutions passées. La température moyenne mondiale a augmenté de 0,85°C entre 1880 et 2012 (Giec). 2°C semble être le maximum auquel on pourrait s’adapter.


Idée reçue n° 2

"L’impact de l’agriculture sur l’effet de serre, ce n’est rien comparé au pétrole ou à l’industrie"

L’agriculture représente 12 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) au niveau mondial, dont 90 % par le méthane (ruminants et riz) et le protoxyde d’azote (engrais et effluents). Avec la déforestation et l’usage des sols, la part du secteur des terres s’élève à 24 %. L’industrie représente 31 % au niveau mondial et l’utilisation du pétrole 22 % des émissions. L’agriculture n’est donc pas le principal moteur de l’effet de serre anthropique, la consommation d’énergie fossile cumule 65 % du total. Cependant sa contribution n’est pas négligeable et dans certaines régions à vocation agricole, l’agriculture peut peser bien plus lourd dans le bilan des émissions de GES. Ainsi en Bretagne, 45 % des GES émis viennent du secteur agricole. En France, les émissions de GES de l’agriculture ont diminué de 10 % en vingt ans (Citepa).

 

Idée reçue n° 3

"Le bilan de l’agriculture est faussé car on ne prend pas en compte le stockage de carbone"

Les inventaires de GES répondent à des règles définies aux niveaux international et national sur les périmètres et méthodes. Actuellement, le secteur "agriculture" ne comprend que les émissions. Le stockage de carbone dans les sols agricoles est compté avec la forêt dans le secteur "utilisation des terres, leurs changements et la forêt". Par ailleurs, l’utilisation de biomasse par les autres secteurs (matériaux, énergie, chimie…) leur permet de limiter leurs émissions. Enfin, les méthodes de comptabilisation évoluent avec la recherche scientifique. Le bilan de l’agriculture sur l’effet de serre est donc à manier avec précaution.

Selon les méthodes de comptabilisation, l’agriculture française pourrait réduire ses émissions des GES de 10 % à plus de 30 % d’ici 2030 (Inra, CGAAER).

 

Idée reçue n° 4

"On ne va tout de même pas empêcher nos vaches de ruminer !"

Les vaches, tout comme les ovins et les caprins, sont capables de digérer la cellulose, en particulier l’herbe, en ruminant. L’action des micro-organismes du rumen entraine des émissions de méthane, que les animaux évacuent par éructation, c’est la fermentation entérique. S’il est possible de diminuer ces émissions avec différentes techniques (qualité de l’alimentation, lipides dans la ration, génétique…), on estime qu’une réduction de 30 % est un maximum pour le bon fonctionnement biologique du rumen. Par ailleurs, il est possible de réduire plus globalement les émissions de GES au kg de lait ou de viande produite, en travaillant sur le système fourrager, la conduite d’élevage, l’efficience des intrants ou la gestion des effluents. 
Le programme Carbon Dairy a mesuré les émissions de GES sur 2 843 élevages. En moyenne les émissions nettes (déduction faite du stockage de carbone) sont de 0,97 kg de CO2/l de lait. Les exploitations les plus efficaces ont une moyenne de 0,78 kg de CO2/l de lait (Idele). 
À l’heure où un grand nombre d’agriculteurs observent dans leurs exploitations les premiers effets du changement climatique, même dans notre région assez préservée, l’agriculture devra au-delà de ces quelques idées reçues répondre à un triple défi :
- nourrir les hommes avec moins de ressources fossiles et dans des écosystèmes fragilisés par le changement climatique,
- s’adapter à l’évolution du climat en saisissant les nouvelles opportunités et en développant sa résilience aux effets négatifs,
- réduire sa propre contribution à l’effet de serre en réduisant ses émissions de GES et en stockant du carbone.


La COP22 à Marrakech

Le "climatoscepticisme" de Donald Trump, futur Président des États-Unis peut-il affecter l’engagement d’une des plus grandes puissances économiques dans l’accord de Paris pour le climat ? Lors de sa campagne électorale, celui-ci a multiplié les affirmations en ce sens, qualifiant le changement climatique de "canular" et promettant d’annuler la ratification de l’accord de Paris qu’il voit comme nuisible au développement économique.
C'est donc peu dire que le résultat de l'élection américaine a troublé les participants à la COP22 qui se tenait à Marrakech du 7 au 18 novembre.
Donald Trump qui succédera à Barak Obama en janvier prochain a maintenant les moyens juridiques et politiques de passer des discours aux actes.
Pour autant, le développement des énergies renouvelables est enclenché aux USA, par des états, par des villes ou des entreprises. Et le thermomètre continue de grimper, aux États-Unis comme ailleurs, avec des conséquences climatiques très spectaculaires et parfois dramatiques. De plus, on trouve dans le camp des Républicains comme dans celui des Démocrates, d'authentiques porteurs de l’accord de Paris. La lutte contre le changement climatique est un enjeu de santé publique, aux État-Unis comme ailleurs, et aura des co-bénéfices économiques.
Les USA ont-ils un intérêt à s’exclure des discussions internationales sur le climat ? On ne voit pas bien quels bénéfices politiques ils pourraient en espérer car cet accord de Paris n’est pas un accord contraignant, aucune sanction n’est encourue. Par ailleurs, les USA ont une responsabilité historique dans le changement climatique. S’ils démissionnent et entrainent d’autres démissions à leur suite, ils pourraient aggraver leur responsabilité.
Toujours est-il que les négociateurs à la COP22 sont inquiets. Dans ce nouveau contexte, il y a peu de chance que les USA atteignent les objectifs qu’ils se sont volontairement fixé pour 2025. Il y a encore moins de chance qu’ils réfléchissent, d’ici 2018, à la manière de réduire le décalage entre l’objectif fixé (pas plus de 1,5°C de réchauffement climatique global) et les engagements pris à Paris (globalement insuffisants).
À la COP22, au-delà du budget "atténuation du changement climatique", il faut budgétiser à la hausse "l’adaptation au changement climatique" et, nouvelle notion, "les pertes et dommages". L’absence des USA à la table des négociations serait préjudiciable pour la planète entière. Et l’agriculture, secteur pour lequel rester sous la barre des 1,5°C de hausse moyenne des températures est vital, pourrait en subir les premiers dommages.


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