Terra 16 septembre 2016 à 08h00 | Par Claire Le Clève

Conchyliculture : entre innovation et diversification

Alors que s'achève le 32e salon national de la conchyliculture à Vannes, les professionnels continuent à être confrontés aux mortalités de leurs coquillages, à des fermetures temporaires de leurs parcs. Un mot d'ordre pour eux : innover et se diversifier pour continuer à exister sur cette frange littorale si convoitée.

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Le 32e Salon de la conchyliculture s'est tenu à Vannes les 7 et 8 septembre.
Le 32e Salon de la conchyliculture s'est tenu à Vannes les 7 et 8 septembre. - © Terra

C'est la période des mortes eaux. Ces petits "coeff" de marée sont peu favorables à l'accès aux parcs ostréicoles installés sur le bas de l'estran. Début septembre, c'est aussi la période "charnière entre deux saisons", pour Philippe Le Gal, président du CRC, comité régional conchylicole de Bretagne sud. Période qu'ont choisie les producteurs français de coquillages, conchyliculteurs, pour se retrouver comme tous les ans à deux pas du port de Vannes dans leur salon qui s’internationalise. Avec 80 exposants, les plus de 2 000 visiteurs ont trouvé le panel de biens et services dédiés à leurs métiers. Mais aussi de l'innovation et de la diversification, "elles sont porteuses de développement futurs". Elles sont donc essentielles "pour accompagner la profession dans un contexte toujours aussi difficile", n'a pas caché l'ostréiculteur de Surzur (56) faisant le point sur une année 2015 "avec des mortalités un peu plus faibles en pourcentage, mais le prix de nos coquillages n'était pas tout à fait là", et une saison 2016, à finir d'écrire, "où il y plus de mortalités, avec des prix revalorisés".

Dix ans de casse

Car l'histoire récente de la conchyliculture qui concerne les huîtres et les moules, c'est dix ans de casse sur ces coquillages, de surmortalités dues à des agents pathogènes plus ou moins démasqués, de fermetures de parcs subies pour cause de pollutions bactériologiques... "et la récente apparition de novovirus, il va falloir apprendre à vivre avec". La profession, malmenée, tente de trouver des parades et demande des solutions, notamment en matière d'amélioration d’assainissement pour continuer à exister sur cette zone fragile du littorale où se concentre, de manière croissante, la population. "Si on n'a pas une bonne qualité d'eau, on ne pourra pas faire de bons coquillages", a-t-il mis en garde. Comme l'espace agricole, en proie également à une concurrence d'usages, "nos zones conchylicoles sont très convoitées, nous devons faire intervenir la Safer pour acquérir des domaines, et devrons le faire désormais systématiquement pour enlever une pression sur ces zones qui doivent rester conchylicoles". Il y a urgence pour ces professionnels qui partagent de nombreuses problématiques avec l'agriculture littorale.

Hélène Laguerre présente le "buzuc", ce vers arénicole commun sur nos plages est désormais élevé pour son hémoglobine universelle, très recherchée en médecine humaine.
Hélène Laguerre présente le "buzuc", ce vers arénicole commun sur nos plages est désormais élevé pour son hémoglobine universelle, très recherchée en médecine humaine. - © Terra

Inventer l'avenir

Elles vont tous azimuts, les innovations autour de la conchyliculture. Elles ont notamment été abordées au salon lors de six ateliers-conférences ou présentées sur des stands abrités par l’association Pôlemer, interface entre recherche et entreprise. Que ce soit en matière de recherche sur les capacités des éponges marines à purifier les parcs ostréicoles ou bien sur la restauration d'espèces comme celle des huîtres, plates et portugaises et encore du rare ormeau dont l'aquaculture est maîtrisée, les idées foisonnent.

L'exploitation des algues se développe tout comme leur culture et leur utilisation dans des matériaux, en cosmétique, en alimentation animale ou en matière d'énergie... Le Ceva, centre technique pour la valorisation des algues, qui travaille depuis trois ans le sujet depuis Pleubian (22), est venu le rappeler.

La recherche s'intéresse également de très près aux espèces marines qui pourraient demain être porteuses de solutions pour la médecine humaine. C'est le cas du fameux buzuc, appât réputé pour les pêcheurs de bars à la ligne ! Ce vers marin connu aussi sous le nom d'arénicole est très prometteur. Son élevage débute tout juste au sein de la start-up Hmarina de Morlaix développé par le chercheur Franck Zac de la station de biologie marine de Roscoff (29). "Peut être qu'un jour il sauvera des vies", espère Hélène Laguerre, ingénieure d'étude. Car Arenicola marina contient une hémoglobine extracellullaire universelle, intéressante "pour la conservation et le transport de greffons, elle a un fort pouvoir d'oxygénation notamment pour les prothèses déjà vascularisées", résume la chercheuse. Et les essais de culture du ver sont eux aussi prometteurs. "Nous en sommes au deuxième cycle de production, nos vers se sont reproduits en décalage par rapport au milieu naturel, c'est encourageant".

En chiffres

La conchyliculture en Bretagne sud qu'accompagne le CRC, représente : 5 729 ha de concessions sur le domaine public maritime exploitées à 86 % par 422 entreprises.

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