Terra 04 février 2016 à 08h00 | Par Jean Dubé

Crise agricole, le dialogue peut-il prendre le pas sur les actions ?

Après deux semaines d'actions agricoles plus ou moins contrôlées en Bretagne, la tension ne baisse pas et la contestation s'élargit même à d'autres régions. Mardi, le président de la République a reçu Xavier Beulin, le patron de la FNSEA. François Hollande a entendu les demandes des agriculteurs, notamment sur l'étiquetage et la levée de l'embargo russe. Mais dès ce jeudi à l'assemblée nationale, le débat sur les moyens de la compétitivité de l'agriculture risquait encore d'illustrer la difficulté de passer du discours aux actes, en renvoyant la prise de décisions à des échéances ultérieures.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Le 28 janvier, le préfet de Région, Patrick Strzoda, et Loïg Chesnais-Girard, vice-président du conseil régional de Bretagne, sont  venus 
à la rencontre des manifestants (à gauche, Loïc Guines, président FDSEA 35) pour leur proposer de reprendre le dialogue.
Le 28 janvier, le préfet de Région, Patrick Strzoda, et Loïg Chesnais-Girard, vice-président du conseil régional de Bretagne, sont venus à la rencontre des manifestants (à gauche, Loïc Guines, président FDSEA 35) pour leur proposer de reprendre le dialogue. - © Terra

Après deux semaines de mobilisation, la levée des barrages routier n'a pas éteint l'incendie. Les organisations syndicales mais aussi économiques ont tenté d'ouvrir toutes les portes, mais le bilan reste bien mince, au regard des décisions prises. Jeudi dernier, le préfet de Région Bretagne avait été contraint d'annuler la table ronde prévue avec les organisations professionnelles, après qu'elle ait été boycottée par la FRSEA, les JA et les organisations économiques. Pour autant, Patrick Strzoda était allé au devant des manifestants campés devant la prefecture en leur indiquant que sa porte restait ouverte et que les problèmes ne se régleraient pas dans la rue, mais en discutant. Des groupes de travail devraient être constitués dans les prochains jours pour prolonger cette intention.

Mardi, à Paris cette fois, Xavier Beulin (FNSEA) et Thomas Diemer (JA) ont été reçus à L'Elysée par François Hollande et en présence du ministre de l'agriculture Stéphane Le Foll.

Les représentants syndicaux agricoles ont obtenu que le président de la République s'engage à aborder le 7 février prochain avec la chancelière allemande Angela Merkel les questions agricoles européennes. Il s'est aussi engagé à apporter des réponses concrètes avant le salon de l'agriculture de la fin février. Une réunion avec le premier ministre a par ailleurs été arrêtée au 17 février.

Ce même mardi, à Paris toujours, les organisations porcines bretonnes regroupées dans un collectif contre le dumping fiscal agricole en Europe ont décidé de porter le débat des distorsions de concurrence intra européennes sur un plan judiciaire quand, de leur côté, deux députés européens ont demandé au président de la commission européenne, Jean-Claude Junker "une action volontariste permettant d'aboutir à la levée de l'embargo sanitaire sur la Russie".

Enfin, au regard des initiatives politiques engagées ces derniers jours dans le prolongement des mobilisations des agriculteurs, l'idée semble cette fois passée que les agriculteurs n'attendent pas des aides mais des réformes structurelles. Le sénateur de la Manche, Jean Bizet, disait lundi à Rennes, lors d'une table ronde sur la filière laitière que "le temps politique n'est pas le temps économique". Mais le temps économique risque de ne plus laisser de temps à beaucoup d'agriculteurs.

 

 

 

Les députés dans le débat

"Arrêtons les clivages droite-gauche et les jeux politiciens sur le dos de l'avenir des paysans". La FDSEA et les JA du Finistère n'en reviennent toujours pas ! "Après avoir été adoptée par le Sénat le 9 décembre, la proposition de loi en faveur de la compétitivité de l'agriculture n'a pas été débattue par la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale, puisque les députés de la majorité ont retiré ou refusé tous les amendements proposés". Et ceci le 27 janvier dernier, le jour même où avaient lieu de nombreuses mobilisations, à Morlaix, à Brest, à Chateaulin et Quimperlé. Certes, "ce projet de loi ne va pas résoudre toutes nos difficultés, reconnaissent FDSEA et JA. Mais il a le mérite de mettre sur la table un certain nombre de propositions attendues par la profession agricole". La proposition de loi étant examinée ce jeudi en séance plénière à l'assemblée, des délégations ont rencontré tous les députés finistériens le week-end dernier, pour qu'ils soutiennent les amendements demandés par la profession. "Nous réclamons aussi un étiquetage de l'origine pour les produits transformés. Et que la restauration collective publique achète en priorité des produits français, pour favoriser l'emploi local".

Chantal Pape

 

 

- © Terra

Toutes les productions sur le pont

Les manifestations des derniers jours marquent l'entrée de plain pied de toutes les productions -et non plus seulement des éleveurs porcins- dans le mouvement de colère des agriculteurs bretons. Prix rémunérateurs, étiquetage de l'origine, TVA sociale, mise en place du fonds structurel... les demandes sont identiques toutes filières confondues et le temps presse, ne manquent pas d'insister les exploitants mobilisés sur les barrages successifs installés sur la RN 12, axe majeur de la circulation routière de la Bretagne Nord, emprunté quotidiennement par 65 000 véhicules. "Nous allons diriger nos actions sur d'autres cibles de l'Etat, pour éviter de compliquer la vie de nos concitoyens, mais nous poursuivrons jusqu'au bout", affirme Didier Lucas, président de la FDSEA 22. Ainsi, après une rencontre en début de semaine avec des députés et sénateurs sur le vote de la loi en faveur de la compétitivité de l’agriculture et de la filière agroalimentaire, -comprenant des allégements de charges et une exonération partielle des parts patronales pour les chefs d'exploitation- une délégation d'éleveurs devait se rendre à l'assemblée nationale ce jeudi lors de l'examen de la proposition de loi. Des actions simultanées dans les sous-préfectures et au centre des impôts étaient également prévues.

Hélène Bonneau

 

Arzal fait barrage

En barrant nuits et jours l'axe Vannes-Nantes à Arzal, les 250 éleveurs de la FDSEA et des JA mobilisés sont devenus un symbole de la contestation agricole (voir la photo de Une). "J'ai l'impression que nous sommes des laissés pour compte", interpelle, ému, Hervé Tabart, éleveur à Arzal. Ambiance de barricade sous le pont de la RN 165, à la corne du cerf. La fumée âcre des feux allumés sur plus de 500 m de déchets, obscurcit le ciel. "Sous les ponts, c'est là qu'on risque de finir si ça continue comme ça", se désespère un des 250 éleveurs qui se relaient ici depuis une semaine. Les maires des communes environnantes, mais aussi les députés Hervé Pellois et Paul Molac, des conseillers départementaux ou régionaux, nombreux sont les élus à apporter leur soutien en montant à la tribune improvisée sur la remorque d'un camion, sans micro. Pas de réponses immédiates, mais "un soutien, une solidarité". Et ils en ont bien besoin, les éleveurs, souvent jeunes, pour qui il sera si difficile, vendredi 29 janvier au soir d'accepter la levée d'un barrage dont la Dir Ouest mettra plus d'une semaine à effacer les traces.

Claire Le Clève

 

L'étiquetage comme bouée de sauvetage ?

Ils avaient promis un mercredi noir sur les routes d'Ille et Vilaine. Finalement ce fut un mercredi et un jeudi noir, avec pas moins de sept blocages tout autour de l'agglomération rennaise. Sur les barrages, les revendications étaient nombreuses, mais parmi elles l'étiquetage de l’origine des produits alimentaires, bruts comme transformés, y compris dans la restauration hors foyer a souvent été évoquée par les agriculteurs en colère. Traçabilité et origine de l'alimentation, un combat mené depuis des mois par la FNSEA et les JA, sous la bannière "manger français" et plus que jamais une chance de redonner confiance aux consommateurs. Alors que le gouvernement explique ne pas pouvoir aider davantage les producteurs en raison des règles européennes, les syndicats interrogent : "L'Espagne aide ses éleveurs : pourquoi pas la France ? L'Allemagne protège ses marchés : pourquoi pas la France ?"

Arnaud Marlet

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Terra se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les brèves
Prochaine brève

8 brève(s) » voir toutes

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui