Terra 26 janvier 2017 à 08h00 | Par Emmanuelle Le Corre

Des agriculteurs demain, pour maintenir la vie en Centre Bretagne

Les administrateurs de six caisses locales du Crédit agricole ont organisé à Rostrenen une conférence-débat sur le thème : "L’agriculture en Centre Bretagne : les raisons d’y croire". Etaient invités à s'exprimer sur le risque de dépopulation de ce territoire : Jean Lossouarn, ancien professeur à AgroParisTech et Olivier Allain, vice-président du conseil régional de Bretagne. Quant aux remèdes, ils dépassent bien évidemment les frontières du territoire.

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Quel avenir pour l'agriculture en Centre Bretagne ? Les administrateurs du Crédit agricole ont accueilli Jean Lossouarn, ancien maître de conférences à l’école d’ingénieurs AgroParisTech et Olivier Allain, vice-président du conseil régional de Bretagne.
Quel avenir pour l'agriculture en Centre Bretagne ? Les administrateurs du Crédit agricole ont accueilli Jean Lossouarn, ancien maître de conférences à l’école d’ingénieurs AgroParisTech et Olivier Allain, vice-président du conseil régional de Bretagne. - © Terra

"Un climat béni", "un sol de qualité", "une ambiance à faire de l'élevage", "des surfaces plus importantes"... Si le Centre Bretagne regorge de qualités, il est aussi fragile. Territoire riche de diversité de productions, plus qu'ailleurs, il est soumis au risque de dépopulation que pourrait entraîner une baisse du nombre d'agriculteurs. Pour évoquer l'avenir de l'agriculture, six caisses locales du Crédit agricole (Callac, Quintin, Corlay, Saint Nicolas du Pelem, Maël Carhaix et Rostrenen) ont organisé une conférence débat à Rostrenen le 19 janvier, en présence de deux amoureux du pays : Jean Lossouarn et Olivier Allain.

Face au risque de dépopulation des territoires, Jean Lossouarn rappelle : "il faut pour les agriculteurs des conditions de revenu et des standards de vie comparables aux autres secteurs". Sûr que l'agriculture "doit être considérée comme un secteur à part", "que la ferme familiale a toutes les vertus", chaque intervenant a présenté sa vision stratégique de l'agriculture devant un public agricole nombreux (agriculteurs, étudiants,
responsables de coopératives...). Or l'avenir de ce territoire passe par des enjeux de politique agricole qui dépassent largement les frontières de la Bretagne afin de "calmer" les marchés et redistribuer la valeur ajoutée de l'aval vers l'amont.

Plus de compétitivité interne des exploitations

Alors que l'année 2016 se révèle comme une année de crise sans précédent pour l'agriculture, les constats désastreux ne font que s'ajouter. D'abord une situation de prix bas qui dépasse le non sens. "Quand le montant des aides de 17 milliards d'euros en France dépasse le montant du revenu agricole de 10 milliards d'euros, cela ne veut plus rien dire", exprime Olivier Allain. Il fait état de deux erreurs stratégiques "historiques" pour l'agriculture. L'accord de Marrakech en 1994, instituant l'Organisation mondiale du commerce et l'accord de Luxembourg en 2003 où se sont décidées "trois bêtises". "La fin des quotas laitiers, des outils de gestion de marchés et le découplage des aides". De son côté, Jean Lossouarn met en garde contre la fragilité de notre "habitacle" et "la planète qui donne des signes de dégradation"  ; contre la consommation des terres agricoles et contre la concentration du pouvoir au sein des sociétés multinationales.

Pour sortir l'agriculture de cette situation de prix bas, le vice-président du conseil régional prêche pour une "compétivité interne" des exploitations, pilotées avec moins d'intrants et plus d'autonomie. Il propose aussi de "monter en gamme pour retrouver de la valeur ajoutée sur le marché français et à l'export", tout en se réconciliant avec le consommateur. "Montrer aux consommateurs des productions vertueuses sera un élément marketing demain".

Réinventer une politique agricole

Les deux intervenants sont d'accord sur le fait qu'il faut réinventer une politique agricole européenne. Le Brexit des Anglais est considéré, en réalité, comme une opportunité de "rediscuter de la stratégie européenne". Une stratégie moins libérale. "Les Anglais ne seront plus l'allié des libéraux dans les négociations de la PAC post 2020. C'est plutôt un atout", pointe Olivier Allain, qui a redit tout l'intérêt de mettre en place des outils publics de gestion des marché à l'échelle européenne dans les secteurs du lait et de la viande bovine notamment.

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