Terra 28 septembre 2017 à 08h00 | Par Audrey Dibet

Des solutions concrètes au changement climatique pour les élevages laitiers

Quelle sera l'évolution du climat et son impact sur les exploitations laitières à l'horizon 2050 ? Un programme tente d'y répondre à l'échelle de différents territoires en France. Au cœur de ce travail, des éleveurs qui recensent actuellement les pistes d'action possibles face à ces changements, afin d'en faire bénéficier demain tous leurs collègues.

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Des adaptations peuvent être envisagées sur la conduite des cultures fourragères (dates de récolte, introduction de nouvelles espèces...) ainsi que sur le troupeau (effectifs, croisement...). (© Terra) Lors d'une conférence au Space, Jean-Christophe Moreau, de l'Institut de l'élevage, a présenté les changements climatiques d'ici 2050 et leurs impacts sur les productions fourragères dans diffé © Terra Régions laitières agroclimatiques et zones d'études Climalait qui y sont associées (point noirs). © Terra

Des printemps plus doux, des sécheresses plus fréquentes : les éleveurs constatent déjà aujourd'hui les effets du changement climatique. Pour aider les éleveurs à s'adapter à des évolutions encore plus sensibles demain, l'interprofession a lancé le projet Climalait avec plusieurs partenaires scientifiques et techniques*.

Répondre aux problématiques de territoires divers

D'ici 2050, les températures devraient globalement augmenter en France, de +2°C en moyenne, avec une hausse plus marquée au Nord et à l'Est. Cette hausse conjuguée à des variations plus fortes entre les phases de précipitations et celles d'évaporation, conduira à une accentuation du déficit hydrique. Ces tendances nationales cachent cependant des disparités fortes entre les territoires qui ne permettaient pas d'avancer des solutions concrètes adaptées à des systèmes d'élevage spécifiques, dans des conditions pédoclimatiques particulières.

Pour pouvoir tenir compte de la diversité des territoires en France, une trentaine de zones ont donc été retenues pour l'étude, chacune étant homogène dans son sous-sol, son sol, son climat et les systèmes d'exploitation. En appliquant le scénario le plus récent du Giec sur le changement climatique, les scientifiques peuvent avoir un aperçu pour chaque zone des conséquences sur la pluviométrie, l'évapotranspiration, les températures ainsi que leurs impacts sur les cultures fourragères. Une étape clé de ce projet consiste enfin à travailler avec les éleveurs de ces territoires pour identifier les voies d'adaptations possibles. Si l'étude est presque aboutie pour certaines zones, elle démarre tout juste pour d'autres. C'est d'ailleurs le cas des deux zones retenues en Bretagne.

Des changements d'habitudes nécessaires partout

Voici ce qu'a donné le programme Climalait dans les Mauges, zone où ce travail est achevé. Dans cette région au sud d'Angers (49), le changement climatique conduirait à une pousse de l'herbe plus importante, des conditions plus favorables au maïs et à la luzerne, des rendements fourragers globalement en hausse. D'abord rassurés par ces évolutions propices à la production laitière, les dix éleveurs qui ont participé au projet dans les Mauges, ont ensuite réfléchi aux changements de pratiques à réaliser à partir d'un système d'élevage qu'ils avaient au préalable défini en groupe. Comment gérer 10 % de production fourragère supplémentaire : en augmentant le cheptel ou en augmentant les surfaces de cultures de vente ? Et sachant que les déficits hydriques seront plus importants l'été, que les aléas climatiques seront plus marqués, il sera "de toute façon nécessaire de faire des stocks les bonnes années", en ont conclu les éleveurs. Et aussi "d'anticiper les récoltes de maïs", et de "rentrer davantage les animaux en bâtiment lors des fortes chaleurs d'été", rapporte entre autres l'animatrice du groupe, Céline Marsollier, de la chambre d'agriculture du Maine-et-Loire.

Même là où les évolutions seront favorables à la production laitière dans un proche avenir, des changements d'habitudes seront donc nécessaires. Ces changements soulèvent en outre de nouveaux besoins, en termes de bâtiments, de génétique, de recherche...

Deux zones étudiées en Bretagne

L'objectif est de faire bénéficier de ces travaux à tous les éleveurs français, sans doute en communiquant dans des réseaux de fermes, sur des plateformes d'essais ou lors de portes-ouvertes, ainsi que "dans les lycées pour sensibiliser les futurs éleveurs", souligne Thierry Geslain, de l'interprofession laitière (Cniel).

D'ici juin 2018 le projet aura abouti dans les trente zones identifiées en France. En Bretagne, cela concerne deux zones très différentes, le Léon et le sud de l'Ille-et-Vilaine. "Là où la réserve utile est plus faible dans le Finistère nord, le déficit hydrique risque de devenir problématique à l'avenir", cite Jean-Christophe Moreau, en exemple des questions qui seront soulevées sur ces territoires.

 

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