Terra 28 octobre 2016 à 08h00 | Par Propos recueillis par Didier Mahé et Dominique Biche, chambre d’agriculture de Bretagne

Des vergers dans les prairies

A 47 ans, Gilles Guillard a décidé de se reconvertir. Fini les vaches laitières, 40 hectares de pommiers ont remplacé les cultures. Avec le matériel, l’investissement s’élève à 320 000 euros pour une production attendue d’au moins mille tonnes de pommes à jus. Une décision longuement murie qu'il explique ici.

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Gilles Guillard, producteur de pommes à Chateaubourg.
Gilles Guillard, producteur de pommes à Chateaubourg. - © Terra

Comment est venue l’idée d’une reconversion ?

Gilles Guillard. L’idée d’une reconversion est née en 2009, en pleine crise laitière. Avec 40 ha et 400 000 l de lait, la surface fourragère devenait restreinte vis à vis de la réglementation azote et l’autonomie fourragère. J’ai pensé à me regrouper ou à une reconversion en bio. Avec des bâtiments logettes caillebotis, il était difficile de respecter le cahier des charges bio. Le projet d’une reconversion dans les vergers est venu d’un contact avec un technicien de coopérative qui recherchait des surfaces significatives en verger. Je me suis alors posé deux questions : est-ce que je suis capable d’apprendre ce nouveau métier ? Et est-ce que ma terre est adaptée ? J’ai pris contact avec Dominique Biche de la chambre d’agriculture qui a accompagné mon projet de A à Z. C’est aussi un investissement à long terme. Dans 15 ans, au moment de la transmission, ce verger sera en pleine production.

Cette production vous donne confiance ?

G.G. J’ai pris contact avec l’ensemble des transformateurs, et j’ai remarqué que chacun était très prudent avant de s’engager dans de nouveaux contrats avec les producteurs. Cela m’a rassuré. Je constate que le prix de la pomme à cidre est stable dans le temps alors que l’on a des incertitudes sur le prix du lait. J’ai pris ma décision d’arrêter le lait en 2014 alors que mon EBE était au plus haut. J’ai préféré anticiper une nouvelle baisse du prix du lait qui est arrivée depuis. Les vergers de Chateaubourg me proposent un contrat pour l’ensemble des surfaces de la ferme pour une production de pommes à jus en agriculture biologique. Les premières années le verger sera conduit en production fruitière intégrée (agriculture raisonnée) Une fois le verger bien implanté, après 3 années de conversion les pommes de la 4e année seront en agriculture biologique. Pour cela, il faudra que tous les voyants soient au vert.

Vous avez choisi des variétés tolérantes aux maladies ?

G.G. Ce verger de 40 ha est planté pour 50 ans. Il s’agissait de répondre à 100 % à la demande du transformateur avec des variétés acidulées. Nous avons retenu des variétés globalement tolérantes aux maladies... : Judor, Locard vert, Judaine, "Pied court " et "Pommes de Jouzel". Ces deux dernières sont des anciennes variétés. "Pied court" est présente essentiellement sur un verger de 25 ans à Janzé et donne satisfaction. "Pomme de Jouzel" est peu connue, elle a été repérée à l’écomusée de la Bintinais à Rennes pour sa rusticité, sa précocité et sa non alternance. Ces variétés permettront de réduire de manière très significative l’usage de produits phytosanitaires.

Quelles sont les étapes de votre projet ?

G.G. L’établissement du verger a été murement réfléchi (aspects techniques, le matériel et financier et humain). En 2015, nous avons réalisé une pépinière pour les 16 800 plants. En 2016, nous avons planté d’un coup 21 ha. En 2017, je prévois une plantation de 6 ha. En 2018, la dernière plantation. Les plantations seront caractérisées par un palissage haut avec 3 fils. La densité de plantation est de 830 pieds par ha en moyenne. Les variétés ont été regroupées et positionnées en fonction de la portance des sols lors de la récolte. Les variétés tardives sont implantées sur les sols porteurs. La conception des 35 ha été effectuée sur la base de la livraison de pommes à raison d’un semi-remorque par jour de fin septembre à début décembre en année de forte production.

Le verger planté en avril a bien poussé cette année. Nous envisageons une première récolte dès la 3e année en 2018.

 

 

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