Terra 26 novembre 2015 à 08h00 | Par Étienne Ariaux Chambre d'agriculture de Bretagne

Du Sdage aux Sage : l'agriculture en première ligne

Sdage, comme schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux, des mots qui font frémir une profession agricole inquiète de l'accumulation de contraintes environnementales. Ses représentants ont donc bataillé ferme pour faire entendre leur point de vue dans les instances en charge de la gestion de l'eau avant l'adoption définitive du texte le 4 novembre dernier. Ce document régira jusqu'en 2021 la politique de l'eau sur le périmètre d'action du bassin Loire Bretagne, soit 33 départements dont les quatre départements bretons. Réactions des représentants agricoles bretons à cette adoption du Sdage. Et explications, avant la mise en oeuvre de ce nouveau cadre dans les 21 Sage bretons.

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Alain Tiengou, membre du comité de bassin et élu chambre díagriculture de Bretagne : "La Bretagne n'a pas à rougir"

Le Sdage a été voté à 129 voix sur 166 après deux ans de travail. Comment se sont passées les négociations ?

Alain Tiengou. Les discussions ont été longues et difficiles. Certains acteurs prônaient une approche par limitation des intrants, les représentants agricoles ont toujours œuvré en faveur d’une limitation des impacts. La profession agricole a subi de nombreuses attaques et des remises en cause incessantes qui niaient tout le travail réalisé et les résultats obtenus. Pourtant, la Bretagne n’a pas à rougir. Elle est ainsi la 3e région la plus avancée en termes d’atteinte de ses objectifs, même s’il reste encore du chemin à parcourir. Ce long travail de négociation a ainsi permis d’arriver, à partir d’un projet de Sdage très cadré pour l’activité agricole, et parfois hérité du précédent, au texte qui vient d’être voté. Ce dernier est plus ouvert sur certains points majeurs pour notre activité même si des désaccords persistent.

Malgré tout, un certain nombre d’interrogations restent sans réponse. Elles concernent en particulier le manque de fiabilité d’un grand nombre de données de l’état des lieux qui ne donne pas d’éclairage sur la situation réelle du bassin, la complexité du texte, le manque d’évaluation de l’impact économique sur nos entreprises. C’est pour toutes ces raisons que les 11 représentants agricoles se sont abstenus lors de ce vote.

 

Comment envisagez-vous l’avenir après le vote ?

A.T. Il va falloir maintenant décliner ces orientations dans les Sage et accompagner la mise en œuvre des actions. Avec 21 Sage en Bretagne, le travail va être conséquent.

Point négatif : notre représentation dans les instances de décision est marginale alors que l’agriculture entretient près de 70 % du territoire : jusqu’à 4 élus agricoles dans les commissions locales de l’eau composées selon les territoires entre 40 à 50 personnes.

Point positif : cette subsidiarité locale permet ainsi à chaque territoire de prendre en compte ses spécificités pour l’élaboration de ses programmes d’actions.

Nous devons demain nous faire entendre dans toutes les instances de décision. Il faut qu’on instaure un dialogue de confiance et de responsabilité entre les collectivités, les agriculteurs et la société civile. L’engagement des représentants des chambres d’agriculture sera primordial.


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Thierry Coué, Président de la FRSEA Bretagne :

"Merci la mobilisation du 3 septembre, on a évité le pire"

Quel est le lien entre la manif nationale du 3 septembre et le Sdage ?

Thierry Coué. Après deux ans de négociations et de multiples réunions pour l’élaboration du Sdage Loire Bretagne, les discussions étaient dans une impasse totale. Nos représentants étaient exténués par tous les dysfonctionnements rencontrés pendant ce marathon. En tant qu’acteurs économiques, on se doit d’être respectés. On ne pouvait pas cautionner les écrits de l’agence de l’eau, extrêmement contraignants, dogmatiques et impossibles à tenir. Or, pour la Commission européenne, ce qui est écrit doit être fait ! Autrement dit, les objectifs et les moyens utilisés décrits par l’agence de l’eau, même inatteignables, doivent être respectés sous peine de contentieux.

La réussite de la manifestation du 3 septembre dernier à Paris a permis d’expliquer cela au Premier Ministre qui nous a entendus. La mobilisation de tous, et des Bretons en particulier, a été payante !

 

Qu’en retenez-vous ?

T.C. Le Sdage n’est pas parfait, mais notre capacité à tenir une stratégie commune syndicalisme/chambre nous a permis d’éviter le pire. Les chambres d’agriculture du bassin ont suivi et décrypté la complexité des documents du projet de Sdage pendant que les FRSEA et la FNSEA ont défendu la filière agricole, en limitant au maximum les impacts économiques, par exemple.

Si le travail est terminé au niveau du bassin, il commence au niveau des Sage avec la mise en œuvre de ce nouveau Sdage. La FRSEA, les FDSEA et les chambres d’agriculture accompagneront les agriculteurs et seront extrêmement vigilantes à sa mise en œuvre.

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