Terra 29 janvier 2016 à 08h00 | Par Claire Le Clève

Eau, l'approche territoriale bretonne

Alors que s’achève à Rennes le 17e Carrefour des gestions locales de l'eau, c'est à Pont Scorff (56), sur le ruisseau de Toul Douar que la Région Bretagne a choisi, la semaine passée, de mettre en lumière une gestion territoriale appliquée pour la reconquête de la qualité d'eau. Un modèle breton dont la réforme territoriale pourrait rebattre les cartes.

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Jean Manelphe, ingénieur chargé de mission au Syndicat du bassin du Scorff et Thierry Burlot, vice président de la Région, en charge de l’environnement. (© Terra) Avant travaux, des chutes d'eau infranchissables sur le cours du ruisseau. © Terra Après, la continuité est rétablie. © Terra Epis, amas de blocs rocheux, resserrement du lit par implantation de risbermes, création de radiers, l'habitat du Toul Douar a été diversifié pour gagner en qualité de ses eaux. © Terra

"Ici, le passage des buses sous ce pont n'était pas satisfaisant. Nous avons travaillé sur la continuité et la diversité écologique", pointe Jean Manelphe, ingénieur chargé de mission au syndicat du bassin du Scorff. Depuis lors, sous ce pont qui enjambe le Toul Douar, affluent du Scave, l'eau mais aussi sédiments et poissons circulent en totale liberté (voir encadré). À ses cotés, Thierry Burlot, vice-président de la Région Bretagne, en charge de l’environnement, acquiesce : "Plus vous avez d’obstacles, plus la qualité d’eau s’en ressent", précise-t-il. La directive cadre sur l’eau (DCE) en a fait un critère de classement de la qualité des eaux. "Les rivières bretonnes sont conformes à 32 %, l'objectif fixé pour la Bretagne est d’atteindre 61 % des masses d’eaux d’ici 2021". Contrairement aux idées reçues, le paramètre nitrates n’est pas toujours le plus pénalisant. "En Ille et Vilaine, le facteur déclassant est celui de la continuité écologique", précise l’élu. D’où les efforts tous azimuts. "Sur le bassin du Scorff, depuis 2008, nous avons notamment aménagé 26 ouvrages", détaille Jean Manelphe. De quoi améliorer encore la qualité du Scorff qui fait déjà figure "de championne en terme de qualité d'eau", salue Thierry Burlot.

La qualité des eaux progresse

Beaucoup a déjà été fait."On est sur la voie du redressement", insiste l'élu pointant la levée, l'été dernier, des contraintes affectant 5 des 9 bassins en contentieux avec Bruxelles. "On en sort quand d'autres y entrent", souligne-t-il pour preuve de l'efficacité "de la méthode bretonne des bassins versants, des Sage, de l'incitation et de la concertation plutôt que de la stigmatisation". Et les résultats sont au rendez-vous, même si tout n'est pas encore gagné. "Nous avions beaucoup à nous faire pardonner avec des problèmes plus aigus qu'ailleurs", rappelle Thierry Burlot concernant la dégradation de la qualité des eaux de surface. "La Bretagne a pris le sujet à bras le corps et nous devenons une référence en France. On a inversé la courbe des nitrates grâce à la mobilisation de tous les acteurs", insiste-t-il en pointant une teneur maintenue depuis trois ans sous la barre fatidique des 50 mg. "La Bretagne est la seule région de France où la qualité des eaux progresse", se réjouit-il. Pas question de se reposer sur des lauriers, fragiles. Si les efforts sont à saluer, "il faut encore accentuer, faire mieux et plus vite", souligne le vice président du conseil régional.

Nouvelles compétences

Pour y parvenir, au motif que toute l'eau qui tombe, coule et s'écoule en Bretagne, la Région revendiquait depuis plusieurs années plus de compétences en matière de gestion de l'eau et un droit "à l’expérimentation". Elle avait déjà fait ses galops d'essais fin 2014 au travers de la conférence de l'eau et des milieux aquatiques ou encore en associant les 21 Sage et CLE autour d'une feuille de route commune dans le plan breton pour l'eau qui deviendra effectif fin 2016. La loi Notre lui apporte de nouvelles prérogatives d'animation et de concertation sur la politique de l'eau. La région veut s'en saisir avec notamment la mise en place d'un guichet unique, outil de simplification. "Nous ne ferons pas à la place des territoires mais à côté d'eux", positionne l'élu régional. D'autant que la réforme territoriale donne aux intercommunalités des compétences accrues. Ainsi, au 1er janvier 2018, la gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations devraient tomber dans leur escarcelle. Mais sur des périmètres hydrographiques qui ne correspondront pas à ceux des intercommunalités. "Il va falloir que tout le monde se mette d'accord", pointe Jo Daniel, président de la commission locale de l'eau et du syndicat de bassin du Scorff. Comment, avec quels moyens financier ou humain ? La question reste aujourd'hui posée.

Redonner de la diversité

Un ruisseau tiré au cordeau sur plus de 500 m, un lit surcreusé envahi de sable, une chute infranchissable pour la faune du ruisseau... La monotonie de l'écoulement des eaux qui affectait cette portion de rivière n'est plus de mise désormais sur le Toul Douar, petit affluent du Scave. Pour rompre l'uniformité du milieu et lui redonner de la diversité et sa continuité, le Syndicat de bassin du Scorff a installé, grâce à un contrat territorial milieu aquatique (CTMA) des radiers, resserré le lit par endroit, recréant des méandres, installé des blocs, des abris, et protégé les berges. Le busage en béton, dont les chutes étaient infranchissables pour les poissons, a été remplacé. En diversifiant ainsi les habitats du cours d'eau, "nous recréons une diversité qui augmente la capacité d'accueil et apporte de la richesse biologique mais aussi une meilleure capacité d'auto-épuration du milieu", détaillent les techniciens à son chevet. Une des actions d'amélioration de la qualité des cours d'eau sur le bassin versant que le syndicat mixte du Scorff mène depuis 40 ans sur son périmètre qui couvre 30 communes, dont l'agglomération de Lorient et sa zone estuarienne et littorale. Que ce soit en matière de restauration des milieux naturels, d'animation ou de valorisation du patrimoine, d'amélioration des pratiques agricoles, ses actions sont multiples. Un travail qualifié d’exceptionnel, "beau symbole de la reconquête de la qualité des eaux en Bretagne", pour Thierry Burlot.

Loi Notre, en bref

NOTRe pour Nouvelle organisation territoriale de la République, cette loi du 7 août 2015 vise à renforcer les compétences des régions et des établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) par la réduction des compétences des départements et leur transfert aux régionx, le transfert de certaines compétences de l'Etat, le transfert des personnels. Elle établit une nouvelle carte des intercommunalités qui devront regrouper 15 000 habitants au 1er janvier 2017 (contre 5000 aujourd'hui)...

Subventions, un signal fort

"Nous savons où faire porter les efforts, où sont les besoins en matière d'assainissement, de collecte d'eaux usées, de zones conchylicoles, de pollution", pointe Sylvie Detoc, directrice de la délégation Armor-Finistère de l'Agence de l'eau Loire Bretagne. Et face au ralentissement et au désengagement des investissements qu’a entraînés la clarification des compétences des départements, l'Agence de l'eau a révisé ses taux d'aides. "Nos subventions vont désormais jusqu'à 80 % du montant de certaines actions", insiste-t-elle. Les aménagements du ruisseau du Toul Douar en sont l'exemple. Un "signal fort" avec fléchage sur des territoires prioritaires et des actions ciblées que l'agence de l'eau entend promouvoir pour "optimiser les fonds publics en maintenant ce qui est fait et aller plus loin sur les points noirs". Une aide qui se chiffre à 80 millions d'euros.

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