Terra 10 décembre 2015 à 08h00 | Par E. Bordon

Elevage : le bilan d'une année chahutée

L'union des groupements de producteurs de viande de Bretagne (UGPVB) tenait son assemblée générale (section porc puis toutes sections) le 4 décembre. Une réunion tendue par le contexte de crise que vivent les producteurs, au cours de laquelle ses dirigeants ont fait le bilan d'une année difficile et tenté de donner des directions.

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Les éleveurs ont manifesté leur colère et leur désarroi avec virulence.
Les éleveurs ont manifesté leur colère et leur désarroi avec virulence. - © E.B

"Une année chahutée", c'est ainsi que Jacques Crolais, directeur de l'UGPVB, a qualifié 2015 dans son rapport d'activités sur le porc. De fait, suite à l'écroulement des cours fin 2014, aux vives tensions qui ont animé le printemps et l'été, la cotation vient de reprendre très en dessous du prix d'1,40 € pourtant négocié en juillet. C'est toute une filière qui se trouve au coeur d'une crise qui semble ne pas vouloir finir. Témoignage de ces difficultés, la salle dans laquelle se déroulait l'assemblée a été investie, à la fin de la lecture du rapport d'orientation, par des éleveurs venus manifester leur désarroi.

Entre angoisse et colère
Pendant quelques minutes d'échanges vifs avec les élus de l'UGPVB, les manifestants ont exprimé autant d'angoisse - "Comment je vais faire ? Qui va m'aider ?" - que de colère : "vous êtes incapables de négocier : pre-nez une décision ou on démissionne". Et si la réunion a pu reprendre ensuite, les discussions se sont prolongées en coulisse, d'une part, et les questions sont restées, de l'autre. Car les adhérents s'interrogent sur la manière dont va se dérouler l'hiver. Combien seront contraints de fermer leurs portes d'ici le printemps prochain ? "10 % des élevages semblent aujourd'hui en situation de non retour", a dit Michel Bloc'h, président de l'UGPVB. "Des éleveurs qu'il faut inviter à ne pas aller trop loin et accompagner le mieux possible". Ces propos ont fait réagir l'assemblée : "Qu'est-ce qu'on fait tout de suite pour éviter les cessations d'activité, plutôt que de les y accompagner" ? Guy Corbel, éleveur à Trémeur (22), a interrogé Michel Bloc'h sur les perspectives. Ce dernier a rappelé qu'un travail était en cours depuis deux ans sur un cahier des charges sociétal, "pour avoir de la plus-value et aller chercher l'argent où il est : dans la distribution". "Tous les pays protègent leur marché par un cahier des charges" a-t-il affirmé, et "la France est la passoire de l'Europe". Des propos "difficiles à entendre" pour certains, après les négociations et actions de cet été, mais qui "ne signifient pas qu'éleveurs et UGPVB soient en opposition", selon Michel Bloc'h.

Jacques Crolais, directeur de l'UGPVB, Michel Bloc'h, président, Bernard Rouxel, vice-président de la section porc
et Philippe Bizien, président du comité régional porcin, répondent aux questions de la salle.
Jacques Crolais, directeur de l'UGPVB, Michel Bloc'h, président, Bernard Rouxel, vice-président de la section porc et Philippe Bizien, président du comité régional porcin, répondent aux questions de la salle. - © E.B

Rester unis
Gérard Viel, président de la section porc de Coop de France, a déploré le fait que "de toutes les actions menées pour aller vers le 1,40 €, aucune n'[avait] abouti à une proposition concrète de l'Etat". Mais il ne faut pas abandonner le projet pour autant et rester unis. "La crise a divisé les familles, ce n'est pas bon ; il faut trouver des solutions ensemble". Mais s'il faut rester unis, à quand un seul groupement fusionné ? Bernard Rouxel, vice-président de la section porc, a répondu que ce n'était "pas le rôle de l'UGPVB" et que les éleveurs devaient s'adresser à leur coopérative. Il a néanmoins exprimé un avis défavorable à ce sujet en citant le cas du Danemark qui -en faisant ce choix avait créé une bulle spéculative préjudiciable aux éleveurs.
Enfin, un éleveurs a demandé si bloquer les prix avait été une bonne stratégie et quels types de leviers pouvaient être mis en oeuvre. Guillaume Roué, président d'Inaporc, a répondu qu'il fallait placer les décisions qui avaient été prises dans un contexte global. Il a rappelé que la France rencontrait "un problème de distorsions sociales et environnementales". Elle est
bonne élève mais n'obtient pas de récompense".

Le point sur la filière porc

La situation de la filière porc ne rend pas les éleveurs optimistes. En effet, le dossier russe ne connaît pas d'avancée, notamment parce que "la bureaucratie européenne ne veut pas bouger". "L'Europe est en panne" aux dires de Jacques Crolais. Le prix imposé cet été de 1,40 €, quant à lui, s'il semble bon sur le principe, pose problème parce qu'il pénalise la compétitivité à l'export. Autre effet inattendu mais réel : comme les distributeurs ne peuvent pas se faire la guerre sur ce prix-là, ils ne mettent pas le produit en avant et cela entraîne une baisse des volumes vendus. Dans son rapport d'orientation, Michel Bloc'h a souligné l'urgence d'un travail de fond pour préserver l'organisation de la filière en consolidant le marché au cadran, valoriser l'élevage par un contrat d'avenir sociétal et améliorer la production.  La crise a divisé les familles, ce n'est pas bon ; il faut trouver des solutions ensemble

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