Terra 13 juillet 2017 à 08h00 | Par Jean Dubé

En attendant les États généraux de l'alimentation

La FRSEA Bretagne tenait vendredi dernier son assemblée générale. L’invitée en était Sylvie Brunel, géographe, qui intervenait sur son thème de prédilection "positiver l’agriculture française". Une intervention qui ne faisait toutefois pas oublier le contexte d’actualité extrêmement lourd, qui devrait être traité dans le cadre des États généraux de l’alimentation. Le temps était en quelque sorte suspendu à quelques jours de l’ouverture de ces assises. L’occasion de fourbir les arguments et d’imaginer comment redonner de l’espoir à toute une profession.

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Thierry Coué, Philippe de Guénin, et Olivier Allain, lors de l'assemblée générale de la FRSEA Bretagne.
Thierry Coué, Philippe de Guénin, et Olivier Allain, lors de l'assemblée générale de la FRSEA Bretagne. - © Terra

Les États généraux de l’alimentation et de l’agriculture étaient bien évidemment au premier plan des préoccupations des agriculteurs, même si elles n’étaient pas le thème central de cette assemblée générale de la FRSEA Bretagne. Pour la profession agricole, ces États généraux ressemblent un peu à un rendez-vous de la dernière chance, celui où il sera enfin possible de redonner un sens au métier d’agriculteur. Olivier Allain, vice président du conseil régional en charge de l'agriculture, ne dit pas autre chose lorsqu’il présente la méthode de travail de ces États généraux et les différents thèmes qui y seront abordés, notamment celui du plan d’investissement agricole de 5 milliards d’euros. L'élu régional a par ailleurs insisté sur le contexte européen très complexe. Il faudrait bien sûr réguler les productions mais, pour réguler, "il faudrait que les 27 soient d’accord".

Contrer les discours négatifs

Mais l’avenir de l’agriculture ne se résume pas à des questions budgétaires et des investissements. Pour beaucoup de responsables professionnels, les attaques des anti-viande sont aujourd’hui le point de crispation. Pour Philippe de Guénin, directeur régional de l’agriculture, "les associations anti-viande et anti-élevage nourrissent un discours extrêmement négatif "et surtout "maîtrisent parfaitement les codes des nouveaux outils de communication". Le monde agricole de son côté "apparaît sur la défensive" et surtout "très institutionnel" alors qu’il faudrait "parler avec professionnalisme" a relevé Sylvie Brunel dans son intervention, insistant sur le fait de "ne pas céder à l’industrie de la peur". Pour elle, les agriculteurs devraient arrêter de se justifier, de s’excuser et passer à la contre offfensive, en créant notamment une task force dont le rôle serait d’expliquer, de répondre.

Conserver de la valeur

Sur le débat de la création et surtout de la répartition de la valeur ajoutée, Sylvie Brunel fait le constat de l’hyper concentration de la distribution, elle estime qu’il n’est pas aujourd’hui possible de prôner un modèle qui repose sur des prix élevés, notamment sur une ambition de généralisation du bio. Philippe de Guénin souligne de son côté que l’on devrait se pencher sur la question de la dispersion de la valeur tout autant que sa répartition. Pour lui, la grande distribution n’a d’autre ambition que de consolider sa part de marché. Pour cela, elle n’hésite pas à dilapider la marge auprès du consommateur qui ne l’a même pas demandé. Pour Philippe de Guénin, "les distributeurs détruisent la valeur qui a été créée par l’amont". Voilà aussi pourquoi, selon lui, il est difficile de la répartir.

Un enjeu de société

Mais le débat des États généraux ne portera pas que sur ces deux aspects. La profession agricole aimerait revenir aux fondamentaux, les charges, les prix, et les conditions générales d'exercice du métier, notamment les volets réglementaire et administratif. Thierry Coué, le président de la FRSEA Bretagne l'affirme : "Nous croyons en l’avenir de notre métier, un tiers des emplois bretons dépendent de l’agriculture". L’enjeu posé n’est donc pas seulement un enjeu spécifique à la profession mais concerne l’ensemble de la société.Thierry Coué a donc souhaité que les travaux et les réflexions se poursuivent, au sein des organisations professionnelles, mais aussi avec les députés bretons qui voteront les lois. Pour Jacques Jaouen, président de la chambre d'agriculture de Bretagne, "on n'a pas honte de ce qu’on fait, il faut privilégier le dialogue". Il souligne qu’il faut sans doute aussi reconstruire des filières qui se fixent pour ambition de valoriser les atouts et les cahiers des charges, notamment des productions locales. Une partie des évolutions passera par la loi "pour changer les rapports commerciaux", mais il faudra aussi "changer l’esprit pour encourager la création de valeur au lieu de la détruire". Et pour lui, "c’est un engagement de tous les jours".

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