Terra 07 octobre 2016 à 08h00 | Par Isabelle Sicot, Chambre d'agriculture de Bretagne - Gabrielle Joly, Adevia

En Suède, un label national climat énergie pour valoriser les produits

En 2010 la Fédération des agriculteurs suédois (LRF) et deux organismes de certification (Krav pour le bio et Svenskt Sigill, qualité suédoise) ont élaboré un label climatique sur les denrées alimentaires. Justin Casimir, spécialiste climat énergie à la LRF, a témoigné de cette expérience lors du Space.

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Les Suédois ont créé un label répondant aux attentes des consommateurs qui intègrent l'impact des produits sur le climat comme critère d'achat. Le cahier des charges est strict.
Les Suédois ont créé un label répondant aux attentes des consommateurs qui intègrent l'impact des produits sur le climat comme critère d'achat. Le cahier des charges est strict. - © Michel Portier

Le label "climat" a été développé par la LRF à la demande des agriculteurs suédois et s’adosse au label national Svensk Sigill (le sceau "produit en Suède"). Il se fixe pour ambition de répondre à une attente des consommateurs de pouvoir inclure dans leurs critères d’achat l’impact des produits sur le climat.

Couvrant toute la chaîne de "la ferme à l'assiette", il concerne les produits suédois mais aussi les produits importés. Toutes les filières d’élevage, cultures et maraîchage peuvent être certifiées. L'étiquetage est volontaire et non obligatoire, les entreprises doivent, pour obtenir le label, prouver qu'elles ont réduit leurs émissions d'au moins 25 % par rapport à un produit de référence de la même catégorie. L’idée n’est donc pas de confronter l’impact sur le climat des légumes et de la viande, mais bien d’afficher dans chaque catégorie de produits alimentaires le plus vertueux sur le climat.

1 173 exploitations déjà certifiées

La Suède possède trois millions d’hectares agricoles gérés par 67 000 exploitations agricoles, sur une surface totale de 45 millions d’hectares. À l’heure actuelle, 17 % des exploitations agricoles ont obtenu ce label climat. Ce sont en majorité des exploitations maraîchères mais aussi des exploitations bovines (lait et/ou viande) et des élevages porcins. Le cahier des charges est strict. Les fermes certifiées s’engagent à utiliser des énergies renouvelables (100 % pour l’électricité et le chauffage), travailler activement pour diminuer leur consommation d’énergie, optimiser l’usage d’engrais azotés. Ces fermes doivent aussi privilégier les engrais à moindre impact gaz à effet de serre, des fourrages riches en protéines produits localement, optimiser la gestion des effluents : pratiquer l’éco-conduite dans la ferme, ne pas entreprendre de culture impliquant l’assèchement de nouvelles parcelles de sols tourbeux.

Communiquer positivement sur líagriculture

La LRF se sert aujourd’hui de ce label pour communiquer sur les effets positifs de l’agriculture suédoise, se définissant comme le nouveau mouvement écolo en Suède ! Et mobilise les agriculteurs sur le gain économique qu’ils peuvent en dégager. La certification coûte à l’agriculteur entre 500 et 2 000 € en fonction de la taille de l’exploitation. Mais, grâce à ce logo, l’agriculteur peut espérer un gain de 5 à 10 % sur le prix de vente du produit agricole. La LRF se bat aussi avec l’interprofession de la viande bovine auprès des organisations environnementales pour promouvoir la qualité de la viande produite dans les fermes suédoises. Un guide élaboré par le WWF, véritable liste rouge des pays producteurs de viande en fonction des émissions de GES, fait aussi passer une idée simple : "Si on doit manger moins de viande, autant manger suédois, gage de qualité climat !"

Vers une démarche européenne commune ?

Pour Nadine Guingand, de l'Ifip-Institut du porc, "les scientifiques échangent sur une méthodologie de gestion commune au niveau européen. La filière porcine est engagée dans une réflexion globale sur les enjeux environnementaux et énergétiques". Jean-Baptiste Dollé, de l'Institut de l'élevage a de son côté souligné "l’importance d’associer les démarches territoriales (avec des objectifs par secteurs d’activités ou territoires fixés par l’Europe et les États), avec des objectifs produits (par exemple certaines laiteries comme Danone cherchent à réduire l’empreinte carbone du litre lait…)".

Si les agriculteurs à l'échelle de la Bretagne ont réalisé des efforts importants sur ces sujets, il reste difficile de les faire reconnaitre et de les intégrer dans la comptabilité actuelle des gaz à effet de serre. Et même si beaucoup d’actions en faveur du climat sont rentables, le modèle économique global à mettre en place se cherche. Le prix du carbone pourrait devenir incitatif. Pour Jean-Jacques René, élu de la chambre d'agriculture de Bretagne, "il est urgent de mener une réflexion commune à toutes les filières agricoles, pour communiquer sur les contributions positives de l’agriculture aux enjeux du climat et de l’énergie".

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