Terra 15 octobre 2015 à 08h00 | Par Propos recueillis par Arnaud Marlet

"Est-il logique de continuer à se comparer au prix allemand ?"

Après un été mouvementé, qui s'est soldé par une manifestation des éleveurs à Bruxelles où les désirs de régulation n'ont pas trouvé d'écho favorable, quelles peuvent être aujourd'hui les ambitions de la filière laitière ? Éléments de réponse avec Marcel Denieul, vice-président de la chambre d'agriculture de Bretagne, en charge de l'économie des filières.

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Marcel Denieul, vice-président de la chambre d'agriculture de Bretagne
Marcel Denieul, vice-président de la chambre d'agriculture de Bretagne - © Terra

La fin des quotas laitiers signifie-t-elle l'avènement de la volatilité ?

Marcel Denieul. Nous sommes dans une économie ouverte, encore plus depuis la fin des quotas, mais la volatilité s'est installée dès 2007. Ce n'est donc pas la fin des quotas qui a amené la volatilité, mais l'affaiblissement de l'intervention publique et de tous les outils de régulation qui protégeaient les éleveurs européens. La volatilité est le résultat d'un déséquilibre des marchés entre l'offre et la demande. On voit bien, comme l'a montré la manifestation de septembre à Bruxelles, que les politiques ne veulent plus d'une régulation publique telle qu'on l'a connue. Pour autant, la volatilité est dangereuse pour la filière et encore plus pour les éleveurs.

Dans ces conditions, faut-il "laisser faire" ou tenter de résister ?

M.D. Il y a effectivement plusieurs écoles dans le monde. Certains pays, à l'image de la Nouvelle Zélande ou du Nord de l'Allemagne, estiment qu'il faut laisser faire et attendre que le marché s'équilibre. Sous entendu, les plus forts résisteront. Pour d'autres pays, comme la France, la volonté est de limiter l'ampleur de la volatilité.

Quels sont les outils des entreprises pour résister ?

M.D. Pour ne pas dépendre que des marchés du beurre et de la poudre, les entreprises tentent d'élargir leurs marchés. Des réflexions sont aussi menées pour créer une sorte de couverture avec des débouchés sur certains marchés avec un prix déterminé. À l'image de l'entreprise Glambia en Irlande qui propose des contrats sur des ingrédients avec d'autres industriels, en B2B, avec des prix encadrés et qui intègrent des éléments de marges des éleveurs. Enfin, la question des marchés à terme fait aussi partie des éléments de réflexion.

Et pour les éleveurs ?

M.D. En Europe, on voit arriver des éléments de flexibilité de financement, à l'image de ce que propose Rabobank. Les années plus fastes, les éleveurs remboursent davantage et à l'inverse lors d'années plus difficiles, le remboursement est moins élevé. Il y a aussi les politiques publiques avec l'assurance marge, à l'américaine. L'intervention d'aide au stockage privé est une autre solution même si aujourd'hui, le niveau du seuil ne permet pas de protéger grand chose.

Comment voyez-vous la position française ?

M.D. Tous ces éléments là, on en parle chez nous, maintenant la question, c'est de savoir si on est capable de développer un modèle français. On dirait que tout le monde s'attend, et personne ne bouge ! On est passé d'une économie sous cadre public à une économie privée, mais gérée. Est-ce que la volatilité doit s'appliquer à tous les produits ? Je pense que la question mérite d'être posée. La contractualisation a été utilisée pour transformer les quotas en contrat. On a fait le minimum mais on peut quand même envisager un monde mieux construit. Ne pourrait-on pas réfléchir à des initiatives privées contractuelles qui pourraient prendre la forme de contrat tripartite entre les producteurs, les transformateurs et les distributeurs, avec des clauses de prix et de volume. Par exemple, pourquoi ne pas sécuriser 50 % de notre lait ? Enfin, alors que nos stratégies sont différentes, est-il logique de continuer à se comparer au prix allemand ?

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