Terra 03 décembre 2015 à 08h00 | Par Chantal Pape

Et pourquoi pas produire du lait bio demain ?

Le marché est là, les opérateurs cherchent de nouveaux producteurs... La semaine dernière, le Gab a organisé 5 réunions d'information pour répondre aux interrogations des producteurs de lait intéressés par une conversion à l'agriculture biologique.

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Marie Navas, technicienne lait au Gab 29
Marie Navas, technicienne lait au Gab 29 - © Chantal Pape

"C'est le bon moment pour passer à la bio". La semaine dernière, le Gab, le groupement des agriculteurs bio a organisé 5 réunions d'information à destination des producteurs de lait, pour les inciter à réfléchir à un éventuel passage à la production biologique. "Les voyants sont au vert, résume Jérôme Le Pape. La consommation de lait bio a progressé de 4,1% l'an passé, + 7,8% pour les fromages". Et les 4 collecteurs de lait bio sur le Finistère, Biolait, Lactalis, Colarena Presqu'île et Sill, l'ont affirmé fin septembre à Douarnenez : ils sont à la recherche de nouveaux producteurs.

Comme en 2009, année qui avait enregistré de nombreux passages à l'agriculture biologique, le prix du lait conventionnel est au ras des pâquerettes. "Mais ça ne doit pas être le seul argument pour opter pour une conversion, précise aussitôt Jérôme Le Pape. Et la bio n'est pas la solution pour des exploitations déjà fragilisées !" En effet, la production se fait sur des critères bio les deux premières années, tout en continuant à vendre sur le circuit conventionnel. "Il faut que l'exploitation soit suffisamment solide pour y faire face".

 

Moins d'achats

Pour répondre aux questions des producteurs qui voudraient se lancer dans la bio, les 4 Gab bretons ont réalisé une étude, en suivant pendant 5 ans 14 exploitations qui se sont converties en 2009. Premier enseignement : au fil des ans, les exploitations se sont concentrées sur l'atelier lait, en diminuant les cultures de vente. "En bio, les achats d'aliment à l'extérieur sont très onéreux, explique Marie Navas, technicienne lait au Gab29. Il faut viser l'autonomie alimentaire". C'est aussi ce qui explique la réduction drastique des surfaces en maïs, passées de plus de 25% de la SFP à moins de 10%. "La complémentation coûte trop cher".

De gauche à droite : Jérôme Le Pape, référent eau au Gab 29, et Philippe Nicol, producteur de lait bio à Brest.
De gauche à droite : Jérôme Le Pape, référent eau au Gab 29, et Philippe Nicol, producteur de lait bio à Brest. - © Chantal Pape

Raisonner autrement

"En bio, il ne faut plus raisonner production laitière par vache ni vouloir produire son quota à tout prix, indique Marie Navas. Il faut produire en fonction des sols, avec ce qui est disponible sur l'exploitation". Et différentes stratégies alimentaires peuvent être retenues : maximiser le pâturage, quand les surfaces le permettent, privilégier les stocks, en zone séchante par exemple, ou affourager en vert, si le parcellaire est morcelé ou peu accessible. "Mais, quel que soit le système, un coût alimentaire et des frais véto à la baisse et un prix du lait de l'ordre de 420 à 430 €/1 000 l induisent une amélioration de l'efficacité économique et de l'EBE".


Savoir s'entourer

Producteur de lait à Brest, Philippe Nicol est passé à la bio il y a 15 ans déjà. "A l'époque, c'était plus compliqué, on avait bien moins de références". Aujourd'hui, les élevages bio sont plus nombreux, tout comme les conseillers, au Gab ou à la chambre d'agriculture. "Malgré tout, la conversion prend bien 5 ans, estime Philippe Nicol. Quelle que soit la situation de départ, il reste encore une marche à franchir. Et il faut un peu tâtonner, le temps que le système devienne cohérent".

 

Essayer

Ainsi, quelques années après la conversion de son exploitation, il a dû revoir ses rotations. "Les parcelles se salissaient, les rendements diminuaient". Et adopter un autre regard. "Mes vaches produisent moins en hiver, quand elles ne reçoivent que foin et betteraves ? Ca ne me dérange pas ! Et si l'été a été difficile, je réduis le nombre d'animaux". Une stratégie qui vaut aussi pour les cultures. "Dans mes parcelle de betteraves, le chénopode ne me dérange plus. Et le rendement n'a rien à envier à celui que réalise mon voisin, en conventionnel". Le rumex est plus gênant. "Il repart dès que je prends la charrue. Et il me faut ensuite une bonne pression de pâturage pour le contenir". Des techniques apprises au fur et à mesure. "C'est aussi ce qui me plaît ! On n'a jamais fini d'apprendre, d'ajuster". Et l'éleveur de conclure. "J'aime le boulot que je fais. Et je gagne bien ma vie".

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