Terra 27 juillet 2017 à 08h00 | Par Actuagri

États généraux de l’alimentation : accord sur les constats

Le lancement des États généraux de l’alimentation, le 20 juillet, a permis aux différents acteurs de la filière alimentaire de dresser les constats et de partager les problèmes : revenu des producteurs, marges des transformateurs et des distributeurs, nouvelles attentes des consommateurs, un certain nombre de pistes sont désormais à explorer pour le reste des travaux qui vont s’étendre jusqu’à fin novembre.

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Le ministre de l’agriculture, Stéphane Travert. (© Actuagri) Le Premier ministre Édouard Philippe. © Actuagr Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, lors de son intervention  à l'ouverture  des États généraux  de l'alimentation  le 20 juillet. © Terra

La journée de lancement des États généraux de l’alimentation, le 20 juillet, avait d’abord pour objectif de partager les constats, pour aborder les ateliers à partir de premiers éléments de questionnements rappelés par le ministre de l’agriculture, Stéphane Travert : la filière est-elle suffisamment organisée ? Ne faudrait-il pas renforcer les liens entre recherche, enseignement et monde économique pour augmenter la création de valeur ? Quels compromis sont nécessaires entre les différents acteurs pour parvenir à un accord gagnant-gagnant-gagnant ? Comment mettre l’enjeu social au cœur de ces préoccupations ? Si cette première journée n’a évidemment pas apporté toutes les réponses à ces questions, la multiplicité des intervenants et la diversité des acteurs représentés a permis de faire le point sur les enjeux.

Situation dramatique des agriculteurs

Et si des représentants de la société civile ont fait part de leur inquiétude quant à des débats qui seraient trop centrés sur l’agriculture et non sur l’alimentation, le premier maillon de la filière mérite une attention particulière. Comme l’ont rappelé les différents représentants des organisations agricoles, 50 % des agriculteurs ont gagné, en 2016, moins de 350 € par mois. Un montant qui ne permet pas de vivre, et encore moins d’investir pour permettre à l’agriculture de répondre aux différents enjeux. La qualité des produits français ne suffit plus à assurer un revenu aux agriculteurs soumis à une très forte volatilité des prix, à des aléas climatiques importants et à une concurrence parfois déloyale sur des marchés devenus mondiaux. "En dix ans, la France est passée de la 3e à la 5e place des pays exportateurs de produits agricoles", a rappelé Stéphane Travert. Les rapports de force au sein de la filière sont également déséquilibrés, toujours au détriment des producteurs, défavorisés par la législation : "La réglementation à Bruxelles, la LME font en sorte que les prix ne puissent pas augmenter", estime Patrick Bénézit, secrétaire général adjoint de la FNSEA.

Répartition des marges

Les enseignes ont en effet profité des lois destinées à redonner du pouvoir d’achat aux consommateurs, comme la loi Galland. Sans compter que les cinq principaux distributeurs se partagent 80 % du marché. Or, une concurrence accrue permettrait d’accroître les prix aux fournisseurs, explique l’économiste Claire Chambolle, qui évoque également des pistes de solutions, comme faire baisser la durée des contrats d’affiliation, intensifier la concurrence au niveau local ou encore mieux contrôler les alliances d’achat. Et si les prix n’augmentent pas pour les agriculteurs, la distribution semble également se lasser de la guerre des prix : "Les marges des distributeurs en France sont à des taux historiquement bas", déplore Jacques Creyssel, président de la Fédération du Commerce et de la distribution.

Rôle des pouvoirs publics

Devant un constat presque unanimement partagé, les pouvoirs publics n’entendent donc pas légiférer à tout prix. "Le dialogue entre acteurs donne déjà lieu à des initiatives qui mènent à des pratiques vertueuses. Les solutions ne passent pas nécessairement par le cadre législatif", a ainsi estimé Benjamin Griveaux, secrétaire d’État auprès du ministre de l’économie. Une source d’inquiétude potentielle pour les agriculteurs mais aussi pour les ONG, comme la Fondation pour la nature et l’homme (FNH), représentée par sa présidente Audrey Pulvar qui demande "une troisième phase dans les États généraux, une phase politique, avec des engagements pérennes sur le temps long". Le ministre de l’agriculture a tenu à la rassurer : "Il y aura des décisions politiques, car le politique est là pour ça, pour prendre des décisions" et pour trancher quand les positions sont trop divergentes. Stéphane Travert évoque d’ailleurs, après la conclusion des États généraux de l’alimentation prévue en décembre, la nécessité de réunir encore les différents acteurs pour évaluer les avancées et le travail effectué.

 

 

Fixer un cap

Fixer un cap stable dans la création et la répartition de la valeur, conforter la confiance des Français dans l’alimentation, améliorer l’accès à une alimentation de qualité, et réconcilier agriculture et environnement, tels sont les objectfs des États généraux, énoncés par le Premier ministre Édouard Philippe. La filière alimentaire peut ainsi espérer "des avancées avant les négociations commerciales", a quant a lui précisé le ministre de l’agriculture, Stéphane Travert. "En fonction de vos conclusions, l’État accompagnera et mettra en œuvre des politiques publiques", a de son côté assuré le Premier ministre. Si "l’État ne doit pas tout faire" et restera "une partie prenante parmi d’autres", comme il l’a également affirmé, il souhaite néanmoins, à travers cet événement, témoigner d’une volonté de conforter la France dans sa position de grande puissance agricole, au-delà des crises et des défis nombreux. / Actuagri

 



De nombreuses candidatures à la présidence des ateliers

Stéphane Travert a annoncé de "nombreuses candidatures" aux différents ateliers prévus pour les États généraux de l’alimentation. Il a voulu rassurer ceux qui avaient "des craintes" quant "à la difficulté à trouver des candidats pour présider les ateliers". Bien entendu, "il y aura des déçus", mais "chacun pourra apporter son point de vue" par le biais de la consultation publique, selon lui. Les candidatures retenues seront annoncées dans les jours à venir. Il a également insisté sur le fait que "la fin [de ces États généraux, ndlr] n’était pas écrite d’avance", évoquant les actions qui découleront des concertations. De son côté, Nicolas Hulot, qui a bien précisé qu’il "s’entend très bien avec le ministre" de l’agriculture, a estimé que dans le domaine climatique, les "agriculteurs peuvent être des victimes, tout comme des solutions". Il a également mis en avant la nécessité de tendre "vers une souveraineté alimentaire" de la France. "Moi, je fais un rêve : associer l’intelligence de l’Homme à l’intelligence de la Nature", a-t-il déclaré. / Agra

 

Les Régions veulent être au cœur de la création de valeur

Les Régions de France, qui estiment que "la création de valeur ne se décrète pas au niveau national mais sur les territoires", attendent, à l’issue de la journée d’ouverture des États généraux de l’alimentation, que ces derniers "soient l’occasion d’installer durablement un dialogue sincère, équilibré et renouvelé" que ce soit entre les acteurs privés ou les acteurs publics. Régions de France demande que les régions aient "la capacité institutionnelle de piloter et coordonner de véritables stratégies alimentaires régionales", mais également de se voir confié "totalement, le pilotage de l’accompagnement des entreprises, notamment le soutien aux investissements". / Agra

 

Créer de la valeur oui, mais surtout la partager, demande l'APCA

"À court terme il est impératif de réexaminer les conditions du partage de la valeur ajoutée déjà créée", a affirmé l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA), à l'occasion du lancement des États généraux de l’alimentation dont l’enjeu numéro un, avant même le partage, est la création de la valeur. Malgré cette critique, l’APCA se dit "pleinement engagée" dans le dispositif des États généraux et affirme que pour donner suite à la journée de lancement, "les chambres régionales d’agriculture avec d’autres partenaires économiques […] seront mobilisées pour organiser les débats sur le terrain" sur des questions telles que le numérique ou l’alimentation de proximité. Pour faire progresser l’agriculture, il ne faut plus miser sur l’investissement matériel, estime l’APCA, mais sur "l’immatériel" comme le conseil ou la formation des agriculteurs. / Agra


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