Terra 04 janvier 2018 à 08h00 | Par Propos recueillis par Jean Dubé

Faire de l'écologie sans économie, cela n'a pas de sens

Thierry Burlot vient d’être élu président du comité de bassin Loire-Bretagne pour les trois prochaines années, en se présentant contre Joël Pelicot qui présidait ce comité depuis 2014. Terra l’a rencontré et l'a interpellé sur ses priorités en matière de gestion de l’eau et d’actions pour l’environnement. Nouvelle directive nitrates, plan algues vertes, qualité de l’eau, création de réserves collinaires, les sujets ne manquent pas !

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Thierry Burlot, vice-président du conseil régional, nouveau président du comité de bassin Loire-Bretagne.
Thierry Burlot, vice-président du conseil régional, nouveau président du comité de bassin Loire-Bretagne. - © Terra

Pouvez-vous nous expliquer les différences de composition et de rôle entre le comité de bassin et l’agence Loire-Bretagne ?

Thierry Burlot. La loi sur l’eau de 1964 a créé une organisation particulière de la gestion de l’eau en France - modèle qui a d’ailleurs été repris dans beaucoup d’autres pays dans le monde. La gestion de l’eau était organisée par grand bassin hydrographique. L’ambition était de créer une organisation permettant à tous les acteurs de se rencontrer : les élus, les acteurs économiques, agriculteurs, industriels, EDF et les associations de protection de l’environnement.

Les comités de bassin sont des "parlements de l’eau". Ce sont eux qui fixent les grandes orientations politiques de la gestion de l’eau. En fixant ces priorités par grand bassin hydrographique, les spécificités de chaque territoire sont prises en compte. Notre comité regroupe 190 personnes (voir encadré).

La loi de 1964 a inventé le système de "l’eau paie l’eau". Des redevances gérées par des agences financières dans chaque bassin ont été créées : les agences perçoivent les redevances et les redistribuent pour mettre en place les politiques de l’eau décidées par les comités de bassin. L’agence est le gros financeur des politiques de l’eau en France.

L’un des enjeux de la mandature qui s’ouvre est de faire en sorte que le comité de bassin retrouve du poids dans l’organisation des politiques de l’eau et la gestion financière de l’agence.

 

Vous dites que les politiques de l’eau sont menacées. Pourquoi ?

T. B. On peut le dire : les agences de l’eau ont plutôt bien vécu. La redevance fonctionnait. Tout le monde payait, les agriculteurs, les industriels, les consommateurs, et on versait des subventions, pour améliorer la qualité de l’eau notamment. De plus, à côté des agences, les régions, les départements, l’État finançaient. Lorsque l’on a travaillé sur des programmes comme Bretagne eau pure, il était possible d’aller jusqu’à 80 % de subventions.

Puis les agences ont été interpellées sur la question de l’efficacité en matière de reconquête de la qualité de l’eau, compte tenu des enjeux de dégradation observés par rapport aux directives cadre européennes.

Bercy, voyant une redevance qui fonctionnait bien, un système de dépenses qui ne fonctionnait à leurs yeux pas très bien, s’est posé la question de récupérer cet argent ! La menace aujourd’hui est que le minitère récupère l’argent des redevances pour financer l’eau mais aussi d'autres choses peut-être. Dans le collectif budgétaire 2018, les agences sont ponctionnées de 200 M€. Les risques de voir le système "l’eau qui paie l’eau" dévoyé et les redevances prélevées pour financer d’autres politiques sont réels.

 

Vous vous êtes présenté contre Joël Pelicot, le président sortant.

T. B. J’ai fait campagne avec les Bretons, tous les Bretons, et j’ai eu la satisfaction d’être soutenu par eux, en faisant abstraction de considérations politiques, ce n’était pas le sujet, pour vanter la méthode bretonne de concertation. La Bretagne est un modèle en termes d’organisation de concertation mais aussi de résultats. C’est bien la méthode bretonne que nous souhaitons partager avec les huit régions concernées représentant 36 départements.

Mon ambition, c’est de poursuivre le travail sur la qualité de l’eau. 40 % des masses d’eau sont conformes en Bretagne contre 11 % dans les Pays de Loire. Nous sommes considérés depuis trop longtemps comme les mauvais élèves et nous avons depuis trop longtemps une image catastrophique. Lorsqu’on explique la réalité, les gens sont "scotchés". L’un de mes objectifs est de remettre les chiffres à leur vrai place. Les choses vont nettement mieux et on va poursuivre dans cette voie.

L’objectif n° 1 de l’agence de l’eau - missionnée par l’État pour cela - c’est de rentrer dans les objectifs de la directive cadre européenne (DCE). Je rappelle que nous sommes toujours sous le coup de contentieux européens sur la question de la qualité des eaux.

 

La France, mais plus la Bretagne.

T. B. Tout à fait : la France mais plus la Bretagne. La Bretagne est aujourd’hui la seule région d’Europe à sortir des contentieux européens, quand d’autres régions, d'autres départements de France, et d’autres territoires européens entrent en contentieux. Notre autre priorité concernera l’enjeu climatique pour parler de la qualité mais aussi des quantités d’eau. N'oublions pas qu'en décembre nous avions encore des départements classés en vigilance sécheresse .

 

Va-t-on rouvrir le débat de la création des retenues collinaires ?

T. B. Tous ces débats vont être rouverts. Le changement climatique va impacter l’agriculture et l’élevage dans notre bassin. Il faut prendre la mesure de ce qui va se passer. Dans les trois ans, nous devons réécrire un SDAGE, un plan d’adaptation au changement climatique, donc je veux entendre les acteurs, tous les territoires, et trouver les bons consensus et les bons compromis.

Je suis contre l’écologie punitive. Je pense qu’il faut trouver toutes les solutions pour concilier économie et écologie, faire de l’écologie sans l’économie cela n’a pas de sens. Il ne s’agit pas d’interdire mais de trouver les bonnee solutions. On peut les trouver à condition que les gens se parlent.

 

L’un de vos premiers dossiers concernera probablement la DN6. Déjà on entend les agriculteurs demander une pause réglementaire, après des années d’amélioration de la qualité des eaux. Que leur répondez-vous ? Quelle sera votre position ?

T. B. Sur un plan réglementaire tout a été dit et tout à été fait. Ce n’est plus un sujet de réglementation. Par contre, je veux dire mon inquiétude sur les bassins en contentieux. Nous avions bloqué à 140 unités d’azote par hectare. Aujourd’hui, l’État nous dit que les enquêtes faites dans les exploitations sur ces bassins-là font apparaître un "relâchement total". Il ne faudrait pas que cela se traduise par une dégradation de la qualité des eaux, qui nous ferait rerentrer dans le contentieux. Ce serait une catastrophe. C’est mon seul point de vigilance. La réglementation a déjà tout dit. Arrêtons. Mais si l'on ne veut pas tomber dans des systèmes draconiens, il faut être vigilants, tous ensemble, en particulier sur les bassins contentieux.

 

Le conseil régional de Bretagne a adopté un plan algues vertes.

T. B. Beaucoup d’éléments entrent en compte dans le déclenchement du phénomène algues vertes. Des températures de 35 °C au printemps, pas de tempêtes hivernales... Le changement climatique impacte le phénomène des algues vertes. Tout le monde s’accorde a dire qu’aujourd’hui le sujet principal ce sont les flux d’azote et qu’il faut les limiter. Or les flux d’azote,
à 90 %, c’est l’agriculture. C'est compliqué. Si la question des bâtiments est aujourd'hui réglée, il reste les fuites d’azote qui viennent des pratiques agricoles et il faut les réduire au maximum. Mais lorsqu’on est à 50 mg/l dans certains cours d’eau, on a une marge de progression. C'est plus compliqué, par exemple, sur la Lieue de Grève où l'on est à 25 mg/l et où il faudrait descendre à 10 mg pour y arriver.

Les efforts sont évidemment beaucoup plus compliqués à mettre en œuvre. C’est mon sujet d’inquiétude. Le premier plan, quoi qu’en disent certains, est une vrai réussite en termes de mobilisation. J’aime la fierté qu’a l’agriculture à porter ces sujets-là. L’agriculture a longtemps été mise au banc des accusés, mais il faut rester dans cette dynamique positive. Parce que si l'on arrive à solutionner ces questions, l’agriculture en sortira beaucoup plus forte.

Le comité de bassin Loire-Bretagne

190 membres au total : 38 représentants de l'État, 76 des collectivités locales, 34 de l'industrie, 8 de la pêche et de l'agriculture, 34 des usagers.

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