Terra 31 octobre 2014 à 08h00 | Par Emmanuelle Le Corre et Marie-Cécile Seigle-Buyat

Frelon asiatique : les apiculteurs tirent la sonnette d'alarme

Le frelon asiatique, Vespa velutina, ne cesse de gagner du terrain. Les apiculteurs sont inquiets pour leurs abeilles. Ils demandent une prise en charge par les collectivités pour endiguer cette vague de tueurs.

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"Le bilan est impressionnant. Il est rare de voir des espèces proliférer aussi vite", décrit Karine Richard du FDGON (fédérations départementales des groupements de défense contre les organismes nuisibles). En Côtes d'Armor notamment, ce n'est plus 50 nids détectés en 2013 mais 250 à 300 nids rencencés sur 2014, avec une pression sur la partie côtière au nord. Mardi 21 octobre à Langueux, les apiculteurs du GDSA ont souhaité informer les usagers (chasseurs, randonneurs, agriculteurs...) dans le but de réduire la propagation de l'insecte. Ils veulent aussi sensibiliser les communes. Car la question cruciale soulevée est celle de la prise en charge de la destruction des nids. L'État ne finançant pas la lutte contre l'insecte classé en catégorie 2, celle-ci est organisée, ou pas, par les collectivités. "Nous avons affaire à un problème réglementaire. Depuis l'arrivée du frelon en Bretagne en 2009, il est classé en catégorie 2. Avec un classement en catégorie 1, il y aurait alors prise en charge par l'État. Malheureusement, depuis il n'y a pas eu de changement", constate Karine Richard.

Un gros appétit pour les abeilles et les fruits

Repéré pour la première fois en France en 2003 dans le Lot-et-Garonne, le frelon asiatique se déploie sur le territoire. Il aime les zones côtières et urbaines, a besoin de bois et d'eau qu'il machouille pour tisser son nid. "En avril-mai, la reine sort avec la chaleur pour construire un nid qu'elle peut fixer partout : sous une voiture, dans un arbre, sous un toit. Les attaques au printemps sont peu nombreuses". En juin, aidée des ouvrières le nid prend de l'ampleur. Juillet-août, c'est l'explosion. L'hiver, le vent et les gelée détruisent quasiment le nid. Pendant ce temps, la fondatrice produit des reines et des mâles, qui à leur tour reproduisent un cycle. Si le frelon asiatique s'attaque aux fruits, il est avant tout un gros prédateur d'abeilles : 60 à 80 % de son repas selon les chercheurs. Pour Karine Richard, il s'agit également d'un problème de santé publique. "Deux fois en Côtes d'Armor, un nid est tombé avec le vent et s'est cassé. Dans une exploitation agricole, les vaches et l'agriculteur ont été piqués".

Le frelon asiatique,un problème financier

Grillage et poules autour des ruches... n'arrêtent pas la bestiole. "Il est bon de mettre un piégage au printemps car la fondatrice est seule. Le piégage n'est pas une méthode de lutte mais va diminuer la pression auprès des ruches", reconnaît la spécialiste. Le souci est le coût élevé de l'intervention par une entreprise spécialisée : 80 € minimum pour un nid accessible. Et un prix qui grimpe avec la hauteur du nid. Or la société de désinsectisation est la solution conseillée par le FDGON. Les pompiers ne se déplacent qu'en cas de danger immédiat et la destruction du nid, seul, reste un acte dangeureux. Aussi quand un particulier constate la présence d'un nid sur sa propriété, rien ne l'oblige à le retirer. C'est là qu'entrent en jeu les collectivités. "Saint-Brieuc a formé une personne, Pléneuf-Val-André prend en charge la destruction. Mais d'autres communes ne veulent rien entendre" (lire encadré). "Il faut sensibiliser les communes et les communautés de communes", conclut Isabelle Morisot du GDSA.



Côte de Penthièvre : la communauté de communes prend le frelon par les antennes

Sur la communauté de communes Côte de Penthièvre (Erquy, La Bouillie, Planguenoual, Pléneuf-Val-André, Plurien, Saint-Alban), la prise en charge est totale. Il suffit de signaler la présence d'un nid à sa mairie. Chaque mairie est dotée d'un référent communal qui répère le nid puis rédige un bon de commande auprès du prestataire (marché passé par la communauté de communes avec une société de désinsectisation). Depuis 2014 sont fournis gratuitement des pièges à phéromones pour les reines. Sur la commune de Pléneuf-Val André, soixante nids ont été détruits en 2014.

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Comment le reconnaître ?

Le frelon asiatique est souvent confondu avec le frelon européen. Des signes distinctifs permettent de les différencier. Le frelon asiatique est à dominante noire avec une large bande orangée sur l’arrière de l’abdomen. Son thorax est entièrement noir et ses ailes sont foncées. Sa tête vue de face est orange et noire sur le dessus quand ses pattes sont jaunes. Son homologue européen est, quant à lui, reconnaissable à son abdomen à dominante jaune vif avec des bandes et des dessins noirs sur chaque segment. Son thorax est noir et roux. Ses pattes et ses ailes sont rousses. Sa tête vue de face est jaune et rousse sur le dessus. Leurs déplacements également permettent de les distinguer. Le frelon asiatique est continuellement en mouvement lorsqu’il butine. Il est capable de rester en vol stationnaire devant les ruches. À l’inverse, le frelon européen donne une impression de lourdeur lors de ses déplacements en vol.

Découverte d’un parasite naturel

Un parasite du frelon asiatique vient d’être découvert par une équipe de chercheurs de l’université de Tours et du CNRS, le Conops vesicularis. Cette découverte a mis en évidence la possibilité d’une lutte naturelle. La nature a horreur du vide. Le frelon asiatique est sur le point de le découvrir. En effet, jusqu’à présent les entomologistes pensaient que du fait de son origine, le frelon asiatique était immunisé contre les attaques de mouches locales. Que nenni. Une équipe de l’université de Tours et du CNRS vient d’identifier et de lui découvrir un parasite. "En disséquant deux cadavres de reines fondatrices j’ai découvert dans l’un des deux une larve d’un conopidae (mouche) et dans l’autre une nymphe également d’un conopidae", explique Eric Darrouzet, enseignant-chercheur à l’université de Tours. L’identification génétique a révélé qu’il s’agissait de la même espèce : le Conops vesicularis, une espèce de conopidae français. "Nous avons démontré que ce conopidae est aujourd’hui capable de pondre dans l’abdomen de la reine fondatrice du frelon asiatique et d’entraîner sa mort assez rapidement et par conséquent celle de la colonie. Nous supposons que cette ponte se fait au moment où la reine est adulte, moment clé du développement de la colonie. La reine est seule, s’occupe de tout et est amenée à sortir. Nous sommes au tout début de la constitution de la colonie. Si la reine meurt, les larves ne sont plus nourries et meurent à leur tour. Cette découverte est très intéressante et positive pour l’avenir car elle prouve que tout un panel de choses se passe dans l’environnement. Ce phénomène naturel permettrait à brève échéance de contrôler la pression du frelon asiatique. Il y a des mécanismes naturels qui vont peut-être limiter le développement de colonies et de nids", poursuit l’enseignant-chercheur.

Cette découverte laisse également espérer, à terme, un moyen de lutte biologique. Éric Darrouzet met, toutefois, en garde : "cette solution demande de longues recherches car il faut avant toute chose démontrer que le Conops vesicularis a une préférence pour le frelon asiatique. S’il était démontré qu’il a plusieurs hôtes, un lâcher massif pourrait avoir de graves dégâts collatéraux sur la biodiversité".

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