Terra 01 décembre 2017 à 08h00 | Par Chantal Pape

Gérer la croissance de la bio

Production et consommation bio sont en forte progression. "Si peu de secteurs économiques peuvent se targuer d'avoir un tel boulevard de développement devant eux", comme le souligne Denis Paturel, Initiative bio Bretagne a profité de ses rencontres professionnelles, le 24 novembre dernier à Brest (29) pour interroger les acteurs de la filière sur leur ressenti.

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De gauche à droite : Marion Kerglonou, banque Nef, nouvelle économie fraternelle, Jean-Paul Kerrien, président de la caisse régionale de Crédit agricole du Finistère, Claude Gruffat, président de Biocoop.
De gauche à droite : Marion Kerglonou, banque Nef, nouvelle économie fraternelle, Jean-Paul Kerrien, président de la caisse régionale de Crédit agricole du Finistère, Claude Gruffat, président de Biocoop. - © Terra

Avec un chiffre d'affaires de 7 milliards d'euros en 2016, en croissance de 20 % en un an, le marché de la bio continue sur sa lancée. Et, au premier semestre 2017, on enregistrait déjà une progression du nombre de producteurs, + 9,2 %, de transformateurs, + 8,8 %, de distributeurs, + 11 %, et une percée dans la restauration qu'elle soit commerciale, + 10 %, ou collective, + 5 %.
Premier groupement de producteurs de légumes bio français, Prince de Bretagne suit cette même croissance. "Nous produisons actuellement 16 000 t/an, détaille Jean-Jacques Le Bris, producteur à Pleumeur-Gautier (22) et président de la commission bio de la marque appartenant aux légumiers de la Sica, de l'UCPT et de Terres de Saint-Malo. Nous devrions arriver à 24-25 000 t en 2019, quand nos 25 adhérents, actuellement en conversion, pourront commercialiser en bio".

Sécuriser l'appro

Si la production bio croît, la consommation progresse encore plus vite, entraînant des difficultés d'approvisionnement pour les transformateurs. "Je n'arrive pas à sécuriser mes appros, indique Pascal Le Guern. Très peu d'agriculteurs bretons veulent se lancer dans le blé panifiable. Et ils sont encore moins nombreux à vouloir le faire avec des variétés anciennes de blé". Alors, le boulanger quimpérois doit "se débrouiller" avec ce qui arrive à chaque récolte, "en qualité comme en quantité". Un écueil qu'a contourné BioBleud qui fabrique pâtes brisées, feuilletées ou à pizza à Ploudaniel (29). "Puisque nous n'utilisons pas d'additif, il nous faut une farine au profil protéique particulier, que nous faisons venir de Normandie et de Picardie", explique Emmanuelle Jungblut, co-gérante.

Rester fidèle à ses valeurs

"La forte croissance de la demande en produits bio nous a obligé à changer d'échelle, affirme Pascal Le Guern. Et nous sommes toujours en train de courir après l'organisation idéale". "Nous sommes déjà en train d'agrandir notre nouveau bâtiment, qui ne date que de 2015, rajoute Emmanuelle Jungblut. Notre entreprise a été créée il y a 25 ans avec des valeurs fortes. Pour nous, le challenge c'est de ne pas les perdre en cours de route".
Fort de son réseau, 431 magasins début 2017, Biocoop consacre des fonds à la structuration des filières bio. "Nous privilégions toujours le collectif à un seul producteur, même s'il est en capacité de nous fournir suffisamment de volume", explique Claude Gruffat. Biocoop a également créé une section agricole en 2006. Et son président d'évoquer les céréaliers : "S'il a fallu quelques années pour créer la confiance, ces groupements, d'abord concurrents sur le terrain, ont ensemble créé un bureau de vente, investi dans la recherche de nouvelles variétés...".

Financer les installations

"De la production à la distribution, 40 % des prêts que nous avons accordés l'an passé l'ont été au bio", souligne Marion Kerglonou, de la Nef, une coopérative qui finance les projets de l'économie sociale et solidaire.
"Au Crédit agricole, on accompagne les producteurs bio comme les autres projets", affirme Jean-Paul Kerrien. Et, comme les autres projets, il leur est demandé 20 % d'apport personnel, une somme parfois difficile à rassembler quand on se lance. "Cette réserve où piocher en cas de difficulté est aussi un gage de réussite dans la durée, plaide le président de la caisse régionale du Finistère. Et nous travaillons avec des fonds participatifs, Miimosa ou Gwenneg, qui peuvent apporter les sommes manquantes".
Lui-même légumier bio, il alerte les porteurs de projet sur le volet travail, "pas toujours suffisamment pris en compte et parfois facteur d'échec". Avant d'attirer l'attention sur la conversion, "une période difficile à traverser : on produit déjà avec les contraintes de la bio mais avec les prix de vente du conventionnel". La solution ? "Verser les aides à la conversion sur trois voire cinq ans, pour aider à passer le cap".

Une journée de rencontres professionnelles

Cette table ronde s'est tenue dans le cadre des 4e rencontres professionnelles des acteurs de la filière bio en Bretagne, organisées par IBB, Initiative bio Bretagne, le 24 novembre dernier à Brest (29). "C'est une sorte de speed dating entre producteurs, transformateurs et distributeurs", explique Julie Boulard, la directrice d'IBB. Un rendez-vous qui, avec une centaine de participants tous les ans, répond à une vraie attente de la filière.

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