Terra 19 octobre 2017 à 08h00 | Par Propos recueillis par Emmanuelle Le Corre

"Il faut que le consommateur achète nos produits les yeux fermés"

Eleveur depuis 30 ans aux "Fermiers d'Argoat", Joël Durand produit des volailles dans le Morbihan à Langoëlan. Il y a un an, l'ex président de la section volailles, a pris la présidence de l'ODG des Fermiers d'Argoat. Dans cet entretien accordé à Terra, Joël Durand revient sur l'activité "volailles de chair" et fait partager son analyse sur les produits "de qualité", à l'issue de l'assemblée générale qui s'est tenue le 13 octobre à Saint Caradec (22).

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Joël Durand, président de l'ODG (organisme de défense et de gestion)  des Fermiers d'Argoat.
Joël Durand, président de l'ODG (organisme de défense et de gestion) des Fermiers d'Argoat. - © Fermiers Argoat

L'activité "volailles de chair" (3,9 millions de mises en place) en 2016, présente une légère baisse des mises en place de l'ordre de 3 %. Quelle en est la raison ?

Joël Durand. Il faut savoir que le Label Rouge est conjoncturel, que rien n'est figé. D'abord, nous avons subi l'effet "grippe aviaire" avec un comportement de méfiance du consommateur. Ensuite, après une augmentation de 5 % des mises en place en 2015, les opérateurs industriels restent prudents sur les volumes de volailles vendues en frais. Il faut savoir que les volailles sont quasiment vendues avant la mise en place et la production -si elle garde une marge de sécurité- reste maîtrisée. C'est vrai que la demande existe depuis 2015/2016 mais il ne faut pas perdre de vue que les producteurs du sud de la France vont se remettre à produire. Il ne faudrait pas un parc qui explose... D'ailleurs, la production française de volailles Label Rouge est stable à 110 - 115 millions de volailles labellisées.

Les poulets fermiers blancs et jaunes progressent de 7 % et 18 % respectivement. A l'inverse, la labellisation du poulet noir - fer de lance du groupement - baisse de 7 %.

J.D. Notre filière "volailles" est représentée par 148 éleveurs. C'est vrai, le poulet fermier blanc gagne du terrain avec 1,5 millions de mises en place contre 1,9 millions en poulet fermier noir. Quant au poulet fermier jaune, c'est une demande plus récente des GMS (370 000 mises en place). En fait, c'est le consommateur qui oriente la production. Le poulet noir est un poulet plus typé et plus fort en goût. Quant au poulet jaune (roux en réalité), il est plus gras.

Le taux de labellisation des volailles est en progression constante, il est de +2 % en 2016.

J.D. C'est le résultat de tous les efforts réalisés par chaque maillon : la qualité des poussins, les élevages bien tenus, les litières propres, les bonnes conditions de ramassage, les progrès sur la chaîne d'abattage... Je suis intransigeant sur le Label Rouge et sur l'indication géographique protégée (IGP), il faut que le consommateur achète nos produits les yeux fermés. Certis est l'organisme certificateur qui contrôle nos éleveurs : chaque lot de poulets par exemple, est contrôlé. Un écart au cahier des charges peut entraîner une amende. Un second contrôle est alors réalisé afin de vérifier la conformité réglementaire du cahier des charges. Chacun des opérateurs (couvoir, fournisseur d'aliment, abattoir..) est soumis à un cahier des charges bien précis : c'est ce qui donne la confiance au consommateur.

La transparence et la communication... sont des éléments importants pour vous ?

J.D. Je l'ai dit en assemblée générale, le Label Rouge, notre IGP feront que demain le consommateur nous fera confiance. Or notre point faible est le manque de communication. Le consommateur est perdu, ne sait pas ce qu'est un IGP, un Label Rouge, un produit sans OGM.... D'autant qu'il est en demande d'explications et de vérité. Mais la communication a un coût et, jusqu'alors, nous avions d'autres postes à financer. Aujourd'hui, nous allons pouvoir investir dans la communication : les animations en magasin, la presse, internet...

Quelle est votre réaction au discours d'Emmanuel Macron dans le cadre des Etats généraux de l'alimentation qui prône des productions de plus haute qualité ?

J.D. Il faudrait aller toujours vers le haut mais le consommateur lui limite son budget à 10-12 % d'achats alimentaires. Soit parce qu'il ne veut pas, soit parce qu'il ne peut pas. Je pense qu'on ne peut pas proposer uniquement du haut de gamme : trop cher, le consommateur limitera alors ses achats. Quand je vais en magasin faire des animations, je regarde aussi le contenu des caddies : entre les demandes des consommateurs et le passage à l'acte d'achat, il y a un écart.

Enfin la filière "œuf" est en pleine mutation et le Label Rouge a le vent en poupe. En tirez-vous une satisfaction ?

J.D. Non pas du tout. Ma crainte pour la filière oeuf est qu'à vouloir abandonner l'élevage en cages, trop de coopératives, trop d'organisations de producteurs se lancent dans l'oeuf plein-air avec pour risque la saturation du marché et la baisse des cours. Comment les éleveurs pourront-ils alors honorer leurs engagements financiers ? Mon avis personnel est assez pessimiste. Et puis, comme je l'ai déjà dit précédemment, quelle que soit la production, tout consommateur doit trouver des produits alimentaires répondant à son budget.

 

En chiffres 2016

Filière volailles : 148 éleveurs (3,5 millions volailles labellisées)

Filières porcs : 42 (3 300 tonnes de Label Rouge + Fermier Label Rouge)

Filières œufs : 62 éleveurs (56 millions œufs labellisés)

Filières lapin : 3 éleveurs (47 000 lapins labellisés)

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