Terra 07 septembre 2017 à 08h00 | Par Jean Dubé

"Il faut remettre en position de force le maillon faible !"

Ancien président de la FDSEA, puis de la chambre d'agricuture des Côtes d'Armor et désormais vice président de la région Bretagne en charge de l'agriculture, Olivier Allain a été chargé par Emmanuel Macron, alors candidat à la présidentielle, de construire son programme agricole. Aujourd'hui promu coordonnateur national des Etats généraux de l'alimentation, il a dressé pour Terra les grandes priorités de son tout nouveau mandat.

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Olivier Allain, Coordonnateur des Etats généraux de l'alimentation
Olivier Allain, Coordonnateur des Etats généraux de l'alimentation - © Terra

Vous avez été nommé coordonateur national des Etats généraux, en quoi consiste cette fonction ?

Olivier Allain. Mon rôle sera notamment de faire le lien entre les 14 ateliers . Le président de la République a souhaité que l'on mettre du pragmatisme dans ces travaux. Les Etats généraux seront réussis si les ateliers 5 et 7 sur la création et le partage de la valeur sont réussis. La priorité des priorités est de mettre en avant, de renforcer le pouvoir des producteurs.

 

La question de la valeur ajoutée et du revenu est constamment mise en avant. Quelles sont les marges de manœuvre réelles ?

O.A. La LME (Loi de modernisation économique) a été très efficace. Pour illustrer, je veux juste mettre en avant deux chiffres : ceux des prix agricole tout d'abord. Ce sont souvent les mêmes aujourd'hui qu'il y a 30 ans. Le maillon production est le maillon faible, mais il en existe un second : celui de la transformation. La marge a baissé de 5 % chez les industriels de la transformation, quand elle a augmenté de 2 % chez les manufacturiers, en l'espace d'une décennie, soit donc depuis la LME. Dans le domaine alimentaire, la LME a donc atteint ses objectifs, malheureusement contraires aux intérêts des agriculteurs, à savoir maintenir des prix très bas chez le producteur et au consommateur, et écraser les marges pour les agriculteurs et la transformation.

 

Justement, le fait que Serge Papin, président de Système U préside le groupe "Rendre les prix d’achat des produits agricoles plus rémunérateurs" a fait naitre beaucoup d'interrogations. Les comprenez-vous ?

O.A. Je pense très sincèrement que c'est exactement le contraire. C'est bien dans l'état d'esprit d'Emmanuel Macron de casser les codes. Quelqu'un qui est au coeur du problème, qui est le "responsable" du problème, on pense qu'il a la solution. Le problème vient de la distribution, la solution doit venir d'eux aussi ! Mon rôle sera de respecter l'équilibre des forces en présence. Mais nous avons une mission bien claire sur les prix : faire en sorte que le pouvoir législatif renforce le maillon très faible.

 

Comment concrètement ?

O.A. Le constat est unanime : les prix agricoles payés aux agriculteurs sont beaucoup trop bas. Cela ne peut plus durer. Le monde agricole n'a jamais eu autant la possibilité de faire bouger le véhicule législatif pour que ce ne soit plus le cas. Nous sommes en attente de propositions concrètes sur le seuil de renvente a perte... tout ce qui pourrait faire que l'on crée de la valeur, qu'on la partage et qu'on la ramène du côté de l'amont.

 

Des conférences régionales ont été créées. A quoi sert cet échelon ?

O.A. Il y aura effectivement des contributions régionales mais aussi des contributions en ligne. La région du grand ouest est très concernée par exemple par le marché export en matière d'élevage. Qu'elle puisse avoir une réflexion en rassemblant large, qu'elle soit porteuse de propositions en matière législative sera très utile. Cela viendra s'ajouter ou affiner les discussions nationales.  Je vais aussi rassembler tous ceux qui ne sont pas représentés dans ces ateliers pour qu'ils puissent donner leur vision et faire des propositions. Mettre tout le monde autour de la table ne s'est jamais fait.  Il y a de l'expression, et aujourd'hui il y a unanimité sur le constat.

 

Nicolas hulot était présent à Rennes la semaine dernière. Il a beaucoup mis en avant la bio, la vente directe.

O.A. Oui on peut concilier ces différentes formes d'agriculture, la question sera ou mettre le curseur. Il y a aujourd'hui déjà un encouragement à l'agriculture biologique, par exemple sur les MAE, on travaille au niveau des collectivités sur un renforcement de la demande des acheteurs publics en produits agro bio et/ou locaux, pour que les produits d'un territoire puissent être consommés dans ce territoire, par exemple en Bretagne avec Breiz alim et les chambres d'agriculture. L'ensemble du monde agricole est favorable à cela. Jusqu'à aujourd'hui, c'est la politique de prix et les prix bas qui ont prévalu, au détriment du local ou de l'environnemental.

Je voudrais juste ajouter un point : quand un ministre prend une décision sur la fiscalité, elle est applicable dès le lendemain, et elle peut être évaluée. Dans le cas présent, les décisions qui seront prises vont avoir un rôle à jouer dans les négociations dès cet automne, mais aussi sur le moyen ou le long terme. On sait bien que les outils les plus efficaces seraient les régulations européennes de marchés.  A défaut, on ne peut pas renvoyer les décisions aux calendes grecques. En attendant, il faut remettre en position de force le maillon faible !

 

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