Terra 27 novembre 2015 à 08h00 | Par H.Bonneau - A.Marlet

Ils sont partis voir ailleurs

Journée internationale au lycée Les Vergers à Dol-de-Bretagne, festival des agri-trotters avec le CFTA de Montfort-sur-Meu, l'heure est à l'ouverture des frontières et des horizons pour les élèves de BTS. Pour les équipes pédagogiques, le message est clair : partez en stage à l'étranger ! Même si près de 80 % des élèves envisagent une installation en agriculture dans les cinq ans, le passage dans une exploitation hors des frontières françaises peut ouvrir des portes... et les esprits.

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© H.B

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage... Ce sonnet de Du Bellay, pourrait être la devise des élèves en BTS Acse, invités à découvrir le monde à travers leurs stages à l'étranger. Ouverture d'esprit, expérience de vie, découverte d'une autre culture, de techniques de productions d i f f é rente s . . . Voici les principaux avantages mis en avant par les professeurs,
maîtres de stage, directeurs d'entreprises, et agriculteurs, lors de la table-ronde consacrée à la coopération internationale au lycée Les Vergers à Dolde-Bretagne. Avec des parcours aussi variés que parlants, les invités de cette journée avaient à coeur d'encourager les jeunes à s'investir dans un stage hors des frontières. "Tous les ans, nous envoyons une cinquantaine d'élèves à l'étranger, de quatre semaines à deux mois. Cette volonté est quasiment dans
l'ADN de l'établissement, les premiers départs ont commencé en 1987. Les jeunes qui souhaitent s'inscrire en BTS ici, savent que le stage à l'étranger n'est pas négociable", explique Philippe Pinot, le directeur. Même son de cloche au CFTA de Montfort-sur-Meu, où les élèves de BTS en première année sont invités à effectuer un stage "longue durée" à l'étranger, entre avril et septembre. "Le ministère de l'agriculture impose un stage d'un mois, mais c'est un choix pédagogique de notre part que les élèves partent plus longtemps, pour s'intégrer, avoir des
responsabilités et gagner en autonomie", souligne Brigitte Jégo, formatrice au CFTA.

Ouvrir ses horizons
Alors que Julien Martin, directeur d'All-tech, ou Laurent Clarys, directeur de la ferme expérimentale la Blanche Maison en Normandie, parlent de leurs expériences au Bénin, en Inde, en Afrique, au Canada ou en Amérique du Sud, la richesse de ces voyages et leur valeur sur le marché de l'emploi deviennent autant d'évidences. "Au delà de l'apprentissage de nouveaux modes de productions, de travail, il est aujourd'hui incontournable de parler anglais dans
l'industrie. La majorité des discours des directeurs sont en anglais", insiste Mathieu De Fontaines, directeur du centre de formation John Deere. "C'est aussi le seul moyen de saisir des opportunités d'évolution de carrière". Si certains jeunes appréhendent cette première expérience à l'étranger, Christophe Jan, responsable communication du pôle compétitivité
Valorial, incite les élèves à "faire le saut du stage. Avec l'éclosion d'internet et des réseaux sociaux, c'est plus facile de partir aujourd'hui qu'il y a vingt ans. Le monde se resserre". Katia Harnisch, agricultrice, avec son mari René, en Ontario, au Canada, reçoit deux à trois étudiants
par an. Elle encourage les jeunes à "vivre complètement l'expérience, à s'investir dans la famille d'accueil, dans les activités, à voir du pays aussi. C'est normal de ne pas vouloir couper le lien avec les amis et la famille mais il ne faut pas que ce soit au détriment de l'intégration. Je conseille aussi de venir assez longtemps et de pousser le stage au moins deux mois".
Des propos partagés par Julien Martin qui ajoute "qu'au temps de nos grands-parents, il fallait changer de département pour découvrir d'autres procédés, puis au temps de nos parents, c'était à l'échelle de la région. Il faut désormais changer de pays, voire de continent". Canada, Australie, Afrique du Sud, Roumanie, Espagne, Suède... Les 46 élèves de Montfort-sur-Meu ont quant à eux présenté des films retraçant leurs stages qui se sont déroulés dans onze pays. "C'est une expérience qui marque considérablement les élèves, surtout qu'ils intégrent une famille, remarque Béatrice Jégo, et certains retournent plus tard dans le pays où ils ont effectué leur stage". Après une première partie, façon festival de Cannes, les élèves ont restitué leurs expériences lors de débats. Une façon de tourner la page, en témoignant de l'intérêt d'une telle
expérience.

Adapter sa stratégie
"En tant qu'éleveuse, la mondialisation n'est pas un choix, mais elle est là, elle nous impacte", résume Katherine Le Cornu, productrice de lait et présidente d'European dairy farmers. Originaire de Norvège, elle pose ses valises en France à 16 ans pour un voyage d'étude. Elle n'en repartira pas. Cette européenne dans l'âme assure "appendre beaucoup au contact des autres éleveurs. Nos échanges d'expériences guident mes pas d'éleveuse". Elle va plus loin, estimant "qu'un manque d'ouverture à l'étranger favorise les mauvais choix stratégiques. La mondialisation peut être une opportunité avec l'export vers la Chine ou une contrainte comme ce que nous vivons avec l'embargo russe. À nous de nous adapter". L'international serait donc une source de solutions. De questionnements aussi. Le directeur du lycée estime que ce stage doit "rendre les élèves perméables à de nouvelles idées. L'idée est aussi de déstabiliser le jeune, de lui faire faire un pas de côté et ainsi de mieux comprendre la façon doit il exercera
son métier demain".

La France est aussi une terre d'accueil

Il fut un temps où les agriculteurs français allaient chercher des recettes à l’étranger. C’est toujours le cas. Mais la France devient une destination très prisée pour les agriculteurs étrangers. "L’agriculture française intéresse à la fois par sa performance générale et sur des
domaines très pointus : la production céréalière et l’industrie alimentaire aussi bien que la génétique animale, la production de semences, la qualité et la traçabilité de ses produits", explique Claire Barneron, co-dirigeante d’Agrilys, une agence de voyages qui se lance dans la
découverte de la France agricole pour des agriculteurs étrangers. La question qu’ils se posent souvent : comment les agriculteurs français arrivent-ils à une telle performance, alors que leurs exploitations ne sont pas très étendues, eu égard à ce qu’ils connaissent dans leur propre pays ? Aussi viennent-ils chercher des idées et des pratiques transposables chez eux.

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