Terra 28 février 2016 à 08h00 | Par Claire Le Clève

Impayés en CUMA, réagir rapidement

Réagir rapidement, convoquer un tour de table, trouver une solution amiable en étalant le remboursement d'une dette... Il est bien délicat, en ces temps de crise, de recouvrer les impayés pour les responsables de Cuma. Pourtant, il en va de la santé financière de tous les porteurs de parts.

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Sujet délicat que celui du recouvrement des impayés pour les responsables de Cuma.
Sujet délicat que celui du recouvrement des impayés pour les responsables de Cuma. - © C.L.C

 

 

"Quand c'est un gars qui décroche, ça va mais deux ou trois, ça amène du retard, la trésorerie de la Cuma se retrouve en culotte courte", pointe Dominique Guého, responsable de la FD Cuma qui fédère 154 coopératives dans le département du Morbihan. Prolongement des exploitations adhérentes, dynamiques, les Cuma ont investi 8, 3 millions d'euros en 2015 dans du matériel sur les 50 millions du marché du machinisme du département. L’impayé, le sujet est pourtant dans toutes les réunions de secteur que la FDCuma vient d'organiser. Et pour cause, la conjoncture est là. Et les trésoreries de coopératives de matériel sont rarement grasses : "on facture au prix de revient depuis des années"...

Collègues dans la galère

"On a 70 000 euros dehors. 3 de nos adhérents sont en redressement judiciaire. Ils n'ont pas touché les aides PAC 2015, essuient des refus d'avance pour 2016. C'est un gros problème pour nous et ce n'est que le début de nos ennuis", craint Loïc Hubert, trésorier de la Cuma du Scorff, à Inguiniel. Elle brasse un chiffre d'affaires de 200 000 euros à l'année pour les récoltes et la mise à disposition du matériel pour ses 47 adhérents."C'est difficile d'aller chercher les sous chez des collègues qui sont dans la misère", enchaîne Jean-Luc Eveno de la Cuma l'Elite à Locoal Mendon. "Quelle procédure, quel rôle de la Cuma ? On est pas là pour faire la banque mais on le fait de plus en plus. L'échéancier, c'est nous qui l'accordons, avec les fournisseurs et les coops" poursuit-il.

Provoquer le tour de table

Comment passer ces situations délicates ? "N'attendez pas", enjoint Dominique Guého. "Vous avez une responsabilité en tant qu'élu à prendre des décisions de gestion pour ne pas être en plus grande difficulté ensuite dans vos Cuma. Allez y", met-il en garde quand, de son côté, Christophe Bernard, correspondant Agilor du Crédit Agricole du Morbihan incite les Cuma à initier "un tour de table. L'intérêt, c'est que tous les créanciers seront là et chacun aura les éléments pour voir si la dette peut être rééchelonnée ou pas". Être réactif pour éviter que la situation s'enlise semble donc nécessaire en provoquant ce type réunion, même si humainement, c'est difficile. "On craint de mettre la double peine aux collègues en difficulté", redoutent certains responsables de Cuma qui préfèrent "un bon arrangement à l'amiable". Pour autant, avant d'en arriver à ces situations, certaines Cuma ont choisi de réguler les paiements avec le prélèvement mensuel (lire encadré),"ça marche et c'est efficace".

 

Claire Le Clève

 

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Christophe Bernard, correspondant Agilor du crédit agricole du Morbihan
Christophe Bernard, correspondant Agilor du crédit agricole du Morbihan - © C.L.C

L'avis d'expert

"Face à un adhérent en difficulté, pour une Cuma, il n'y a pas d'autre solution que de provoquer un tour de table qui réunit tous ses créanciers. Cela permet d'avoir une vision précise de la situation et d'envisager, avec l'adhérent, un étalement de la dette quand c'est possible. Nous avons des outils pour accompagner les agriculteurs en difficulté. Le plan de restructuration avec échelonnement arrive en ultime recours. A partir du calcul du prix d'équilibre, on évalue l'impasse de trésorerie et on adapte à la situation nos concours de trésorerie : année blanche, pause sur les crédits..." détaille Christophe Bernard, correspondant Agilor du Crédit Agricole du Morbihan.

Thierry Le Corre, à droite, trésorier de la Cuma des quatre écluses à Lanouée
Thierry Le Corre, à droite, trésorier de la Cuma des quatre écluses à Lanouée - © C.L.C

 

A Lanouée, le prélèvement automatique pour sécuriser

 

Pour la deuxième année la Cuma des quatre écluses à Lanouée, expérimente le prélèvement automatique mensuel. "La trésorerie de la Cuma est mieux, celle des exploitations aussi", constate Thierry Le Corre, trésorier de cette coopérative d'utilisation de matériels qui brasse 70 000 euros de chiffre d’affaires annuel, avec 12 exploitations. "On a mis cela en place pour faciliter les choses à tout le monde. Avant, on commençait à facturer en juin et tout était payé en 6 mois avec parfois une trésorerie négative. Aujourd'hui, nous nous basons sur les travaux de l’année précédente, on divise le tout par 10. Le premier prélèvement débute en janvier. Le 25 du mois, c'est viré sur le compte de la Cuma. En décembre, les comptes sont clos. On regarde par rapport aux travaux de l'année et on régularise. Les adhérents sont contents. Ils ont opté à 90 % pour ce système. Un de nos adhérents a des soucis, c'est récent, on va le rencontrer pour trouver un arrangement à l'amiable. C'est la première fois".

 

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