Terra 25 juillet 2014 à 08h00 | Par Nabila Gain Nachi

Installer... la parité !

Nathalie Marchand et Benoît Champalaune exercent tous deux le métier d'agriculteur, tous deux dont élus à la chambre d'agriculture d'Ille et Vilaine et participent aux réflexions et travaux du même groupe parité mis en place au niveau régional, groupe constitué dans la continuité des élections de 2013. Ce groupe parité fait lui même partie d'une commission régionale agricole emploi-formation-installation-transmission composée d'un binôme d'élus dans chaque département. C'est dans ce contexte que chacun exprime sa vision de la création au féminin. Deux points de vue complémentaires et sans langue de bois.

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Nathalie Marchand, agricultrice à Noyal-sur-Vilaine, vice-présidente de la chambre d’agriculture 35, présidente d’Agriculture au féminin 35.
Benoît Champalaune, agriculteur à Melesse, élu à la chambre d'agriculture 35 et élu-référent installation pour les chambres d’agriculture de Bretagne.
Nathalie Marchand, agricultrice à Noyal-sur-Vilaine, vice-présidente de la chambre d’agriculture 35, présidente d’Agriculture au féminin 35. Benoît Champalaune, agriculteur à Melesse, élu à la chambre d'agriculture 35 et élu-référent installation pour les chambres d’agriculture de Bretagne. - © Terra

"Peu de femmes s'installent seules et sur des projets conventionnels"

On parle beaucoup de la création d'entreprise en agriculture, quelle est la place occupée par les femmes aujourd'hui ?

Nathalie Marchand. En 2013 en Bretagne, 27 % des chefs d’exploitation sont des femmes. Les conditions matérielles ont évolué et le métier est accessible physiquement aux femmes et aux hommes. Cependant, je constate que peu de femmes s’installent seules et sur des projets conventionnels. Cela m’interroge sur l’avenir de l’agriculture ? Je constate que de nombreuses femmes s’installent sur des projets avec de la diversification  et sur de petites surfaces. J’observe aussi que des regroupements d’entreprises agricoles se font ici et là avec souvent des femmes qui travaillent à l’extérieur. Je vois également des créations d’entreprise par des femmes pour compléter l’entreprise de monsieur. Je m’interroge sur ces choix et espère que la place des femmes progresse en agriculture car j’ai toujours entendu dire qu’un métier qui perd un sexe est un métier qui s’affaiblit voire qui se meurt.

Les femmes s’installent le plus souvent sur des projets qu’elles ont certes choisi, mais dans l’argumentaire, j’entends aussi qu’elles choisissent ce métier pour avoir du temps pour la famille et les enfants. Je m’interroge alors sur la place qu’elles vont occuper dans l’entreprise et plus particulièrement au regard de la prise de responsabilité dans la décision. Elles viendraient en complémentarité à leur associé-e et dans cette posture, elles ne seront pas réellement chef d’entreprise car dans la complémentarité, il y a une notion de hiérarchisation des tâches.

Pourquoi, selon vous, parle-t-on aujourd'hui de la création au féminin ?

N.M. La création au féminin, c’est montrer que des femmes, au même titre que les hommes, créent des entreprises agricoles et génèrent de l’emploi et par conséquent de la richesse. C’est important de le souligner et de l’afficher. Dans la création au féminin, le partage des responsabilités dans la décision n’est pas paritaire. Il faut vraiment qu’on travaille cette notion de la place de la femme, chef d’entreprise, dans l’exploitation agricole. Et que les femmes installées ou en cours de création d’entreprise se forment à cette compétence car la prise de décision n’est pas innée.

Les femmes sont sensibles aux questions environnementales, de biodiversité, de santé, d’ergonomie, d’économie, de communication. Par ces thématiques, elles peuvent accéder à la responsabilité dans les organisations professionnelles et économiques pour orienter les choix de l’agriculture.

"Si les femmes optent pour le statut de chef d'entreprise, elles doivent se donner les moyens pour décider"

Observez-vous des différences entre la création de l'entreprise agricole par les femmes et par les hommes ?

Benoît Champalaune. Les femmes raisonnent plus investissements et retour sur ces investissements que sur l’aspect matériel de la création. Elles sécurisent peut-être davantage leur projet. Le chiffre et la maîtrise de l’analyse comptable sont primordiaux pour elles. En contrepartie, elles semblent être moins à l’aise avec l’aspect technique (agronomie, élevage, bâtiment, etc.) et par conséquent, cela pose question pour les choix stratégiques de l’entreprise.

Maintenant, c’est aussi aux femmes de trouver leur place. Si elles optent pour le statut de chef d’entreprise, elles doivent se donner les moyens pour décider. Aujourd’hui, les seules différences que j’observe entre les femmes et les hommes dans la création d’une entreprise agricole sont plus liées à la maîtrise de la technique et à la prise de décision. Les femmes restent en retrait alors que les hommes n’en connaissent pas forcément davantage sur le sujet mais décident.

Quelles sont les actions conduites pour accompagner les femmes à la création de l'entreprise en agriculture ?

B.C. Les accompagnements mis en place permettent une grille de lecture rapide pour le porteur de projet, femme ou homme, afin de décider, s’affirmer et occuper pleinement la place du chef d’entreprise. Des formations techniques de perfectionnement sont proposées aux porteurs de projet, mais peut-être serait-il également intéressant que les porteurs de projet s’obligent à rejoindre des groupes thématiques (culture, élevage etc.). Ainsi, sans devenir spécialiste, acquérir des compétences pour faciliter la prise de décision est essentiel.

Pendant la phase de création, clarifier ses objectifs, son projet et ses motivations me semble primordial. Mettre en place une feuille de route et être capable de se dire sur 1 an, 2 ans, 5 ans quelles sont mes réalisations sur le plan technique, financier, mais aussi humain doit être automatique. On avance parfois en remettant en cause son projet de départ mais faire le point, c’est aussi ça être un ou une chef d’entreprise accompli-e.

Propos recueillis par Nabila Gain Nachi, Chambres d'agriculture de Bretagne

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