Terra 15 janvier 2014 à 08h00 | Par H.Bonneau

INTERWIEW - Ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier

Alors que les difficultés de la filière oeufs ont fortement interpellé la filière l'été dernier, comment les organisations envisagent 2014 et gèrent le surplus d'oeufs sur le marché ? Didier Carfantan, président de la section à la FDSEA 22 explique les avancés et les attentes de la filière.

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Aujourd'hui, comment se porte la filière oeuf ?

Didier Carfantan.

Nous venons de vivre une année 2013 très compliquée et 2014 ne s'annonce guère mieux. A savoir que le marché a été déstabilisé avec la mise aux normes bien-être de 2012 dans nos élevages. Ainsi les producteurs ont beaucoup investi et la production s'est retrouvée largement excédentaire. Elle a augmentée de 5 %, par rapport à 2010 qui était une année neutre. Si l'on peut dire que le marché était très encombré, nous pouvons nous féliciter d'avoir dans son ensemble une production et une filière dynamique, moderne, tournée vers l'avenir pour faire face à tous les marchés (bio, plein-air, sol, standard). Contrairement à d'autres filières, nous ne manquons pas de compétitivité. Par ailleurs, les événements du mois d'août (surproduction), largement médiatisés, ont permis à la FDSEA 22 d'interpeller les pouvoirs publics. Ainsi, une rencontre avec le ministre de l'agriculture, Stéphane Le Foll, a déclenché la nomination de deux inspecteurs généraux chargés de rendre un rapport sur les atouts et faiblesses de la filière. Si la modernité de l'ensemble des outils de production a été soulignée, la filière est apparue comme trop atomisée d'un point de vue commercial pour être performante sur le marché de l'export.

Didier Carfantan, président de la section oeuf de la FDSEA 22
Didier Carfantan, président de la section oeuf de la FDSEA 22 - © H.B

 

Quels sont les leviers qui permettraient un désencombrement du marché ?

D.C.

Au vu des derniers chiffres sur le marché et l'offre, l'année 2014 semble prendre le même chemin que 2013. Elle sera même plus compliquée. Le défi est de gagner des marchés à l'export pour engranger le surplus de production, car structurellement la production d'oeufs standard risque de restée excédentaire. Or aujourd'hui, beaucoup de sociétés vendent des oeufs mais pas en nombre suffi sant pour prendre des marchés sur le grand export (hors Union Européenne). Une piste de travail intéressante vient à point nommé aujourd'hui : la possibilité de constituer une AOP (association d'organisation de producteurs). En effet, jusqu'ici, au vu des règles du droit à la concurrence, les organisations de producteurs ne pouvaient pas se regrouper afin de répondre à des marchés plus importants. Dans le cadre des nouveaux règlements de l'OMC unique, cette possibilité est en cours de validation à la commission européenne. Concrètement, plusieurs organisations de producteurs reconnues pourront se regrouper pour organiser la régulation de leurs marchés et entres autres des dégagements à l'export. Il y a un élan général qui se dégage de cette idée. Cependant, si cette solution permettra de désencombrer le marché, il n'y a clairement pas de valeur ajoutée à espérer sur ces exportations.

 

Comment se positionne la France sur le marché mondial et national ?

D.C

Nous avons besoin d'une organisation commerciale forte. L'autorisation de créer une AOP est un moyen pour faire face à la mondialisation du commerce. Demain, il y aura moins de place pour les filières moins organisées et ce sont les éleveurs qui paieront les pots cassés. Aujourd'hui, les autres pays européens comme l'Italie, la Hollande, la Pologne ou l'Espagne semble mieux préparés à répondre aux marchés mondiaux avec de plus grosses structures qu'en France. Or, les producteurs ne vont pas continuer à voir des camions étrangers livrés à notre porte, en Bretagne, dans nos biscuiteries industrielles des ovoproduits alors que nos élevages seraient en vides sanitaires prolongés. Ces marchés seront accessibles que s'ils sont réguliers dans le temps, supportés par l'ensemble de la fi lière et que nous anticipons la production pour être réactif. Nous préférons entretenir une position agressive sur le marché export plutôt que de subir les attaques des concurrents. Par ailleurs, sur le marché national, la fi lière est en bonne position puisque jusqu'ici les GMS achètent uniquement des produits français, ce qui sécurise nos débouchés et nos prix pour 40 % de notre production.

Le passeport poule : anticiper la production
Afin d'être au plus prêt des chiffres réels de production, la filière met en place un "passeport poule". Ce dernier prendra la forme d'un nouvel outil informatique capable de calculer et d'anticiper en temps réel les évolutions de la production Française d'oeuf. "C'est un bon moyen de connaître notre production. L'objectif ; être plus réactif au marché", précise Didier Carfantan, président de la section oeuf à la FDSEA 22

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