Terra 05 novembre 2015 à 08h00 | Par Propos recueillis par Actuagri

L'administration dément les engagements du Premier ministre

La publication, le 26 octobre dernier, de la version définitive du plan Ecophyto II par le gouvernement, a provoqué de vigoureuses réactions des principales organisations agricoles. Pour Eric Thirouin, les modalités d'élaboration des certificats d'économie des produits phytosanitaires (CEPP), en particulier, posent problème.

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Eric Thirouin, président de la commission environnement de la FNSEA
Eric Thirouin, président de la commission environnement de la FNSEA - © Hervé Colin/Horizons

Quelle a été l'implication des agriculteurs pour élaborer le nouveau plan Ecophyto ?

Eric Thirouin. Nous avons fait une mobilisation sans précédent en récoltant pas moins de 17 000 signatures en faveur d'un nouveau plan Ecophyto pragmatique. 4 700 personnes, dont de nombreux agriculteurs et organisations professionnelles agricoles, ont contribué dans le cadre de la consultation publique. Et c'est plus de 1700 tracteurs qui ont roulé dans Paris le 3 septembre. La mobilisation a été totale.

Quel était votre principale requête ?

E.T. Nous étions d'accord pour un toilettage d'Ecophyto 1 pour mettre en oeuvre la Directive européenne sur l'utilisation durable des produits phytosanitaires. Mais nous avions demandé à ce que la partie sur les certificats d'économie des produits phytosanitaires (CEPP) soit retravaillée en 2016 en appliquant la nouvelle méthode pour la production des normes.

C'est-à-dire ?

E.T. Le Premier ministre, le 3 septembre, s'est engagé à ce qu'une nouvelle méthode soit élaborée pour février 2016, avec pour objectif de garantir aux agriculteurs français le respect de l'équivalence des charges par rapport à nos principaux concurrents européens. Nous attendions donc un plan Ecophyto II imprécis sur les CEPP. Or, ce dernier fixe d'ores et déjà l'objectif à atteindre et précise que l'indicateur sera finalisé pour le 31 décembre 2015 ! En outre, les services du Ministère de l'agriculture évoquent déjà une lourde sanction en cas de non atteinte des objectifs des CEPP par les distributeurs !

Comment expliquez-vous cette marche arrière ?

E.T. Il y a des pressions de nature idéologique, des écologistes, à l'intérieur des ministères qui ont contrecarré les promesses du Premier ministre. C'est inadmissible. La France et le Danemark sont partis dans une logique anti-phytosanitaire par principe. Ce sont les seuls ! Tous les autres pays européens, y compris l'Allemagne, se sont limités aux réglementations européennes.

L'Europe et la France disent deux choses différentes ?

E.T. L'Europe dit qu'il faut baisser les risques et les impacts, mais certaines personnes en France pensent que pour y arriver il faut arrêter d'utiliser les produits phytosanitaires. Ce n'est pas un raisonnement qui se tient, car derrière c'est toute une économie agricole et ses rendements que l'on cherche à remettre en cause. Il faut être pragmatique.

Quelle est la position de la FNSEA ?

E.T. A la FNSEA, nous prônons une mobilisation de l'ensemble de la filière agricole pour diminuer les risques et les impacts sur la santé et l'environnement liés à l'utilisation des produits phytosanitaires, tout cela dans le respect économique de nos exploitations.

Avez-vous d'autres objections ?

E.T. Oui bien-entendu. Il y a la redevance pollution diffuse qui a augmenté de l'ordre de 30 % en 2015. Nous sommes inquiets sur la manière dont l'enveloppe supplémentaire va être utilisée. La gouvernance se fera de manière régionale. Or les orientations des Commissions agroécologiques vont différer d'une région à une autre. Nous craignons un dévoiement complet de l'argent des agriculteurs. C'est pourquoi, nous souhaitons une gouvernance à l'échelle nationale. Un autre point concerne le "certiphyto". Sa durée de validité était de dix ans auparavant, après deux jours de formation obligatoire. Avec ce nouveau plan Ecophyto 2, cette durée passe à cinq ans, mais comme dans la majorité des autres Etats Membres. Pour finir, la France veut supprimer l'utilisation du glyphosate et des néonicotinoïdes. Nous disons simplement que cette suppression doit se décider au niveau européen et non au plan national. La France choisit de prendre les devants toute seule. Sans produits de substitution, on va avoir des "vides" au niveau de nos productions.

Quelle sera la suite de vos actions pour vous faire entendre ?

E.T. Nous espérons qu'un engagement sera pris par le gouvernement pour remettre à plat les discussions sur les CEPP, notamment lors du comité de gouvernance du Ecophyto prévu le 4 novembre.

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