Terra 03 décembre 2015 à 08h00 | Par Jean Dubé

L'agriculture au cœur de la campagne pour les régionales

La loi "Notre" a largement redessiné les contours géographiques des régions, mais surtout celle d'une nouvelle organisation territoriale de la République. Nouvelles modalités de représentation nouvelle gouvernance, nouveau découpage géographique, nouvelles missions... C'est pour une institution régionale de plus en plus influente dans la vie quotidienne des Français, et des Bretons, que les électeurs se prononceront dimanche. Mais le changement important de ces élections tient sans doute dans la place qu'ont pris l'agriculture et les questions économiques lors de la campagne. Les candidats parlent d'agriculture, mais la Région parle-t-elle aux agriculteurs ?

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- © Charles Crie - Région Bretagne

Dans un tout premier temps, le Premier ministre Manuel Valls avait annoncé la suppression des conseils généraux pour 2020 au profit des Régions. Mais son ambition de redessiner totalement le mille-feuille administratif s'est rapidement heurtée à la broncha, des élus notamment, mais aussi au principe de réalité.

Un calendrier bousculé

À un moment où le gouvernement cherchait une majorité, chacun s'est accordé à dire... il faudra le faire, mais a renvoyé à plus tard l'échéance. Les conseils départementaux (ex conseils généraux) garderont donc un certain nombre de leurs prérogatives, la loi Notre (pour Nouvelle organisation territoriale de la République) a redessiné le découpage des régions, et les élections des conseils régionaux qui devaient initialement avoir lieu le même jour que les conseils départementaux ont été re-séparées et reportées de mars à décembre 2015.

Les attentats du vendredi 13 novembre 2015 ont aussi fait planer le doute. La campagne électorale a été suspendue pendant quelques jours. Mais les 6 et 13 décembre 2015, les élections régionales auront bien lieu, et à l'issue, elles feront apparaître une nouvelle carte politique des régions.

Les contours géographiques redéfinis

La loi sur la nouvelle organisation territoriale n'a pas redéfini que les contours géographiques des régions, elle a aussi redistribué un certain nombre de compétences. Le conseil régional a ainsi aujourd'hui compétence en matière de développement économique, social, sanitaire, culturel et scientifique de la région. Il doit soutenir l'accès au logement, l'amélioration de l'habitat, la politique de la ville, la rénovation urbaine, les politiques d'éducation, l'aménagement et l'égalité des territoires, la promotion des langues régionales,… dans le respect des attributions des départements et des communes. Le rôle des régions est devenu absolument essentiel, puisqu'elles interviennent beaucoup pour compléter l'action de l'État, dans les transports, le sanitaire le social… et l'environnement bien sûr.

Le conseil régional agit soit en soutenant des initiatives par des soutiens financiers mais il contribue aussi directement par l'investissement. Trois postes clés mobilisent actuellement le conseil régional de Bretagne en termes d'investissement, le port de Brest, la ligne LGV, et l'investissement dans la couverture numérique du territoire à très haut débit.

Le conseil régional, un poids lourd en matière d'emploi et d'investissement

Le budget de la Région représente en Bretagne près de 1,4 milliard d'euros pour 2015. Environ 4 000 personnes travaillent pour le conseil régional. L'institution agit comme un levier directement dans la mesure où elle investit sur ses fonds propres environ 600 millions d'euros, par exemple lors du développement de la ligne grande vitesse bretonne (150 M€ d'investissements en 2014, 100 M€ prévus en 2015). Son budget lui permet d'intervenir à hauteur de 120 M€ dans la formation, 91 M€ sur le développement économique et l'emploi, 21 M€ pour l'environnement.

Mais elle agit aussi en gérant de plus en plus de crédits européens. Sur six ans, 780 millions d'euros tous budgets européens confondus transiteront par son intermédiaire. Certains crédits de formation, les aides à l'installation des jeunes agriculteurs, sont maintenant gérés directement à la région.

Quelle représentation départementale, quel mode d'élection ?

De 22, la loi Notre a réduit le nombre de régions à 13. La Bretagne a conservé son découpage et son nombre de représentants. 83 conseillers régionaux seront élus au soir du second tour. 11 listes ont fait acte de candidature.

Les listes sont régionales mais elles sont composées de sections départementales : chaque liste est constituée d’autant de sections qu’il y a de départements dans la région. Un ou une candidate est désignée tête de liste régionale. Les bulletins de vote seront identiques dans les quatre départements bretons. Le mode de scrutin est un scrutin proportionnel à deux tours avec prime majoritaire. Cela signifie qu'au second tour, la liste qui aura obtenu le plus grand nombre de voix obtient une prime majoritaire de 25 % du nombre de sièges à pourvoir. Les autres sièges sont répartis à la proportionnelle à la plus forte moyenne entre toutes les listes qui ont obtenu au moins 5 % des suffrages exprimés. La liste arrivée en tête reçoit donc le plus grand nombre de sièges qu’elle ajoute à ceux obtenus par la prime majoritaire. Elle est ainsi quasiment assurée de détenir la majorité au sein du conseil régional.

Qui demain à la tête de la région Bretagne ?

Qui demain pour succéder à Pierrick Massiot qui ne se représente pas en Bretagne ? Depuis 2004 la région Bretagne a basculé à gauche après la présidence de Josselin de Rohan. Jean-Yves Le Drian a assuré la présidence de la région de 2004 à 2012 date à laquelle il a cédé la présidence à son colistier Pierrick Massiot pour se consacrer à ses fonctions ministérielles. Aujourd'hui le ministre de la Défense, poids lourd du gouvernement, mène la liste mais pas vraiment la campagne, compte tenu de l'actualité bien sûr.

Une campagne qui sera courte, très courte, car perturbée par les attentats de vendredi 13 novembre. En fait la véritable interrogation sera dans le nombre de listes qui auront atteint le seuil de 10 % des suffrages exprimés permettant de se maintenir au second tour. Elles étaient trois en 2010, mais d'autres listes dont le Front national pourrait bien cette fois venir jouer les trouble-fête, et changer la donne d'un jeu politique traditionnel à deux blocs. Chaque voix comptera !

De nombreux agriculteurs candidats

625 représentants du monde agricole ont été identifiés sur les différentes listes au niveau national. 124 sur des listes de droite, 104 chez les verts, devant le PS et les Radicaux de gauche (53). Parmis les plus connus, on peut citer Daniel Prieur, secrétaire général adjoint de la FNSEA, candidat sur une liste de droite en Bourgogne-Franche-Comté et Philippe Mangin, président de Coop de France en Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne sur une liste de droite également. Jean-Louis Cazaubon, premier vice-président de l’Assemblée permanente des chambres d’Agriculture est candidat sur la liste PS en Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon. Jean-Michel Serres, ancien président de la Fédération nationale porcine est sur une liste d’union des droites en Nord-Pas-de-Calais-Picardie. François Dufour, ancien porte-parole de la Confédération paysanne se représente chez les Verts en Normandie, comme René Louail,… mais en Bretagne. On retrouve également Olivier Allain, président de la chambre d’agriculture des Côtes d’Armor sur la liste PS quand Raymond Vial, président de la chambre d’Agriculture de la Loire a rejoint la liste de droite en Auvergne-Rhône-Alpes. On remarque aussi en Bretagne, Nicole Le Peih, co-présidente de Rés'agri, sur la liste menée par Jean-Yves Le Drian et Jean-François Tréguer, président de GDS Bretagne sur celle de Marc Le Fur.

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