Terra 28 janvier 2016 à 08h00 | Par Arnaud Marlet

L'agriculture, une source de solutions pour le climat

Si l'agriculture est émettrice de gaz à effet de serre, elle est aussi source de nombreuses solutions dans la lutte contre le changement climatique. Enjeux, contexte, échéances... Pendant deux jours, le forum interrégional énergie - climat, organisé par les chambres d'agriculture de Bretagne et des Pays de la Loire qui s'est déroulé à Acigné les 21 et 22 janvier, a multiplié les pistes de réflexion et les exemples concrets.

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Jacques Jaouen et François Beaupère, président des chambres d'agriculture de Bretagne et des Pays de la Loire ont ouvert le forum. © Terra Olivier Manceau, chef du pôle agronomie à la chambre régionale d'agriculture de Bretagne. © Terra Philippe Touchais, chargé de mission climat énergie biomasse,  au sein de l'APCA. © Terra

Lutter contre le changement climatique est un enjeu mondial et la COP21 a fixé un cap pour les prochaines décennies afin de limiter le dérèglement climatique et ses conséquences. L'agriculture doit tout mettre en place pour s'adapter aujourd'hui et atténuer demain son empreinte carbone. En face de cet enjeu planétaire, les leviers sont souvent locaux pour appuyer la transition énergétique et climatique de l'agriculture. "La COP21 marque un tournant avec l'obtention du premier accord universel, contraignant et différencié sur le climat", souligne Philippe Touchais, chargé de mission climat énergie biomasse, au sein de l'APCA. L'accord s'appuie sur des contributions volontaires des États et un système de révision tous les cinq ans.

Avec la loi pour la transition énergétique, la France s'engage résolument dans une économie bas carbone, en visant - 40 % d'émissions de GES en 2030. "La stratégie nationale bas carbone (SNBC) en constitue l'outil principal avec des orientations et des plafonds d'émissions quinquennaux fixés par avance et déclinés par secteur d'activité, appelés budgets carbone", ajoute Philippe Touchais. On constate donc que la SNBC renforce la pression sur l'agriculture française avec des plafonds d'émissions GES et des orientations qui dépassent les pratiques et techniques culturales. Pour Philippe Touchais, "la place des agriculteurs dans la transition énergétique et climatique se joue dans la gouvernance des ressources et la valorisation du carbone vert". La préparation de la prochaine PAC constituera la prochaine étape clef.

La gestion du carbone

La gestion du carbone est donc un double enjeu, pour le climat, et la fertilité des sols. Pour le grand Ouest, l'enjeu est à la fois de ne pas déstocker le carbone présent dans les sols et de mobiliser des leviers qui permettront d'augmenter la teneur en matière organique. Quels sont ces leviers ? "Le principe est d'une part d'augmenter les entrées de carbone par la production de biomasse ou par utilisation optimale des fertilisants organiques et d'autre part de réduire les sorties du système en jouant sur la minéralisation et en limitant l'érosion des sols", indique Olivier Manceau, chef du pôle agronomie à la chambre régionale d'agriculture de Bretagne. Un essai, conduit à la station expérimentale de Crécom montre qu'une modification de système sans apport de déjection peut, au bout de 28 ans, entraîner une baisse de 30 % du stock initial de carbone. "A contrario, l'apport de déjection ou l'intégration d'une prairie temporaire dans la rotation limitent très fortement ce déstockage", poursuit Olivier Manceau. À noter que pour intégrer de la biomasse dans le système, l'implantation de couverts en interculture peut s'avérer très efficace, de même que l'implantation de haies et de bandes enherbées qui ont un effet positif en termes de stockage mais aussi en limitant les pertes de matière organique par érosion.

"Les systèmes de polyculture élevage du grand Ouest ont donc des atouts pour maintenir, voire améliorer leurs stocks de carbone dans les sols grâce à la présence de prairies dans les systèmes, d'un maillage bocager, ainsi qu'à la disponibilité de fertilisants organiques", conclut Olivier Manceau. Sans oublier de préciser qu'il faudra réussir à jongler entre les objectifs nitrates et les objectifs carbone, au risque que l'azote ne devienne le facteur limitant du système.

Des exemples concrets

Si les bénéfices apportés par le stockage du carbone ouvrent la voie à une rémunération du carbone, quelle valeur lui donner ? Localement, des initiatives voient le jour. À l'image de la démarche initiée par Terrena qui consiste à quantifier les réductions de GES par les adhérents de la coopérative. Les résultats sont convertis en "points Agri CO2" qui permettent de bénéficier de réductions sur certains produits dans les magasins Espace Terrena. Autre exemple, avec la ville de Liffré (35), qui en signant un contrat avec des éleveurs laitiers, rédigé par Bleu Blanc Cœur, est devenue la première mairie à soutenir économiquement les producteurs de lait qui s'engagent dans une démarche de réduction des gaz à effet de serre. Concrètement, la ville offre donc aux éleveurs qui s'inscrivent dans la méthode éco-méthane, la possibilité de racheter leurs tonnes de CO2 économisées. Sarah Pétiard-Combie, de la chambre régionale des Pays de la Loire a quant à elle présenté la démarche carbocage. Un projet qui a pour objectif de créer de la valeur ajoutée sur le territoire en valorisant la capacité des infrastructures bocagères à stocker du carbone dans les sols et la biomasse, et en retour, de promouvoir le stockage du carbone. Des exemples parmi d'autres qui montrent que l'agriculture est une force de propositions pour répondre à ces enjeux planétaires.

Bruno Hug de Larauze.
Bruno Hug de Larauze. - © Terra

La 3e révolution industrielle... et agricole

La troisième révolution industrielle et agricole (Tria) en Pays de la Loire, initiée par le réseau des trois chambres consulaires régionales, vise à mobiliser les acteurs du développement économiques pour créer une dynamique collective positive, génératrice d’opportunités de croissance, de performance pour les entreprises, et de sens pour tous. Pour en parler, Bruno Hug de Larauze, président de la CCI des Pays de la Loire était l'invité du forum énergie - climat. Toute crise est une opportunité de changement. Mais rares sont ceux qui aujourd’hui ont pris la mesure du bouleversement écologique, démographique, économique qui s’opère aujourd’hui sous nos yeux. Voici en substance les propos de Bruno Hug de Larauze. "Imprimante 3D, ville intelligente, biocontrôle et agriculture de précision, objets connectés... Notre environnement va être boulversé et il faut que l'on amène les entreprises à s'en rendre compte. Pour réussir leur mutation, on s'appuie sur quatre leviers de compétitivité qui sont : la transition énérgétique, l'amélioration de la performance globale, les nouveaux modèles économiques et la révolution numérique et les nouvelles technologies", explique le président de la CCI des Pays de la Loire. La 3e révolution industrielle conceptualisée par Jérémy Rifkin s’appuie sur la mise en place d’une nouvelle infrastructure énergie-communication reposant sur cinq piliers technologiques interdépendants représentant des secteurs d’activité à fort potentiel de développement. "Toutes les activités économiques sont concernées et la singularité des Pays de la Loire est de considérer l’agriculture en tant que 6e pilier fondateur de la Tria, vecteur d’opportunités pour l’ensemble de la chaîne de valeur (artisans transformateurs, agroalimentaire, les agroéquipements, le végétal et intrants organiques…) et en pleine mutation", fait encore valoir Bruno Hug de Larauze.

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