Terra 17 décembre 2015 à 08h00 | Par Arnaud Marlet

L'agroalimentaire se penche sur la qualité de vie au travail

Ce serait presque une expression à la mode. Ceux qui ont pour habitude de l'évoquer parlent de QVT. Derrière cette abréviation se cache la qualité de vie au travail. Une notion, somme toute récente et qui a donné lieu à un colloque début décembre à Pacé (35), organisé par l'ABEA, l'association bretonne des entreprises agroalimentaires.

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Des représentants de différentes entreprises de l'agroalimentaire sont venus témoigner sur la qualité de vie au travail. © Terra Thierry Sineau,  formateur expert chez Bigard, a présenté la démarche  du couteau qui coupe. © Terra

La qualité de vie au travail est un enjeu majeur pour les entreprises de l'agroalimentaire, le bien être des salariés influant directement sur leur performance. C'est pourquoi, pour la première fois, et à l'initiative de l'ABEA, environ 400 professionnels du secteur (entreprises, institutionnels, syndicats...) se sont réunis début décembre à Pacé, pour traiter de ce sujet de la qualité de vie au travail. Si de nombreux chercheurs se sont déjà penchés sur cette question, il aura fallu attendre le 19 juin 2013 pour qu'une notion unique et juridique voie le jour, à travers un accord national interprofessionnel (ANI). Celui-ci stipule que "la qualité de vie au travail désigne et regroupe les actions qui permettent de concilier à la fois l’amélioration des conditions de travail pour les salariés et la performance globale de l’entreprise". Plus que définir une notion, il met l’accent sur la corrélation entre performance économique et performance sociale, d’où l’importance de se pencher sur cette réelle problématique du monde de l’entreprise (santé au travail, employabilité et développement professionnel, climat social etc.) et sur les solutions à mettre en place pour améliorer les conditions de travail des salariés.

Autant de démarches que d'entreprises

On peut donc dire qu'il existe autant de démarches que d'entreprises même si la qualité de vie au travail est la plupart du temps associée au dialogue social. Il en résulte donc des accords, qui donnent lieu à des expérimentations, mais dont les applications peuvent être longues à se faire ressentir auprès des salariés. Entre petites et grandes entreprises, les conditions de réalisation sont aussi différentes. "Dans les TPE, le dialogue social, c'est le matin au café", déclarait ainsi Pierre Labbé, président de la Confédération générale de l'alimentation en détail de Bretagne. Alors que dans les grandes entreprises, la question du dialogue social et de la qualité de vie au travail se joue au niveau de la stratégie globale de l'entreprise. "Des évolutions considérables se profilent, avec une avancée en compétences dans nos métiers de l'agroalimentaire", a précisé pour sa part Yves Fantou, directeur des Établissements du même nom, et président de la commission sociale de l'ABEA. Du côté des syndicats, on se déclare "plutôt en phase avec les objectifs", et les discussions portent davantage sur les modalités et les lieux de dialogue. Quoiqu'il en soit, ces sujets portent sur des perceptions très fines, et qui appartiennent à chacun. La mobilisation pour cette journée montre l'intérêt que les professionnels portent à la question et c'est déjà une première réussite, avant d'envisager pourquoi pas à l'avenir, la signature d'accords de branche professionnelle. Retrouvez ci-après, les témoignages des entreprises qui ont participé à ce colloque et qui évoquent des actions qu'elles ont mises en place en relation avec
la QVT.

La QVT concrètement

Hénaff, la communication

Chez Hénaff, la QVT se veut une démarche d'écoute, de communication, de concertation et de travail collaboratif. Interview, description des métiers, des compétences... chacun est amené à en connaître davantage sur les missions des uns et des autres en affinant la définition du tavail. L'objectif est de pourusivre par une démarche collective sur l'amélioration des conditions de travail.

Sill, un accord cadre

Composé de 8 sites de production, le groupe familial Sill vient de se doter d’un accord cadre sur la qualité au travail en avril 2015. Cet accord cadre est basé sur les accords précédemment conclus pour les revisiter et les regrouper dans un ensemble cohérent pour qu’ils s’appliquent à

l’ensemble des entités du groupe. Ainsi par exemple ont été négociés la possibilité pour les salariés qui le souhaitent de transformer leur 13e mois en jours de congés, une aide à la garde d’enfants pour les salariés en horaires atypiques avec aussi un accompagnement au financement de places en crèches. Des mesures sont aussi prises sur une utilisation maîtrisée des NTIC (nouvelles technologies de l'information et de la communication),…

Triskalia, l'intégration

Après avoir constaté une grande diversité dans la façon d'accueillir les nouveaux salariés, il a été décidé chez Triskalia de mettre en place un "parcours d'intégration". Le parcours d'intégration s'adresse aux nouveaux embauchés afin d’œuvrer à la réussite de leurs premiers pas dans l'entreprise. Ce dispositif leur permet de bénéficier d'un accompagnement par un référent dédié qui leur transmet les valeurs et la culture d'entreprise. Ce parcours est organisé et piloté par le manager du nouvel embauché et calqué sur la période d'essai.

Bigard, le couteau qui coupe

La démarche du "couteau qui coupe" revisitée, est une illustration de la politique QVT chez Bigard. Le groupe compte 4 500 opérateurs qui utilisent un couteau. Malgré le volume de formation considérable sur l'utilisation du couteau les responsables se sont rendus compte que près de 50 % des opérateurs étaient en difficulté avec l'entretien de leur couteau. Ce qui engendre fatigue et troubles musculo-squelettiques, et pénalise la qualité des produits comme la productivité des équipes. Pour améliorer cette situation, le groupe Bigard a mis au point avec la société néo-zélandaise Anago une machine à tester le pouvoir de coupe du couteau.

Even no stress

Le groupe Even a mis au jour les difficultés relationnelles rencontrées par les technico-commerciaux avec les adhérents. Des relations compliquées qui faisait même état d'une agressivité des clients de plus en plus pressante. Une enquête flash a permis de se rendre compte qu'au delà des commerciaux, c'est 40 % des salariés qui constataient une aggravation des relations avec les clients. Pour développer la cohésion, une formation des équipes pluridisciplinaires a été mise en place. Elle se déroule sous la la forme d'apports théoriques avecs des mises en situation ludique et il n'est pas rare d'entendre les salariés dire qu'ils sont amenés à se souvenir de leur formation même jusque dans leur vie privée.


L'ABEA en dates


1999
: Création de l’Adefia (Association pour le développement de l’emploi et de la formation dans les industries agroalimentaires de Bretagne).

2001 : Création de l’ABEA (Association bretonne des entreprises agroalimentaires).

Juillet 2012 : Fusion de l’ABEA et de l’Adefia sous la bannière ABEA.

Janvier 2015 : Création de l’Instance bretonne de dialogue social par la signature d’une convention entre l’ABEA, la CGAD (La Confédération générale de l’alimentation en détail) et la quasi-totalité du monde syndical (CFDT, CGT, CFE-CGC, CFTC).

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