Terra 23 juin 2016 à 08h00 | Par H.Bonneau

"L'apprentissage développe les qualités comportementales"

L'apprentissage a animé les débats lors de l'assemblée générale de l'AEF (Association Emploi Formation) des Côtes d'Armor. Pascal Pelland, ambassadeur de l'apprentissage pour le département et Georgette Bréard, première vice-présidente du conseil régional ont vanté les mérites de cette école de l'entreprise. Vertues et idées reçues...

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- © H.B

"Au vu de la courbe inquiétante du chômage, l'emploi reste une priorité pour les gouvernements successifs", estime Hervé Conan, président de l'AEF 22. Et d'ajouter : "l'apprentissage est un bon moyen d'endiguer le chômage, qui n'est pas une fatalité". Un point de vue que rejoint Pascal Pelland, ancien chef d'entreprise, artisan, récemment nommé ambassadeur de l'apprentissage pour le département, "25 % des jeunes de moins de 25 ans sont au chômage. L'apprentissage n'est pas un sujet théorique. Nous sommes sur une bombe incandescente si nous ne sommes pas capables de fournir un travail à nos jeunes. Or, aujourd'hui, le recrutement ne s'effectue pas uniquement sur le savoir, mais aussi sur le savoir-faire et le savoir-être. La formation en entreprise prend alors tout son sens tant l'apprentissage développe les qualités comportementales".

Légitimer et encourager l'apprentissage
Si la France a beaucoup intellectualisé la formation au sein de son système éducatif, et souvent relégué l'apprentissage aux élèves en diffi cultés scolaires, les lignes ont commencé à bouger, notamment sur le front des enseignants. "Si je reconnais qu'il reste encore du travail pour éduquer nos enseignants à l'intérêt des métiers manuels, souvent porteur en terme d'emploi, il faut noter le chemin parcouru", explique Georgette Bréard, première vice-présidente du conseil régional de Bretagne. Des avancées qui se conjuguent avec le développement de l'apprentissage dans les voies de l'excellence française. "Aujourd'hui, les chiffres de l'apprentissage progressent principalement en master (bac+4, bac+5). Paradoxalement aux idées reçues, ce sont souvent les meilleurs élèves qui choisissent cette filière, véritable porte d'entrée dans le monde de l'entreprise. Des initiatives qui redorent l'image de l'apprentissage", analyse Pascal Pelland. Dans ce sens, la région encourage le développement de ces sections via des financements aux centres de formation des apprentis (près de 8 millions d'euros par an), des primes aux employeurs, à l'embauche du premier apprenti...). Julie Jacq, chargée de mission à l'AEF, précise que "ces dernières années, ce sont principalement les maîtres d'apprentissage qui manquent à l'appel". Ainsi, chaque année, plus de 800 courriers sont envoyés aux agriculteurs afi n qu'ils fassent connaître leur envie d'embaucher un apprenti... et ce, avant le mois de septembre. "Souvent les jeunes appellent en juin, nous n'avons pas encore d'offres et elles s'accumulent en début d'année scolaire. Nous essayons d'anticiper les demandes". La région semble vouloir aussi accélérer le processus en créant un "plan régional de développement de la formation professionnelle". Opérationnel courant 2017, ce projet prévoit la mise en place d'un système breton de l'apprentissage. "La formation agricole est partagée par quatre réseaux (Draaf, public-privée, MFR et chambre d'agriculture). Nous devons mettre de la cohérence dans ces systèmes", projette Georgette Bréard.

Vers une réforme ?
"Nous devons faire preuve d'humilité en allant voir ce qui fonctionne ailleurs", relate l'ambassadeur costarmoricain de l'apprentissage. Et de citer "la réussite du système Allemand". L'homme de dialogue n'exclut pas la possibilité de réserver l'apprentissage au niveau post-brevet. "L'école doit d'abord enseigner les savoirs de base, les fondamentaux avant l'accès à l'apprentissage. Il ne faut pas faire de la culture technique sur un désert de culture générale". Un choix qui permettrait aux élèves d'augmenter leur temps en entreprise et de se concentrer sur les savoirs techniques. Cette revalorisation du cursus doit permettre de redorer l'image des métiers manuels qui fait souvent défaut dans l'inconscient collectif. Ainsi, Pascal Pelland invite "à faire entrer l'apprentissage dans le système familial, ce n'est pas que pour les enfants des autres".

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