Terra 16 octobre 2014 à 08h00 | Par Jean Dubé

L'écotaxe transport suspendue "sine die"

L'écotaxe transport n'est plus. Vendredi dernier, la ministre de l'écologie Ségolène Royal en a suspendu l'application "sine die". En Bretagne, le monde économique se satisfait de cette décision du gouvernement. Même chez les "bonnets rouges", on salue le retrait du péage de transit poids lourds, version allégée de l'écotaxe poids lourds abandonnée par Jean-Marc Ayrault il y a un an à peine, sous la pression bretonne.

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A quelques mètres du portique de Pont de Buis, dans le Finistère, les affrontements violents du samedi 25 octobre 2013 entre manifestants "bonnets rouges" et forces de l'ordre ont amplifié et fédéré la fronde anti écotaxe transport en Bretagne et donné une dimension médiatique nationale au mouvement.
A quelques mètres du portique de Pont de Buis, dans le Finistère, les affrontements violents du samedi 25 octobre 2013 entre manifestants "bonnets rouges" et forces de l'ordre ont amplifié et fédéré la fronde anti écotaxe transport en Bretagne et donné une dimension médiatique nationale au mouvement. - © Terra

Même dans sa dernière version "péage de transit poids lourds" applicable dès janvier prochain, puis reportée au printemps, l'écotaxe transport ne passait pas. Le 30 septembre dernier, à Rennes devant les grilles de la préfecture de région, un rassemblement du collectif des acteurs économiques bretons, opposés à cette taxe, avait encore rappelé au gouvernement que le sujet restait encore brûlant à l'Ouest. Une centaine de personnes dont beaucoup de représentants d'entreprises et d'organisations professionnelles s'était réuni pour demander le report définitif du dispositif. Sans doute pas de quoi effrayer les pouvoirs publics mais suffisant pour imaginer que la suite pourrait prendre une dimension au moins aussi importante que ne l'avait été le mouvement anti-écotaxe porté par les bonnets rouges un an plus tôt. L'appel des entreprises de transport routier au blocage des routes de France le 15 octobre a très certainement achevé de convaincre le gouvernement qu'il était plus que temps d'en finir avec ce dossier empoisonné, catalyseur d'une fronde anti-taxe généralisée.


Difficultés de mise en oeuvre

Restait au gouvernement à mettre un terme à l'affaire sans se déjuger, mission confiée donc à la ministre de l'écologie qui en d'autres temps avait affirmé son refus d'une écologie punitive. C'est donc à la suite d'une rencontre avec les représentants des fédérations de transporteurs que la déclaration officielle est tombée par laquelle elle "prenait acte des difficultés de mise en œuvre de l'écotaxe" en même temps qu'elle évoquait "la nécessité de clarifier les sources de financement de l'usage des infrastructures pour aboutir à un système claire et juste", autant que "la volonté des professionnels du transport de participer à des solutions de financement équitables et pérennes". Les mots ont été choisis pour une sortie honorable.

Kenavo l'écotaxe

"Kénavo l'écotaxe" signent les bonnets rouges, dans un communiqué diffusé le 10 octobre. Le collectif "vivre décider et travailler en Bretagne" y "salue la suspension sine die du dispositif " mais annonce aussi qu'il veillera "au maintien de la gratuité des routes en Bretagne". Les bonnets rouges y expriment aussi le "temps perdu et l'énergie gaspillée sans parler de toutes celles et ceux que la justice poursuit alors que leur seul tort est d'avoir eu raison trop tôt". Enfin, le communiqué liste les dossiers toujours en cours, pour lesquels les réponses son inexistantes. Il y a d'abord celui de l'emploi et des fermetures de sites industriels, puis plus largement la question du dumping social ou de l'allègement des contraintes administratives et fiscales ou encore de la relocalisation des décisions en Bretagne et... la réunification de la Bretagne".

En Bretagne toujours, l'UGPVB (union des groupement de producteurs de viande en Bretagne) salue la décision du gouvernement et rappelle qu'il s'opposait à ce dispositif depuis 2008, considérant qu'il s'agissait là d' "un nouvel impôt sur le travail et non d'une taxe vertueuse à des fins écologiques". Dans son communiqué, l'UGPVB pointe aussi "les freins concernant le développement alternatif" qui selon l'organisation sont liés "au manque de compétitivité et de performance de la SNCF notamment"

Les fabricants bretons d'aliment du bétail, fédérés dans Nutrinoé, voient quant à eux dans la suspension "sine die" de l'écotaxe "un premier pas vers une relance de la compétitivité de l'élevage en Bretagne" et se satisfont que le gouvernement ait "pris conscience des conséquence économiques dramatiques qu'aurait eu l'écotaxe sur l'emploi, le tissu agricole régional et la compétitivité des productions animales en Bretagne".

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