Terra 18 juin 2015 à 08h00 | Par Arnaud Marlet

L'Europe peut-elle s'inspirer du Farm Bill ?

Lieu d'échanges et de réflexions sur les sujets d'actualité, le Conseil agricole départemental d'Ille-et-Vilaine (1) s'est réuni ce lundi soir pour aborder la question de la volatilité et de sa gestion. Avec deux témoins clés en la personne de Jean-Christophe Debar, expert de la politique agricole américaine et Christian Couilleau, directeur général du groupe coopératif Even.

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Jean-Christophe Debar. (© Terra) Christian Couilleau. © Terra Jean-Christophe Debar. © Terra

La volatilité, c'est LE sujet tendance du moment et qui risque bien de le rester pour les semaines, mois, voire années qui viennent, car sa gestion va être au cœur de toutes les discussions sur la PAC d'après 2020. D'ailleurs lundi soir à Noyal-sur-Vilaine, plus de 150 personnes se sont retrouvées pour écouter les exposés des intervenants et débattre de cette question. Mais derrière le mot volatilité, si le concept est le même pour tous, pour autant, les acteurs d'une même filière la vivent différemment. "Quand les assurances regardent les extrêmes de prix et leurs fréquences, les banques évaluent davantage des prix moyens annuels. L'agriculteur, lui, regarde le prix payé à la fin de chaque mois et dans ce contexte, il n'est pas simple, de se mettre d'accord sur les outils adéquats pour gérer cette volatilité", explique Christian Couilleau, directeur général d'Even.

Lutter contre la volatilité, pour Jean Christophe Debar, "c'est d'abord une stratégie d'entreprise". Depuis février 2014, les Européens lorgnent de l'autre côté de l'Atlantique et sur le fameux Farm Bill mis en place aux Etats-Unis. Une réforme radicale de la politique de soutien aux grandes cultures et au lait. Pour gérer les risques, les Américains ont plusieurs outils. "La gestion de la volatilité passe par le marché à terme utilisé surtout par les coopératives", estime Jean-Christophe Debar. Il existe aussi un système collectif de fixation du prix du lait à travers les marketing orders, créé à la fin des années 30, qui couvre environ deux tiers de la production et qui fixe des prix minima différenciés par débouchés. "Dans chaque bassin de consommation couvert par ce système, le prix du lait fait l'objet d'une péréquation et chaque producteur de lait reçoit, en moyenne, le même prix du lait (hors ajustements liés à la qualité et au coût de transport). En outre, les marketing orders fixent un prix minimum du lait boisson plus élevé dans les régions déficitaires en lait", ajoute l'expert de la politique agricole américaine. Mais la grande nouveauté du Farm Bill, c'est un filet de sécurité à plusieurs étages. Ainsi, le soutien des prix aux produits laitiers et les paiements directs ont été remplacés par une garantie de marge brute (2) qui permet aux agriculteurs qui participent à ce programme de recevoir une aide du département américain de l'agriculture (USDA). Pour bénéficier de cette garantie de marge dite "garantie catastrophe" (CAT), en raison de son faible niveau, le producteur ne paie qu'un droit administratif de 100 $.

"En harmonie avec les citoyens"

"S'il souhaite une garantie plus élevée, allant jusqu'au double de la garantie CAT qui est de 88,10 $/t, le producteur doit payer une cotisation dont le montant dépend du niveau de garantie choisi et du volume de production de lait couvert par le programme", poursuit Jean-christophe Debar. La grande "astuce", c'est d'avoir, dans certaines conditions, un système qui oblige l'USDA à acheter des produits laitiers au prix du marché, qui ne peuvent pas être stockés et doivent exclusivement être écoulés dans le cadre des programmes d'aide alimentaire aux personnes les plus démunies. "A l'OCDE, cette partie "aide aux plus démunis", n'est même plus considérée comme une aide agricole et cela permet d'être en harmonie avec les citoyens", constate Christian Couilleau, avec presque un brin d'admiration.

Un tel système serait-il applicable en Europe ? A priori difficilement car les règles budgétaires communautaires ne vont pas dans ce sens. Pour autant la PAC 2014 a créé "l'instrument de stabilisation des revenus". "Cet instrument, proposé aux Etats membres dans le cadre du 2e pilier et applicable à toutes les productions agricoles, offre une protection aux exploitations dont la marge brute globale tombe sous 70 % de la moyenne "olympique" des cinq années précédentes. Elle offre donc, à sa manière, une garantie catastrophe", estime Jean-Christophe Debar. D'où la nécessité de réfléchir collectivement aux outils que la profession veut voir se mettre en place, pour que d'ici deux ans ce projet soit porté dans le débat communautaire, en vue de la PAC d'après 2020. Et en attendant, la meilleure réponse à la volatilité reste sans doute la chasse à la valeur ajoutée.

 

(1) Le CAD regroupe historiquement la FDSEA, JA, la chambre d'agriculture, Groupama, Coop de France, la MSA et le Crédit agricole. Depuis quelques années, les travaux sont ouverts à tous les acteurs économiques qui souhaitent s'impliquer dans le développement de l'agriculture du département.

(2) La marge brute est définie par la différence entre le prix moyen du lait au niveau national et le coût d'une ration alimentaire théorique de vache laitière, calculée d'après les prix du maïs, du tourteau de soja et du foin de luzerne.

info

La semaine prochaine, Terra vous propose de retrouver le témoignage de Christian Couilleau, sur la gestion de la volatilité au sein du groupe Even et sa vision de l'agriculture bretonne pour les prochaines années.

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