Terra 08 décembre 2017 à 08h00 | Par Chantal Pape

L'UGPVB veut comprendre le fonctionnement des associations anti-viande

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Plusieurs mois se sont déjà écoulés depuis la diffusion de vidéos choc de leur élevages sur Internet. Quand bien même, Jean-Yves Bescond, producteur de porcs dans le Finistère, et Benoît Geslin, producteur d'œufs en Vendée, sont encore sous le choc. "J'étais anéanti, se souvient le premier, mis en cause en même temps que le pâté Hénaff. Ces images, dont la plupart n'ont pas été tournées chez moi, ne représentent pas la réalité mon élevage". "Dans ces moments-là, chaque minute dure une journée, rajoute Benoît Geslin. J'ai passé la matinée à répondre aux questions des journalistes. Je n'ai pu informer les 155 salariés de l'entreprise qu'à 11h". Et à ce jour, ni l'un ni l'autre ne savent qui a filmé ni surtout qui a facilité l'intrusion dans leur élevage, ce qui laisse la porte ouverte à toutes les suspicions...

Si ces deux producteurs ont été mis sur le devant de la scène médiatique, c'est toute la filière viande qui est aujourd'hui impactée par les agissements de L214. "Nos salariés se sentent humiliés, indique Yves Fantou, PDG de l'entreprise éponyme, spécialisée dans la découpe de bœuf, porc, agneau et veau, et président d'Interbev Bretagne. Et l'employée de l'accueil est régulièrement insultée au téléphone !"

L'arrêt de l'élevage

"En 10 ans seulement, cette association a réussi à remettre en cause un système alimentaire vieux de 300 000 ans", constate Hervé Le Prince. Et le spécialiste en communication stratégique de décrypter "cette machine de guerre", qui commence par dénoncer, "en montrant ce que personne n'est sensé voir", avant de médiatiser à outrance. "Plus c'est choquant et plus ça se vend". Vient ensuite le "service après-vente" des vidéos et la communication tous azimuts avant l'appel aux dons et à l'adhésion.

"De 5 000 € en 2007, le budget de L214 est passé à plus de 3 millions cette année", calcule Hervé Le Prince. Et les 40 salariés peuvent compter sur l'appui de 2 000 adhérents "actifs" réunis en groupes dans une cinquantaine de villes, sur les 29 000 qu'affiche l'association. Forte de ce soutien, elle peut ensuite peser pour orienter la consommation. "En 12 mois seulement, L214 est parvenu à ce que 70 des 100 plus grandes entreprises de l'agroalimentaire s'engagent à ne plus utiliser d'œufs cage d'ici 2020-2025". Une influence qui s'étend jusqu'aux politiques, l'objectif de l'association étant de légiférer. "N'oublions pas que le véganisme est la face acceptable de leur radicalité : la finalité de L214 est bien l'arrêt de l'élevage".

De gauche à droite : Jean-Hervé Bescond, producteur de porcs dans le Finistère, Benoît Geslin, PDG des œufs Geslin (85), et Yves Fantou, président d'Interbev Bretagne.
De gauche à droite : Jean-Hervé Bescond, producteur de porcs dans le Finistère, Benoît Geslin, PDG des œufs Geslin (85), et Yves Fantou, président d'Interbev Bretagne. - © C.Pape

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"On a trop pensé que le régime omnivore allait de soi". Directeur de l'association Produit en Bretagne, Malo Bouessel du Bourg estime qu'élevage et agroalimentaire paient leur "impréparation" et qu'il y a désormais urgence à agir. Une analyse que partage Michel Bloc'h, le président de l'UGPVB. "Avec les chambres d'agriculture, Agriculteurs de Bretagne, Produit en Bretagne, Interbev et l'ABEA, nous avons entamé une réflexion sur la relation homme/animal. Mais aussi sur la nécessité de notre présence sur les réseaux sociaux".

"Ouvrez vos exploitations, rajoute Samuel Petit, rédacteur en chef du Télégramme. Expliquez ce que vous faites". Un conseil qui s'adresse aux éleveurs mais aussi aux industriels de l'agroalimentaire. "Tout ce qui est fermé nourrit la méfiance".

"Mais n'attendez pas de nous que nous ne parlions pas de ces associations dans nos journaux, affirme François-Xavier Lefranc, rédacteur en chef du Ouest-France. Quand un sujet traverse la société, c'est notre travail que de le traiter".

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