Terra 04 septembre 2014 à 08h00 | Par J.Dubé

La Bretagne perd 3000 vaches allaitantes chaque année

Hervé Denis et Thierry Duval viennent l'un comme l'autre d'accéder à de nouvelles responsabilités régionales ou nationales. Producteurs de viande bovine, ils étaient la semaine passée acteurs des actions syndicales chez Leclerc. Terra les a sollicités. L'occasion d'un point sur les questions d'actualité de la filière viande bovine.

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Hervé Denis   Président de la section bovine Finistère et FRSEA, il développe un atelier de 80 vaches allaitantes en naisseur, un atelier d'engraissement de porcs, et 1500 m2 de poulets  de chair. © terra Thierry Duval  Président de la section bovine FDSEA Morbihan, élu cet été au bureau de la FNB et vice-président d’Interbovi Bretagne, il développe un atelier de 70 VA naisseur engraisseur limousines, un poulailler © terra

La semaine passée, les départements ont mené une action vers la grande distribution en ciblant particulièrement Leclerc. Quelles questions soulevez-vous ? Pourquoi maintenant ?

Hervé Denis. Les producteurs sont au bout du rouleau. 3000 vaches allaitantes disparaissent chaque année dans notre région. En moyenne en Bretagne, les éleveurs tirent un revenu de 7 €/h de leur atelier de viande bovine, alors que le SMIC brut est à  9,53 € /h. Dans le même temps, on trouve sur les étalages de Leclerc de la viande venant de pays étrangers vendue sous le logo Viande Bovine Française. Comment peut-on exiger auprès des éleveurs toujours plus de qualité, de traçabilité, leur imposer toujours plus de contrôles et ne pas valoriser tout le travail réalisé auprès des consommateurs ? Les consommateurs français veulent connaître l’origine de leurs aliments, à chaque maillon de la chaîne d’assurer un étiquetage précis et fiable ! Il faut également permettre une répartition des marges entre les acteurs au regard des efforts réalisés par chacun pour répondre aux demandes des consommateurs français !

Est-il encore possible de construire des relations équilibrées avec la grande distribution ? Comment ?

Thierry Duval. C'est compliqué. La grande distribution est toujours orientée vers l'achat au prix le plus bas. A chaque négociation, une seule chose compte pour elle : le prix, le prix. A aucun moment, on ne tient compte du coût de production des maillons précédents. On négocie, on achète le moins cher, c'est tout.

Pour que cela puisse évoluer il faudrait mieux faire connaître le rôle de chacun : du producteur jusqu’au consommateur et tout mettre en œuvre pour une meilleure connaissance, une plus grande transparence. Elle existe au niveau de la production et de l'abattage, mais on perd l'information dès qu'on sort de l'abattage.

 

Des mentions viande française produite en Irlande ou en UE sont apparues ces dernières semaines. L'étiquetage des viandes est-il fiable ?

Hervé Denis. Le consommateur risque d'être effectivement perdu. La section régionale se concentre sur le "manger français". Il faut éviter de multiplier les appellations et de créer le doute pour le consommateur.

Lors de la dernière action de la FNB, des CRS attendaient les agriculteurs devant les frigos de chez Leclerc. Qu’y avait-il à cacher qui mérite de mobiliser des moyens publics pour défendre des intérêts privés. Cela ne pourra pas perdurer. Il vaudrait mieux se mettre autour de la table et discuter.

Thierry Duval. C’est à se demander si le gouvernement souhaite vraiment agir pour le "made in France". Ne défend-il pas d’autres intérêts aux dépens de l’économie française ? Aussi, l’'interprofession doit travailler sur l'étiquetage d’origine. On doit informer le consommateur, c'est l'acteur principal de la chaîne alimentaire. Ensuite, le consommateur choisira en connaissance de causes. L'interprofession a les moyens de relever ce défi. Elle doit prendre ce dossier à bras le corps et le ministre sera, ainsi, incité à suivre les actions de la filière dans son ensemble. Il faut savoir que la grande distribution a des postes à l'interprofession mais qu'elle n'y siège que très rarement.

 

Une rencontre avec Michel-Edouard Leclerc a été obtenue …

Thierry Duval. Il va écouter. Il le fait très bien. Mais va-t-il réagir à nos arguments ?

Dans ce genre de situation, chacun défend son intérêt. Lui, c'est le prix le plus bas, pour s’afficher en tant que défenseur du pouvoir d'achat. A mon avis, C'est plus l'organisation de la filière ou l'interprofession qui peut l’inciter à écouter.

Hervé Denis. Au regard de tels comportements, j'invite chaque agriculteur à lui-même contrôler et faire remonter ses observations à son syndicat départemental, que l'on puisse réagir et agir. Ce débat pose question : si l'on privilégie la viande étrangère, que vont devenir nos outils d’abattage français  ? Pourquoi discuter et dépenser autant d'énergie sur le maintien d'abattoirs en Bretagne si l'ambition est de faire entrer demain encore plus de viande européenne ?  Les conséquences sur l'emploi sont claires, ainsi que sur l'installation et le renouvellement des générations. La majorité de la production est réalisée par des éleveurs qui ont plus de 50 ans, il faut prendre le taureau par les cornes et redonner de la lisibilité.

Comment percevez-vous aujourd'hui le fonctionnement de cette filière viande bovine ?

Thierry Duval. Il faudrait que les différents maillons de la filière se comprennent, du producteur au consommateur sans oublier la restauration privée et publique.. L'interprofession a travaillé sur les questions de transparence, la traçabilité à l'abattage, les transmissions pesées, les classifications, la standardisation des produits. Elle doit maintenant se pencher sur le produit transformé, fini, prêt à l'emploi. Elle doit également travailler pour redonner de la lisibilité à l'éleveur, au jeune qui s'installe. Il faudrait envisager un contrat tripartite producteur, abatteur, et commerçant, Les organisations économiques doivent y travailler, pour plus de transparence. On y arrive dans les filières de qualité, il faut le développer pour l’ensemble des viandes, je suis certain que c'est possible. On ne peut plus produire de la viande standardisée sans savoir pour qui et à quel prix.

Les volumes de viande bovine d'origine laitière devraient plutôt être en baisse sur les marchés. Quelles conséquencess sur les prix ?

Thierry Duval. Il ne faut pas tomber dans la facilité de penser que suppression des quotas équivaut à augmentation de la production laitière. Il n'y a pas de diminution du nombre de vaches laitières à vendre. Aujourd'hui, on a plutôt un flux positif, par rapport à la demande des abatteurs. Depuis 2 ans, l'effectif bovin lait a augmenté de 2 % tous les ans, pour justement préparer la sortie des quotas. Depuis 5 ans l'élevage allaitant baisse de 1 à 2 % par an, jusqu'à 4 % certaines années.  Au final, cela fait 15 % en moins sur 5 ans. L'éleveur laitier ne pourra pas, indéfiniment, augmenter le nombre de vaches à traire. Il arrivera à un niveau de stabilité dont nous ne sommes pas très loin aujourd’hui. Malheureusement, la race à viande continue de disparaître.

Aujourd'hui, la transformation se concentre beaucoup sur le steak haché. La vache laitière est le minerai essentiel pour son élaboration. Mais que fait-on des races à viande ?  De temps en temps, on introduit de la race à viande pour faire du steak haché, au même prix que les réformes laitières. Et au final, cela fait descendre le prix payé aux éleveurs de race à viande.

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