Terra 04 février 2016 à 08h00 | Par Claire Le Clève

La crise touche aussi les ETA

Agrandissement des exploitations oblige, l'activité des 941 entreprises de travaux agricoles bretonnes est repartie à la hausse et elles recrutent. Ombre au tableau, la crise des filières agricoles ne les épargne pas. Elles l'ont soulignée, vendredi dernier à Lorient, lors du congrès régional d’Entrepreneurs des territoires (EDT). Pourtant, il y a de bonnes raisons de croire en l'avenir de l'agriculture bretonne.

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Pour animer ce congrès régional, Frédéric Jan, président d'Entrepreneurs des territoires Bretagne et Gérard Napias, président national d'EDT.
Pour animer ce congrès régional, Frédéric Jan, président d'Entrepreneurs des territoires Bretagne et Gérard Napias, président national d'EDT. - © Terra

"Nous espérons que des jours meilleurs vont arriver", ne cache pas Frédéric Jan, président d'EDT Bretagne. "Quand l'élevage a des problèmes, dans les trois mois qui suivent, les prestataires de service éprouvent à leur tour des difficultés", poursuit-il. Un effet boule de neige dont se passerait bien la profession. Car les exploitations bretonnes délèguent, de plus en plus volontiers, leurs travaux des champs. Une conséquence directe de l'évolution récente des structures mais pas seulement. "Les exploitants ont bien compris que nous confier leur travaux leur permet également de faire baisser leurs charges de mécanisation". Un élément essentiel du coût de revient sur lequel il faut veiller précisera Vincent Chatellier (lire encadré). Pour faire face à plus d'activités, les ETA bretonnes ont donc recruté 700 salariés supplémentaires en cinq ans pour atteindre 4 274 salariés (soit 13 % de ceux de la production agricole), dont 2 524 équivalents temps plein.

Solidaires dans la réussite comme dans les difficultés

Et même si la baisse du gasoil a redonné un peu d'oxygène aux trésoreries, les impayés et les reports de créances augmentent avec la crise vécue par l'agriculture. "Ces créances représentent 20 % du chiffre d'affaires de nos entreprises qui a crû de 8 % en 2014. En trois ans, les délais moyens de paiements sont passés de 70 à 76 jours", alerte Frédéric Jan . "Nous sommes solidaires de nos clients agriculteurs, dans la réussite mais aussi dans leurs difficultés". Mais la situation fragilise. D'autant que la rentabilité du secteur se dégrade depuis 2010. Elle est passée de 3 à 0,8 % d'un chiffre d'affaires s'élevant en Bretagne à 450 millions d'euros en 2014 (pour 200 millions d'euros d'investissement). Pour aider les trésoreries mises à mal, Entrepreneurs des territoires a sollicité des mesures d'urgence portant sur les cotisations sociales auprès de la MSA. Elle se tourne également auprès de la Région qui a revu ses aides à la baisse. "On demande juste l'équité en matière de subventions. Un euro pour les Cuma doit correspondre à un euro pour les ETA. On a de tels niveaux d'investissements ! Nous recrutons, nous avons un rôle économique important sur nos territoires, nous sommes un laboratoire du monde agricole pour nos équipements", plaide ce dirigeant dont l’entreprise est située à Pluneret, dans le Morbihan. Et pas question de perdre espoir. "L'inquiétude des agriculteurs, c'est aussi la nôtre, alors nous avons besoin de nous rassurer, d'espérer. Vincent Chatellier le démontre, on a tous les atouts en Bretagne".

 

Vincent Chatellier : "il y a de l'avenir pour le lait en France 
en dépit de cette crise conjoncturelle".
Vincent Chatellier : "il y a de l'avenir pour le lait en France en dépit de cette crise conjoncturelle". - © Terra

Agriculture, les bonnes raisons d'y croire

La France décroche-t-elle par rapport à ses concurrents européens et mondiaux ? "On n'a pas subitement décroché en compétitivité dans le lait par rapport aux autres. La volatilité touche tout le monde", résume Vincent Chatellier, directeur du laboratoire études et recherche en économie - Lereco - de l'Inra à Nantes. "Le positionnement de la France reste encourageant dans une crise qui est mondiale. Cette crise s'arrêtera. L'Europe produit trop de lait, c'est surtout elle qui est responsable des excès. Il y a de l'avenir pour le lait en France en dépit de cette crise conjoncturelle", pointe-t-il, un brin provocateur. Les raisons de croire en demain sont simples dans un territoire béni des dieux pour l'agriculture. C'est en premier lieu une demande mondiale, croissante, en matière de produits alimentaires. Les contributions de l'agriculture se diversifient. Normes, traçabilité et segmentation joueront un rôle plus déterminant. La contractualisation se renforce, les entreprises se concentrent et la France est capable de dynamiser ses exportations. Au rang des défis à relever. "La technique est et restera un levier de la compétitivité. En Bretagne, le coût alimentaire est très bon parce qu’on a une production fourragère. Mais on sur-compense cet atout par des charges de mécanisation trop élevées. Il faut écraser ces coûts fixes en les externalisant ou en les partageant et en faisant attention aux technologies. C'est bien mais choisissez votre moment pour qu'il n'y ait pas de décalage entre investissements et volumes produits", détaille l'économiste.

 

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