Terra 29 octobre 2015 à 08h00 | Par Emmanuelle Le Corre

La filière volaille renoue avec les perspectives

Une porte ouverte s'est déroulée à Tréguidel (22) chez Damien Hélary, éleveur de poules reproductrices. L'occasion pour le couvoir Perrot de passer un message aux pouvoirs publics sur les besoins en investissements de la filière volaille. Une filière avec des perspectives de reconquête du marché intérieur, où 40 % du poulet consommé est importé.

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Bâtiment en béton, semblable aux élevages du nord de l'Europe. © Terra Dominique Perrot, patron du couvoir Perrot et Damien Hélary, éleveur de poules reproductrices à Tréguidel. © Terra

Damien Hélary, éleveur de poules reproductrices, vient de finaliser l'agrandissement de sa propre exploitation avicole. À 26 ans, le jeune agriculteur est à la tête d'un poulailler repro de 3 000 m² et porte sur les épaules l'équivalent d'un million d'euros d'investissements. Damien Hélary a auto-contruit son élevage, un élevage inspiré des exploitations du nord de l'Europe. En 2013, il construit son premier bâtiment en béton, constitué de panneaux béton isolé préfabriqué (5 cm d'isolant). "À l'époque, il est le premier à construire ce type de bâtiment, que l'on retrouve plutôt en Europe du nord", décrit Dominique Perrot, patron des couvoirs Perrot, spécialiste français de la production de poussins d’un jour, destinés au marché de chair et partenaire du projet. "Ce type de bâtiment normalement, clé en main, s'élève à 1,3 million d'euros" , précise-t-il. Or le projet d'élevage, avec 3 millions d'œufs à couver par an produits, s'est monté avec des aides du couvoir Perrot et de la Région Bretagne. Un projet de recherche de deux ans est en place impliquant le couvoir Perrot, l'Anses et l'Itavi avec des études menées sur l'ambiance, les performances et le bien-être. Au final, Damien Hélary gère seul avec un salarié à mi-temps une exploitation qui accueille au total 20 800 poules et 1 800 coqs. Ce type de bâtiment a pour objectif de répondre aux évolutions de souches et répondre aux attentes sociétales. "En 2016, un tiers du parc passera en bâtiment dynamique obscur", indique Vincent Leclerc, responsable de production chez Perrot.

Une filière en attente de dynamisme

"Premier producteur de volailles en Europe en 2014, la France est aujourd'hui dépassée par la Pologne", constate Dominique Perrot. La France peu présente sur le segment des découpes destiné au marché 1er prix, à la restauration et à l'industrie, a perdu du terrain face à ses concurrents. Mais si le projet chez Damien Hélary a vu le jour, c'est qu'il existe dans la filière volaille un essor de la demande. "Le marché est porteur", analyse le patron du couvoir, "mais l'augmentation de la consommation française a surtout profité au poulet d'importation. 40 % du poulet consommé par les Français est importé".

La bonne nouvelle, selon Dominique Perrot, est l'émergence d'une volonté de reconquête. "Après une grosse restructuration dans le secteur, Terrena/Gastronome et LDC tendent à donner une vision. On sent plus de perspectives", estime-t-il. Le but des acteurs de la filière est de reconquérir le marché intérieur français en produisant un poulet standard à prix compétitif, tout en gardant la dynamique du marché sous signe de qualité. Or la filière française a de gros retards d'investissements à combler pour se remettre à niveau.

Le problême de l'accompagnement des banques

Cette dynamique se traduira chez les éleveurs en contrat de prestation avec le couvoir Perrot par l'augmentation en 2016 de 10 000 m² supplémentaires en poussinières et de 9 000 m² sur trois ans en élevages ponte-reproduction. Dans le cas de Damien Hélary, la Région a versé une aide de 40 000 € dans le cadre du plan bâtiment PCAEA, un dispostif jugé insuffisant par Dominique Perrot, compte tenu la hauteur de l'investissement. S'agissant du prêt bancaire et des garanties, le couvoir a signé un contrat de quinze ans avec le jeune agriculteur, le temps de la durée du prêt, plus une aide financière de 48 €/m² sur quinze ans pour un bâtiment neuf. Son père, lui-même éleveur pour le couvoir Perrot, s'est porté caution auprès de la banque.

Mais qui pour soutenir les investissements dans le contexte actuel ? Michel Morin, vice-président du conseil régional, n'hésite pas à pointer du doigt la frilosité des banques, et de lancer un appel à la solidarité du réseau bancaire. Et même si la Région détient un partenariat avec la banque publique d'investissement (BpiFrance) au travers d'un fonds régional de garantie, le prêt s'adresse aux entreprises dont le chiffre d'affaire dépasse 750 000 €. "Il y a un vrai souci d'accompagnement par les banques. Il faut que le système bancaire soit innovant, adapté à la réalité", conclut Dominique Perrot.

Le couvoir Perrot

Salariés : 66

Chiffre d'affaires : 31 M€

Production : 1 700 000 poussins par semaine

60 éleveurs en contrat d'intégration : surface de 135 000 m² (poussinière et élevage ponte-repro)

Produits : poussins de chair et œufs à couver de types classiques (85 %), label, certifié et fermier.

Le couvoir Perrot (fondé en 1960) basé à Pommerit Jaudy fournit 10 % du marché national.

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