Terra 09 novembre 2017 à 08h00 | Par François Guillaume, GDS Bretagne

La Néosporose, 1re cause d’avortements infectieux en Bretagne

La néosporose est la première cause d’avortements infectieux chez les bovins en Bretagne. Cette maladie est due à Neospora caninum, un parasite protozoaire. Il n’y a pas en France de vaccin ou de traitement pour lutter contre cette maladie. Les mesures prophylactiques sont donc exclusivement sanitaires.

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Deux voies de contamination sont actuellement reconnues pour les bovins : la contamination horizontale et la contamination verticale. (© Terra) Le cycle parasitaire de la néosporose © Terra Fréquence de détection des maladies ayant une imputabilité "possible" ou "forte"  Période du 01/07/2016 au 30/06/2017 dans le cadre du protocole "Avortements répétés" de GDS Br © Terra


Le cycle parasitaire

Le cycle parasitaire de Neospora caninum est partiellement connu. Il fait intervenir essentiellement deux hôtes   : le chien comme hôte définitif et le bovin. Deux voies de contamination sont actuellement reconnues pour les bovins.

-  La voie de contamination horizontale (10 % des vaches infectées). La vache ingère, mélangés à sa nourriture, des excréments de chien infecté qui contiennent le parasite.

- La voie de contamination verticale (90 % des vaches infectées). Le bovin est contaminé in utero par sa mère, elle-même parasitée à vie.

Aucun autre mode de contamination n’est connu chez les bovins.

La sensibilité et le rôle épidémiologique de la faune sauvage sont mal connus. La contamination par le renard n’a jamais été prouvée scientifiquement.

Son coût n’est pas négligeable tant par ses conséquences sanitaires que par les moyens de contrôle à mettre en œuvre. Il est alors primordial de bien définir les causes exactes de la contamination afin d’appliquer les méthodes adaptées.



La maladie chez les bovins

En dehors des avortements, les vaches ne présentent généralement aucun symptôme lors de l’infestation. Les animaux porteurs ne présentent globalement pas, ou très peu, de baisse de performance ; ils présentent parfois des troubles de la reproduction.

Lors d'une contamination dite "horizontale", tous les animaux du même lot sont parasités au même moment. Les avortements peuvent être nombreux, et ce, quels que soient les rangs et stades de gestation.

Les vaches contaminées par voie verticale avortent moins et généralement au 2e tiers de gestation. En revanche, plus de 65 % des veaux naissent porteurs (47 % si la mère a été initialement contaminée par voie horizontale). Occasionnellement, des veaux peuvent naître avec des affections neurologiques.

 

Les moyens de lutte dans un élevage contaminé

Il n’existe à l’heure actuelle ni vaccin, ni traitement contre la néosporose. La prévention repose sur des mesures sanitaires et sur l’assainissement.

- Veiller à ce que les chiens ne consomment pas de placentas et n’aient accès ni aux aliments ni au logement des bovins afin d’éviter les déjections.

- Veiller à ce que les placentas et avortons soient ramassés et détruits.

- Réformer les animaux séropositifs selon un ordre de priorité : les nullipares séropositives, puis les vaches selon leur mode de contamination (dans l’ordre : vertical, inconnu et horizontal). Un historique d’avortement est un motif supplémentaire.

- Tester les génisses par prise de sang à la naissance avant buvée de colostrum ou après 6 mois d’âge.

- Effectuer du croisement industriel afin de conserver les vaches pour la lactation et de valoriser les veaux à la vente. Afin de conserver le patrimoine génétique, une vache séropositive peut être donneuse d’embryons mais pas receveuse.

- Demander un test sérologique néosporose à l’introduction d’animaux.

Un dépistage, partiel ou complet selon les cas, la connaissance de l’historique du troupeau et du contexte épidémiologique permettent d’établir une stratégie de réforme et de reproduction adaptée à l’élevage.

- © Terra

"Ne pas attendre que la situation se dégrade"

La néosporose étant la première cause d'avortements infectieux chez les bovins en Bretagne, le groupement de défense sanitaire (GDS) invite les éleveurs à être très vigilants sur la gestion des délivrances. Hervé Radenac, responsable de ce dossier au GDS Bretagne, revient sur les actions engagées et livre quelques conseils aux éleveurs.

Comment expliquer que l'on constate une hausse des cas de néosporose ?

Hervé Radenac.Tout d'abord, le cycle de développement de la néosporose passe par plusieurs hôtes, le chien étant l’un des plus importants. On pense que le renard en est aussi un vecteur. Toutefois, malgré les recherches menées en collaboration avec les fédérations de chasse, on ne trouve pas de renards porteurs de la néosporose. Le nombre de cas détectés est un peu plus important ces temps-ci, mais c'est peut-être le résultat de notre volonté de sensibiliser les éleveurs à cette problématique. Peut-être y a-t-il aussi une hausse du commerce en ce moment et, étant donné qu'on conseille aux éleveurs de faire des analyses avant d'acheter des animaux...

Quel est l'accompagnement du GDS sur ce dossier ?

H.R. À partir du deuxième avortement en deux mois, les frais d’analyses engagés sont remboursés à 80 % du HT. Idem pour les analyses de recherches et suivi néosporose, après accord. Tout dépend de l'importance de la néosporose dans l'élevage. Dans le cas de la mise en place d'un protocole, on réalise d'abord une recherche dans la lignée de parenté puis, dans un second temps, sur les contemporaines, c'est-à-dire sur les animaux de la même génération. Un animal porteur peut continuer sa lactation sans problème. Il peut être réinséminé ; on conseille alors de réaliser l'insémination avec un taureau croisé viande. Si l'éleveur ne garde pas l'animal, il peut l'engraisser et l'envoyer à l'abattoir. Si beaucoup de bovins sont concernés et qu'un engraissement n'est pas possible, il existe un volet de compensation. Par ailleurs, comme on l'a fait pour la diarrhée virale des bovins (BVD), on est en train de promouvoir un statut de cheptel sur la néosporose qui devrait voir le jour d'ici deux ans.

Quels conseils peut-on donner aux éleveurs ?

H.R. Le premier conseil à donner à l'éleveur, c'est de bien déclarer ses avortements. Il ne faut pas attendre que la situation se dégrade car, plus on attend, plus la casse sera importante. L'autre point, c'est de garder un œil sur les chiens au moment des vêlages et de bien gérer la gestion des délivrances. L'idéal, c'est de placer le placenta dans un bac et de le recouvrir de chaux. Un plan d’assainissement vis-à-vis de la néosporose comprend nécessairement la recherche des bovins séropositifs et la mise en place de mesures d’élevage. Une vache séropositive a 3 à 5 fois plus de chance d’avorter qu’une vache indemne. Selon les possibilités, leur réforme plus ou moins rapide est nécessaire. Leurs veaux ne doivent pas être conservés pour la reproduction.

Propos recueillis par Arnaud Marlet

Le chien, un hôte définitif

Le chien est un hôte définitif. Il se contamine en mangeant des avortons ou des placentas parasités. Il excrète ensuite le parasite sous forme d’ookystes dans ses crottes. Ces ookystes sont très résistants dans le milieu extérieur. Ce sont plutôt les jeunes chiens qui excrètent, pendant une période relativement courte de quelques jours à quelques semaines.

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