Terra 18 février 2016 à 08h00 | Par Paul Jégat

La profession suspendue aux réponses de Manuel Valls

Point d'orgue des mobilisations de ces derniers jours, le blocage des accès à la capitale bretonne mercredi par des centaines d'agriculteurs venus de tout l'Ouest donne la mesure de l'impatience d'éleveurs qui ne voient toujours pas venir la moindre réponse à leurs craintes de ne plus pouvoir faire face à leurs difficultés financières. Alors qu'à Bruxelles, on continue de tergiverser, mercredi les regards étaient portés sur Paris et Rennes, point de rencontre de plus d'un millier de tracteurs convergeant de tout l'Ouest.

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Mercredi matin, dès 11h, plus de 1 000 tracteurs pénètrent sur la rocade de Rennes, vide de voitures, le long de ses 31 km. (© terra) Vendredi dernier, devant la chambre d'agriculture de Quimper, la consternation après les saccages de la nuit. © terra A l'initiative de la FDSEA et des JA 35, des éleveurs ont accompagné l'un des leurs jusqu'à la maison d'arrêt de Vezin Le Coquet afin qu'il soit incarcéré "pour vente à perte&qu © terra Lundi, des éleveurs FDSEA-JA des Côtes d'Armor ont visité successivement trois sites de l'entreprise Kermené (groupe E. Leclerc) afin de vérifier l'origine des viandes incorporées dans les pré © terra

Ce n'est plus seulement une question de justice sociale ou d'équité avec les autres professions, mais une question de survie. Partout sur les lieux de rassemblements des exploitants, la seule crainte désormais exprimée est celle de devoir renoncer à un métier exercé à perte, où chaque jour qui passe vient creuser un peu plus une trésorerie exangue. La semaine dernière, à l'initiative des FDSEA et JA bretons, ils ont ainsi été des centaines à faire entendre leur désarroi sur les parkings des grandes surfaces et devant les plateformes logistiques, tandis que d'autres poussaient leurs investigations jusqu'à visiter quelques entrepôts pour y débusquer des produits alimentaires importés...et en trouver, quitte à aller directement à la rencontre des auteurs de ces achats pour entendre leurs explications. A plusieurs reprises, on a ainsi frôlé des débordements malheureux, en Côtes d'Armor lundi, ou en Finistère la semaine précédente.

Au bout du bout
Ailleurs, au détour d'un rond point routier partiellement bloqué à la circulation, comme c'était le cas à Vannes lundi, les agriculteurs mobilisés ont pu échanger avec les automobilistes sur les raisons de leur colère. En Ille et VIlaine, le choix avait été fait d'organiser des actions à portée symbolique, comme s'allonger dans l'allée centrale d'une grande surface ou simuler une incarcération dans la prison de Vezin Le Coquet "pour délit de vente à perte". Mais, parfois, cette colère a pu s'exprimer de manière beaucoup moins organisée à l'occasion d'actions commando menées ici et là, sans concertation et sans mot d'ordre...au risque de dérapages douloureux. Ainsi, à Quimper, où des agriculteurs s'en sont pris à la chambre d'agriculture du Finistère ! Interprétés comme des actes de détresse, ces agissement en disent long sur le niveau des attentes d' éleveurs arrivés "au bout du bout" comme n'hésitaient pas à le remarquer vendredi dernier plusieurs responsables agricoles finistériens, encore choqués que la maison des agriculteurs ait été prise pour cible.

Il n'était pas certain que la réponse de Manuel Valls, attendue ce mercredi à l'issue du conseil des ministres, parvienne à contenter toutes les attentes. Ce jour là, ils auront été des centaines à démontrer qu'ils ne se contenteraient pas de simples annonces.

Paul Jégat

La liste des attentes

"Nous attendons de pied ferme des annonces à la hauteur des enjeux à l'issue du conseil des ministres du 17 février : des mesures simples et efficaces et pas de grandes annonces sans suite concrètes. Nous attendons un réel engagement du gouvernement pour faire de l"agriculture une cause nationale" avertissaient  FRSEA et JA Bretagne dans un communiqué commun du 12 février. Le texte énonçait très précisément "la concrétisation des annonces faites sur la sortie du décret de l'étiquetage d'origine, la baisse de 10 points de charges sociales pour tous les agriculteurs, l'obtention à Bruxelles d'outils de gestion de crise efficaces". Mais le communiqué étendait la liste des attentes professionnelles à "un meilleur encadrement des relations commerciales permettant aux producteurs de ne plus vendre leurs produits en dessous du prix de revient et de vivre de leur métier, des simplifications administratives, normatives et réglementaires, une compensation des distorsions de concurrence sociales, fiscales et environnementales, tant qu'elles ne peuvent pas être supprimées".

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