Terra 10 mars 2016 à 08h00 | Par Chantal Pape

La Sica innove et segmente pour faire face aux campagnes difficiles

Les campagnes se suivent et ne se ressemblent pas... Si 2014 a été une année dramatique pour les légumiers, 2015 s'est mieux déroulée. Mais la douceur de l'automne et de l'hiver ont à nouveau brouillé les cartes en ce début d'année. Pour faire face à ces aléas et ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier, la Sica de Saint Pol (29) mise plus que jamais sur l'innovation et la diversification.

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De gauche à droite : Jean-Michel Péron, secrétaire général adjoint de la Sica de Saint Pol, Jean-François Jacob, président, Marc Kérangueven, secrétaire général, et Olivier Sinquin, directeur.
De gauche à droite : Jean-Michel Péron, secrétaire général adjoint de la Sica de Saint Pol, Jean-François Jacob, président, Marc Kérangueven, secrétaire général, et Olivier Sinquin, directeur. - © Terra

À 165 millions d'euros, le chiffre d'affaires légumes de la Sica de Saint Pol est en hausse de 11 % sur la campagne 2014/2015. "Mais la campagne précédente avait été dramatique, rappelle Jean-François Jacob, le président. Cette hausse ne permet même pas de retrouver le niveau d'une année normale".

Des inquiétudes en échalote

Pour autant, la campagne s'est globalement bien passée, avec un prix du chou-fleur remonté à 0,53 €/tête, une bonne saison en petit violet, oignon, tomate ou endive. "Par contre, l'année a été noire en échalote, rajoute Marc Kérangueven. Les volumes commercialisés ont été un peu supérieurs, 25 200 t contre 22 000 t l'année précédente. Mais, à 0,08 €/kg, le prix moyen a été catastrophique. En deux campagnes, on a perdu 90 % du chiffre d'affaires".

Et le secrétaire général de la Sica de dénoncer la concurrence de l'échalote de semis. "Complémentaire de la gamme d'hiver, l'échalote est une culture indispensable pour la zone légumière". Avec un prix moyen de 0,38 €/kg à fin janvier, la campagne en cours se déroule mieux. "Mais nous restons inquiets quant au devenir de la vraie échalote".

Un hiver trop doux

"2016 s'annonce compliquée". Si l'assemblée générale, qui se tiendra demain à Saint Pol de Léon, permet de faire le bilan de l'année écoulée, elle jette aussi un premier regard sur la campagne en cours. "L'automne et l'hiver ont été très doux, pénalisant tous les légumes. Et l'embargo russe nous prive de 20 % de nos débouchés pour le chou-fleur", rappelle Jean-François Jacob.

Rechercher de la valeur ajoutée

Face à cette situation difficile, la Sica entend plus que jamais poursuivre sa stratégie de diversification, synonyme de recherche de valeur ajoutée, via l'innovation et la qualité. "Multiplier les produits est compliqué à gérer, reconnaît le président, en évoquant les quelque 70 000 références Prince de Bretagne. Mais cette gamme, la plus segmentée d'Europe, c'est aussi ce qui fait notre force". Car pas question pour les Bretons de s'engager dans une bataille des prix. "Avec le shii také de Chine, la pomme de terre d'Israël ou le mini-légume d'Afrique du Sud, le marché du légume est mondialisé. Et, rien que par rapport à nos concurrents européens, notre écart de compétitivité se chiffre à 30 %".

Exporter

Pour tirer leur épingle du jeu, les légumiers finistériens comptent aussi sur l'export, où s'écoulent déjà 50 % des volumes produits. "À chaque fois, nous essayons d'avoir trois à quatre places majeures pour ne pas être déstabilisés en cas de problème". Avec quelques belles réussites, comme le chou-fleur. Et d'autres légumes, comme l'artichaut, qui ne s'exportent que très peu. "En tomate, non plus, on n'arrive pas à aller au-delà des 10 %", constate Jean-François Jacob. En cause : un coût de production "40 à 50 % plus élevé que les pays du Nord de l'Europe. Mais la cogénération, qui devrait équiper 80 % de nos serres d'ici la fin de l'année, devrait nous permettre de gommer une partie de cet écart, en réduisant la facture de chauffage".

Bientôt deux nouvelles stations ?

À la Sica, la réflexion sur les stations de Vilargren et Cléder-Plouescat a démarré en 2007. "Remplacer huit stations va nous permettre de gagner en logistique. Mais aussi d'avoir des installations frigo moins gourmandes en énergie et plus performantes". Et de disposer de place pour conditionner tous les produits de diversification, développer les lignes d'unités-consommateurs, dont la progression suit celle du Drive...

Mais, suite à des recours de riverains, les travaux n'ont toujours pas commencé ! "Ce qui commence à hypothéquer notre avenir, ne cache pas Jean-François Jacob. Le retard nous coûte 5 centimes de la tête de chou-fleur. Et le calcul pourrait être fait sur l'ensemble de la gamme".

À Vilargren, après révision du PLU, le permis de construire a été obtenu en novembre 2015. La Sica a bon espoir de voir le dossier évoluer favorablement. "Mais je ne me prononce plus sur une éventuelle date de début des travaux..."

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