Terra 20 février 2013 à 13h59 | Par C.Pape

Lait, porc, volailles - Les producteurs crient leur désarroi

Venus lundi soir à Saint Ségal rencontrer leurs parlementaires, les producteurs finistériens ont laissé éclater leur colère : face à des hausses de charges insupportables, ils se sentent abandonnés.

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Lundi soir, la tension était forte à Saint Ségal, où près de 400 producteurs avaient répondu à l'invitation de la FDSEA et de JA.
Lundi soir, la tension était forte à Saint Ségal, où près de 400 producteurs avaient répondu à l'invitation de la FDSEA et de JA. - © TERRA


C'est la seconde fois que FDSEA et JA 29 réunissent leurs producteurs. Le 4 février, ils étaient plus de 300 à houspiller des représentants des laiteries qui s'avouaient incapables de passer des hausses auprès de la grande distribution. Quinze jours plus tard, ils étaient encore plus nombreux, dont une forte proportion de jeunes. Et le ton est monté d'un cran, les producteurs ayant bien du mal à garder leur calme. "On est passionnés par notre boulot. Mais comment faire pour payer nos factures", s'emporte cet éleveur, la voix brisée par l'émotion, et qui n'entrevoit plus aucune solution.

Clause de sauvegarde en lait

"La crise est bien plus grave qu'en 2009, estime François Plougastel, le président de la section laitière de la FDSEA. En 2008, nous avions pu constituer une trésorerie. Mais 2012 a été très moyenne. Et nous sommes dans le mur". La solution ? "Il faut actionner une clause de sauvegarde. Et obtenir 30 EUR/1000 l". Une hausse quasi-indolore pour le consommateur, "2 ct EUR/l de lait UTH, 1,3 ct pour 4 yaourts". Mais comment l'obtenir de la grande distribution ? "Il faut que les pouvoirs publics nous aident", indique Thierry Merret. FDSEA et JA ont donc rencontré le préfet du Finistère, lundi en fin d'après-midi, avant d'inviter tous les parlementaires dans la soirée. "5 sur 13, seulement, ont répondu à notre invitation", regrette le président de la FDSEA.

Maintien des restitutions en volaille

En volaille, aussi, la situation est tendue. "Les restitutions sont passées de 326 à 108,5 EUR/t en 6 mois", rappelle Jean-Paul Mazé. Une catastrophe pour le département du Finistère, tourné vers l'export, où près de 5 000 emplois directs sont concernés. "Et les intégrateurs ont décidé de réduire nos contrats de 40 voire 70 EUR/t. On ne peut pas tenir !" "Il faut laisser à la filière le temps de se réorganiser pour reconquérir le marché intérieur", plaide François Marc, sénateur. "Nous nous battrons pour conserver ce mécanisme juridique, indique Agnès Le Brun,
député européen. Et pour que la brutalité de la baisse soit lissée".

Emplois menacés en porc

"Depuis 5-6 ans, il nous manque 0,2 EUR/kg pour passer". En porc, aussi, la situation est préoccupante. "Faute d'investissements, les bâtiments sont obsolètes, rappelle Olivier Billon, président de JA. Et, avec la mise aux normes bien-être, la production va diminuer". De quoi aggraver encore la situation d'abattoirs déjà fragilisés, à l'image de Gad, aujourd'hui en grande difficulté. "Ce sont 850 emplois menacés sur Lampaul Guimiliau, 650 sur Josselin".
Goutte d'eau qui fait déborder le vase, l'écotaxe cristallise la colère des producteurs. "A eux seuls, agriculture et agroalimentaire bretons devront payer 40 millions d'euros", calcule Thierry Merret, qui en appelle à la suppression pure et simple de cet "impôt supplémentaire", qui va encore grever la compétitivité de l'agriculture bretonne.


S'organiser

"Sans organisation forte, on disparaîtra encore plus vite". Pour le président de la FDSEA, l'élevage doit aussi se prendre en main, à l'image de ce qu'ont réussi à bâtir les légumiers.
"Ils viennent de créer la première AEOP, association européenne d'organisations de producteurs, entre Bretons et Belges".


Des réponses rapides

"Vous avez défendu pendant trois semaines le mariage pour tous, lance Christian Le Nan, président de l'OP Rolland, aux parlementaires. Prenez trois mois pour défendre une marge pour tous". Un slogan qui fait mouche dans la salle. "Ayez pitié de nous. Sauvez l'agriculture", rajoute ce jeune, visiblement à bout. Les réponses devront être rapides. Car, dans les campagnes, la tension est extrême et bon nombre d'éleveurs prêts à en découdre. "On n'a plus rien à perdre".

Chantal Pape

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